Amérique — Résumé

Dans la région du Bajo Chaco, au Paraguay, les communautés yakye axa et sawhoyamaxa vivent depuis plus de quinze ans au bord de la route reliant Pozo Colorado et Concepción. Ces Indiens enxets demeurent exclus de leurs terres alors même que la Cour interaméricaine des droits de l’homme s’est prononcée en leur faveur. Privées de leur mode de vie et de leurs moyens de subsistance traditionnels, ne bénéficiant pas d’installations sanitaires et de soins médicaux appropriés, ces communautés qui dépendent de denrées alimentaires distribuées de façon aléatoire par les autorités vivent dans des conditions précaires et doivent faire face à un avenir incertain.

Des extrémités les plus septentrionales de l’Arctique à la pointe sud de la Terre de Feu, les peuples autochtones des Amériques souffrent depuis longtemps de marginalisation et de discrimination. Laissés pour compte lors de l’adoption de décisions concernant leurs terres, leurs vies et leurs moyens d’existence, ils sont touchés de manière disproportionnée par la pauvreté, même lorsqu’ils vivent dans des régions riches en gisements miniers ou en autres ressources naturelles. Les droits de nombre d’autochtones ne sont toujours pas reconnus par la Constitution de leur pays ; leur droit de jouir de leurs terres ancestrales est bafoué ou traité d’une manière qui ne préserve pas suffisamment leurs traditions économiques et culturelles. L’exploitation des ressources naturelles, la déforestation, les activités du secteur agro-industriel et les différents projets d’aménagement sur les terres indigènes s’accompagnent souvent d’actes de harcèlement et de violences parce que, dans leur quête du profit, les entreprises puissantes et les intérêts privés font fi du droit international et des législations nationales. Installé de longue date, le cycle infernal du dénuement et de l’exclusion sociale expose les peuples autochtones, les femmes en particulier, à un risque accru d’agressions, tout en permettant à quantité d’auteurs de violences de jouir de l’impunité.
Devant ces graves violations de leurs droits fondamentaux, les populations autochtones de l’ensemble de la région se sont mobilisées pour se faire entendre. Leurs aspirations à faire valoir leurs droits à la terre et leur identité culturelle, ainsi que leur droit de ne pas subir la discrimination et, de manière générale, de jouir de l’intégralité de leurs libertés fondamentales, se trouvent chaque jour davantage placés au cœur du discours sur les droits humains dans la région, auquel ils donnent une nouvelle force.
Les communautés yakye axa et sawhoyamaxa sont parvenues, notamment grâce à l’aide d’un certain nombre d’ONG, à engager une procédure devant un tribunal régional. Cette action témoigne de la coopération et de la coordination croissantes entre les autochtones et le mouvement des droits humains de la région, dans un élan qui permet aux militants de tirer profit du dynamisme, du soutien et du souffle qu’offrent l’expérience et les résultats obtenus par les uns et les autres.

Insécurité

En Colombie, de nombreuses atteintes aux droits humains (y compris des homicides et des disparitions forcées) commises dans le cadre du conflit armé qui déchire le pays visent à déplacer les populations civiles de zones revêtant une importance particulière au plan économique ou stratégique. Un grand nombre de communautés indigènes vivent dans des régions riches en ressources naturelles, notamment minières, sur des terres qui leur appartiennent légalement et collectivement. Ces populations sont régulièrement victimes d’agressions qui s’inscrivent dans une stratégie destinée à les faire fuir, afin d’ouvrir la région à un développement économique à grande échelle. Lorsqu’elles tentent de s’opposer à ces phénomènes, ces communautés sont qualifiées de « subversives » – des accusations qui sont fréquemment suivies d’attaques de groupes paramilitaires. Qui plus est, les groupes de guérilla menacent et tuent les membres de communautés autochtones qu’ils accusent de se ranger au côté de « l’ennemi ». Malgré cela, les peuples indigènes de Colombie sont plus que jamais actifs pour défendre leurs droits fondamentaux. Au cours des tout derniers mois de l’année 2008, plusieurs milliers d’indigènes ont participé, dans différentes régions du pays, à des manifestations de grande ampleur qui se sont conclues, en novembre, par une marche jusqu’à la capitale, Bogotá. Ces mouvements avaient pour objectif de dénoncer les atteintes incessantes à leurs libertés fondamentales et de défendre leurs droits fonciers.
Au Mexique, des membres de la communauté de Huizopa, dans l’État de Chihuahua (nord du pays), qui compte des Indiens pimas et rarámuris, ont demandé que les opérations minières menées sur leurs terres communales respectent les accords conclus. Les personnes qui soutenaient ces revendications ont reçu des menaces et leurs manifestations ont été dispersées par la police.
Au Chili, l’essor constant des industries extractives et forestières, conjugué au fait que les revendications territoriales n’aboutissaient pas, a entraîné de nouvelles tensions entre les autorités et les populations indigènes, en particulier les Mapuches. Dans ce contexte, on ne peut que s’inquiéter devant l’initiative d’un procureur régional d’invoquer une loi antiterroriste contre des manifestants qui appuyaient les requêtes des Mapuches. Le gouvernement avait à plusieurs reprises accordé des garanties selon lesquelles ces dispositions, qui datent de la dictature militaire d’Augusto Pinochet, ne seraient pas utilisées contre des peuples autochtones œuvrant à la reconnaissance de leurs droits.
En Bolivie, le racisme et les discriminations demeuraient profondément enracinés. Les mesures prises par le gouvernement du président Evo Morales afin de promouvoir les droits des populations autochtones et des autres franges marginalisées de la société ont rencontré l’opposition de puissantes familles de propriétaires terriens et de l’élite des affaires, qui craignaient de devoir renoncer à des privilèges acquis de longue date. Ces tensions se sont traduites par des violences qui ont atteint leur paroxysme en septembre, avec le meurtre de 19 petits paysans dans le département du Pando. Les conclusions des enquêtes menées par l’Union des nations sud-américaines et les services du médiateur ont mis en lumière l’implication directe de fonctionnaires locaux dans ces homicides. Elles ont également révélé que la police avait omis de protéger les indigènes et les paysans qui manifestaient.
Dans certains pays, les autorités sont néanmoins amenées à reconnaître les revendications légitimes de leurs habitants autochtones et à prendre des mesures pour les traduire dans les faits. Étape cruciale après trente années de bataille, un arrêt rendu par la Cour suprême du Brésil a reconnu les droits constitutionnels des Makuxis, des Wapixanas, des Ingarikós, des Taurepangs et des Patamonas à jouir de leurs terres ancestrales. Cette décision était considérée comme une victoire historique pour les droits des peuples autochtones de la réserve de Raposa Serra do Sol. Les issues positives demeuraient toutefois rares et de nombreuses populations indigènes étaient toujours en lutte pour faire valoir leurs droits fonciers.
Au Nicaragua, le gouvernement a enfin reconnu les droits à la terre des Awas Tingnis, se conformant ainsi à une décision rendue en 2001 par la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Descendants d’esclaves africains en fuite qui s’étaient établis dans la forêt tropicale aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Saramakas du Suriname ont vu une décision prononcée en leur faveur par la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Dans un jugement concernant des concessions minières et forestières implantées sur leur territoire, la Cour a conclu que l’État avait transgressé, au détriment des membres du peuple saramaka, le droit à la propriété.

« Avoir été violée fait de vous […] une personne sans droits, une personne re-jetée par la société, et désormais, dans le quartier où je vis, c’est comme si j’étais violée chaque jour. Car chaque jour quelqu’un me rappelle que j’ai été violée et que je ne suis rien, que je devrais me mettre dans un coin, que je ne devrais pas parler, que je devrais ne rien dire. » Rose (pseudonyme), interviewée par Amnesty International en Haïti, mars 2008

Violences contre les femmes et les filles

Cette année encore, des organisations de défense des droits des femmes ont demandé que justice soit faite pour un nombre croissant d’homicides perpétrés dans cette région du monde. Nombreux étaient les cadavres de femmes à porter des traces de torture, et plus particulièrement de violences sexuelles. Toutefois, l’attitude de nombreux gouvernements, notamment ceux d’Amérique centrale, demeurait totalement inadaptée face à ces meurtres, qui pour la plupart ne faisaient pas l’objet d’une enquête en bonne et due forme.
La majorité des pays de la région, à l’exception notable d’Haïti et de quelques autres États des Caraïbes, disposaient de lois visant à améliorer le respect des droits des femmes, en particulier le droit de vivre à l’abri de la violence tant au sein de la famille que dans la société en général et au travail. Les progrès accomplis afin d’empêcher les violences faites aux femmes et d’en sanctionner les auteurs demeuraient néanmoins limités. Au Nicaragua par exemple, les unités d’enquête de la police spécialisées dans les violences liées au genre manquaient cruellement de ressources ; au Venezuela, les agents responsables de l’application des lois n’avaient toujours pas reçu de formation spécifique sur la question des violences au foyer.
Au Nicaragua et en Haïti, plus de la moitié des victimes de violences sexuelles signalées aux autorités étaient âgées de dix-huit ans ou moins. Dans la grande majorité des cas, les coupables étaient des hommes adultes qui, pour beaucoup, occupaient des postes de pouvoir. Les sévices sexuels à l’encontre des jeunes filles et des fillettes, dont certaines n’avaient guère plus de neuf ou dix ans, étaient intrinsèquement liés à la situation de pauvreté, de dénuement et d’exclusion dans laquelle celles-ci se trouvaient, qui les contraignaient à subir l’exploitation pour survivre. Malgré le caractère endémique de ce fléau, l’opprobre associé aux violences sexuelles réduisait de nombreuses victimes au silence.
Compte tenu de la fréquence de ces crimes, il était particulièrement préoccupant de constater que le Nicaragua, le Chili et le Salvador continuaient d’interdire l’avortement dans toutes les circonstances – même dans les cas où la grossesse résultait d’un viol et où sa poursuite risquait de mettre en péril la vie de la femme ou de la jeune fille. Des actions ont semble-t-il été menées au Pérou et en Équateur par des groupes de pression religieux en vue d’obtenir une mesure d’interdiction similaire dans ces pays. En Uruguay, alors que l’opinion publique était largement favorable à la dépénalisation de l’avortement, le président Tabaré Vázquez a opposé son veto aux propositions de réforme, invoquant ses convictions religieuses personnelles. À l’inverse, la Cour suprême du Mexique s’est prononcée en faveur d’une loi dépénalisant l’avortement dans le District fédéral.
Parmi les cinq pays de la région Amériques ayant fait de la diminution de la mortalité maternelle d’ici à 2015 une priorité gouvernementale, la Bolivie, le Brésil, le Mexique et le Pérou affichaient une baisse de ces chiffres à l’échelle nationale (il n’existait pas de données ventilées pour les différents groupes maternels). Ce n’était en revanche pas le cas de Haïti, où seuls 26 % des accouchements ont été assistés par un tiers qualifié en 2008.

Privations

Au cours de la dernière décennie, de nombreux pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont pris des mesures afin d’enrayer la pauvreté. Pourtant, malgré quelques avancées, plus de 70 millions de personnes vivaient avec moins d’un dollar par jour et l’on constatait toujours de fortes inégalités sociales ainsi que des disparités profondes dans la répartition des richesses. Selon les donnés du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Amérique latine demeurait la région du monde où l’on enregistrait les inégalités les plus criantes.
Dans de nombreux pays, les populations marginalisées et démunies des zones rurales et urbaines se voyaient toujours privées des droits aux soins de santé, à l’eau propre, à l’éducation et à un logement correct. Cette situation déjà précaire risquait d’être encore aggravée par la crise économique qui frappe la planète.
Selon les chiffres du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), la République dominicaine et le Guatemala figuraient parmi les pays dont la part des dépenses consacrées à la santé publique était la plus faible, avec respectivement 1,7 % et 2 % du PIB. Ces chiffres contrastaient fortement avec ceux affichés par Cuba (6,9 % du PIB) et les États-Unis (7,2 %). Dans ce dernier pays, toutefois, un grand nombre de personnes ne possédaient pas d’assurance maladie et bien des habitants pauvres et marginalisés rencontraient des difficultés pour recevoir des soins médicaux adaptés.

Peine de mort

La plupart des pays de la région ont aboli la peine de mort dans leur législation ou dans la pratique. Les États-Unis constituaient toutefois une exception notable dans cette partie du monde. Peine capitale et dénuement y demeuraient inextricablement liés, et la grande majorité des plus de 3 000 condamnés à mort étaient trop pauvres pour s’offrir l’assistance d’un avocat de leur choix.
Dans un arrêt rendu en avril, la Cour suprême fédérale a conclu que l’exécution par injection létale n’était pas contraire à la Constitution. Les exécutions ont repris en mai après sept mois d’interruption. À la fin de l’année, 37 détenus avaient été mis à mort, ce qui portait à 1 136 le nombre de condamnés tués aux États-Unis depuis la reprise des exécutions judiciaires en 1977.
La décision de la Cour suprême a permis de faire entendre un avis à part, celui du juge John Paul Stevens, qui siège à la Cour depuis décembre 1975 et a de ce fait connu toute l’ère « moderne » de l’application de la peine capitale aux États-Unis. Le juge Stevens a écrit que sa propre expérience l’avait conduit à la conclusion suivante : « Appliquer la peine capitale, c’est supprimer une vie inutilement en ne contribuant que de manière très minime à des objectifs sociaux ou publics identifiables. Une peine qui apporte des bénéfices si négligeables à l’État est manifestement un châtiment excessif, cruel et inhabituel. » Il a ajouté que la discrimination raciale continuait de « jouer un rôle inacceptable dans les affaires concernant des personnes passibles de la peine de mort. »
En décembre, Saint-Kitts-et-Nevis a procédé à la première exécution dans un pays anglophone des Caraïbes depuis l’année 2000. Charles Elroy Laplace a été pendu le 19 décembre, ce qui a mis un terme à dix ans de moratoire. Cet homme avait été reconnu coupable de meurtre en 2006 et son appel avait été rejeté en octobre 2008, faute d’avoir été déposé dans les délais prescrits.

Exclusion

La tendance constatée ces dix dernières années dans le sens d’une plus grande stabilité politique de la région était éclipsée par la dégradation de la situation en matière de sécurité publique.
La fréquence des brutalités policières, de la criminalité et des violences des gangs était d’autant plus élevée dans les régions où l’État s’était fortement désengagé, laissant les bandes criminelles régir de nombreux aspects de la vie des habitants. Au Brésil par exemple, beaucoup de zones urbaines défavorisées ne bénéficiaient toujours pas des services de base et l’implication des autorités se résumait à des interventions ponctuelles de la police. Ces opérations de type militaire, marquées par le déploiement de centaines de policiers, de véhicules blindés et d’hélicoptères, se caractérisaient par un recours excessif à la force, par des exécutions extrajudiciaires ainsi que par une attitude empreinte de violence envers la population. À la Jamaïque, la majorité des homicides commis – pour beaucoup de manière illégale – par des policiers ont eu lieu dans les quartiers défavorisés de centres urbains.
Au Mexique, où la violence criminelle a grimpé en flèche, de très nombreux militaires ont été déployés aux côtés de la police afin de lutter contre la criminalité. Rares étaient les gouvernements à établir un lien entre l’augmentation de la criminalité et les brutalités dont se rendaient coupables leurs agents. Au cours de l’année, les ministres de certains pays ont toutefois publiquement reconnu que la qualité des opérations de maintien de l’ordre n’était plus en adéquation avec les normes nationales et internationales. Le Mexique, la République dominicaine et Trinité-et-Tobago ont tous trois reconnu que leurs services de police souffraient d’importantes lacunes, qui entravaient leur capacité à assurer des niveaux de protection corrects et une application des lois efficace dans de nombreux quartiers. Freinées par des obstacles d’ordre procédural et administratif, les révocations des représentants de l’État responsables de corruption ou d’atteintes aux droits humains étaient très loin de répondre à l’ampleur du problème.
Un trop grand nombre de gouvernements ont contribué à aggraver la détérioration du maintien de l’ordre en fermant les yeux sur les affaires de torture ou d’homicides illégaux. Certains ont même tenté de justifier ces crimes, affirmant qu’ils étaient nécessaires dans le climat d’insécurité publique régnant dans leur pays. Les commissions indépendantes chargées du traitement des plaintes contre la police ou les services de médiation de la police n’étaient véritablement une réalité qu’aux États-Unis et au Canada. Dans les rares autres pays où de tels organes existaient, ils demeuraient largement inopérants.
Dans certains États, par exemple le Guatemala et le Brésil, de nouveaux éléments apparus au cours de l’année ont confirmé l’implication de policiers et d’anciens policiers dans l’assassinat de suspects de droit commun. Dans l’État de Pernambouc, au Brésil, 70 % de tous les homicides commis en 2008 ont été attribués à des escadrons de la mort ou à des groupes dits d’extermination, essentiellement composés d’agents de l’État, en particulier de policiers. Au Guatemala, l’assassinat de plusieurs centaines de jeunes gens n’était pas sans rappeler les opérations de nettoyage social menées dans les années 1990, lorsque des enfants des rues soupçonnés de délits mineurs étaient torturés et assassinés. Le fait que les agents de police, comme d’autres représentants de la loi, prenaient pour cible des garçons et des jeunes gens issus des milieux défavorisés sur la base de leur apparence et de leur âge exacerbait les sentiments d’exclusion de la société.
Dans certains cas, l’indifférence totale pour la vie des habitants des quartiers marginalisés était particulièrement choquante. En Colombie, plusieurs dizaines de jeunes gens de Soacha (à proximité de Bogotá) ont ainsi été assassinés par des militaires dont le seul but était d’obtenir les primes attribuées par le gouvernement pour chaque « guérillero » tué.

« Là-bas, dans les quartiers riches, c’est différent. Ils pensent que la police doit vraiment débarquer chez nous en force, tuer, exterminer, supprimer tout ce qui se passe ici. Ils ne voient pas qu’il y a ici des gens qui travail-lent et des enfants qui vont à l’école. » Lúcia Cabral, Complexo do Alemão, Brésil, avril 2008

Lutte contre le terrorisme et sécurité

Le traitement infligé aux étrangers détenus par l’armée des États-Unis dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » suscitait toujours de vives inquiétudes. Plus de 200 hommes étaient détenus sur la base navale américaine de Guantánamo, à Cuba. Certaines décisions rendues en 2008 ont néanmoins été des points marqués contre les tentatives du gouvernement américain visant à priver ces prisonniers de la protection de la loi. Dans un arrêt important rendu en juin, la Cour suprême des États-Unis a réfuté les arguments du gouvernement selon lesquels les détenus de Guantánamo ne pouvaient introduire de requête en habeas corpus, au motif qu’il s’agissait de citoyens étrangers capturés et détenus en dehors du territoire souverain des États-Unis. En novembre, le président élu Barack Obama a réitéré son engagement de prendre des mesures sans délai après son entrée en fonction, en janvier 2009, afin de fermer le centre de détention de Guantánamo et de faire en sorte que son pays n’utilise pas la torture.

Des voix qui peinent à se faire entendre

Les défenseurs des droits humains d’Amérique latine demeuraient en première ligne pour faire entendre les voix des victimes, souvent en dépit d’initiatives multiples visant à les réduire au silence. Le 4 février et le 20 juillet, des millions de personnes ont manifesté en Colombie et dans le monde entier afin de protester contre les enlèvements commis par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Plusieurs milliers d’hommes et de femmes sont également descendus dans les rues de Colombie le 6 mars pour demander que les forces de sécurité et les groupes paramilitaires cessent de commettre des atteintes aux droits humains. Quatre mois plus tard, Jhon Fredy Correa Falla, un membre du Mouvement des victimes des crimes de l’État (MOVICE) qui avait organisé la manifestation de mars, a été abattu par quatre hommes armés à moto. Au Guatemala et au Honduras, plusieurs défenseurs des droits humains ont été assassinés en raison de leur action militante.
Dans plusieurs autres pays aussi, les défenseurs des droits humains étaient en butte à des réactions d’une hostilité croissante de la part des autorités. Au Venezuela, par exemple, le directeur de la section Amériques de Human Rights Watch a été expulsé en septembre, à la suite de la publication d’un rapport critique à l’égard des autorités. Cette décision a été suivie d’une vague de déclarations publiques accusant les ONG locales et les défenseurs des droits humains d’être « pro-Yankees », « hostiles à la révolution bolivienne » ou « antipatriotiques ».
Certains États détournaient les mécanismes de la justice pénale pour restreindre les activités des défenseurs des droits humains. Dans l’État mexicain de Guerrero, cinq dirigeants de l’Organisation du peuple indigène me’phaa (OPIM) ont ainsi été arrêtés en avril et inculpés d’assassinat. Bien qu’une décision fédérale ait conclu en octobre à l’absence d’éléments démontrant l’implication de quatre d’entre eux, et malgré les dépositions de témoins directs selon lesquelles la cinquième personne ne se trouvait pas sur les lieux au moment du meurtre, tous demeuraient en détention à la fin de l’année 2008.

« L’éducation est importante, pour que nos enfants puissent acquérir des compétences, utiliser Internet, avoir les mêmes chances que les Paraguayens, pour qu’on arrête de dire que les indigènes sont bêtes et ignorants. » Florentin Jara, membre de la communauté sawhoyamaxa, Paraguay, novembre 2008

Au Nicaragua, neuf femmes défenseures des droits humains faisaient l’objet d’une procédure en raison de leur rôle dans le dossier d’une fillette qui avait obtenu un avortement légal en 2003 après avoir été victime d’un viol. Elle était alors âgée de neuf ans. Alors que de nombreux spécialistes et fonctionnaires de l’État étaient intervenus dans cette affaire, la plainte concernait uniquement ces femmes, connues pour leur engagement en faveur des droits des femmes et de la santé en matière de sexualité.
Les personnes qui défendaient les droits d’habitants depuis longtemps en marge de la société – les peuples autochtones, les personnes d’origine africaine ainsi que les lesbiennes, les gays, les personnes bisexuelles et les transgenres – étaient particulièrement exposées. Au Honduras, les dirigeants d’une communauté de Garifunas (peuple d’origine africaine) dans le village de San Juan Tela ont été forcés, sous la menace des armes, à signer un document par lequel ils cédaient à une société privée des terrains leur appartenant collectivement. En Équateur, la militante écologiste et féministe de premier plan Esther Landetta a à maintes reprises reçu des menaces et subi des actes d’intimidation, parce qu’elle avait fait état des inquiétudes de la population quant aux conséquences potentiellement négatives d’activités minières illégales dans la province de Guayas.
Si la répression et les persécutions contre les défenseurs des droits humains de la région variaient d’un pays à l’autre, une constante particulièrement préoccupante demeurait : dans presque tous les cas sur lesquels Amnesty International s’est penchée, les coupables présumés n’ont pas été traduits en justice.
Dans un certain nombre d’États, cependant, la justice semblait enfin en passe d’être rendue aux victimes des violations flagrantes des droits humains perpétrées sous les régimes militaires en place dans les années 1970 et 1980.
Au Paraguay, le président Fernando Lugo a adressé des excuses publiques aux personnes dont les droits fondamentaux avaient été bafoués sous la dictature militaire du général Alfredo Stroessner. En décembre, la Commission vérité et justice a publié son rapport et ses recommandations sur les atteintes aux droits humains commises sous ce régime (1954-1989) et durant la période de transition vers la démocratie. Ces documents recensaient plus de 20 000 victimes et recommandaient que toutes les affaires fassent l’objet d’une enquête menée par les services du procureur général.
En Uruguay, de très nombreux anciens militaires ont été appelés à témoigner contre le général Gregorio Álvarez, à la tête du gouvernement militaire de 1981 à 1985, et Juan Larcebeau, un ancien officier de marine, accusés de la disparition forcée de plus de 30 personnes.
En Argentine, à l’issue d’un procès sans précédent, deux personnes ont été condamnées pour s’être « approprié » la fille d’un couple victime de disparition forcée en 1977. En avril, l’ex-capitaine de l’armée de terre qui avait volé l’enfant et l’avait remise au couple a été condamné à une peine de dix ans d’emprisonnement.
En novembre, deux organisations salvadoriennes de défense des droits humains ont intenté un procès devant la justice espagnole contre Alfredo Cristiani, à la tête du Salvador de 1989 à 1994, et contre 14 militaires, pour le meurtre en 1989 de six prêtres jésuites, de leur aide ménagère et de la fille de celle-ci.
Le Brésil apparaissait comme l’un des rares pays de la région à ne pas avoir abordé de face la question des violences commises dans le passé. En négligeant les victimes de torture et d’autres atteintes, le gouvernement brésilien a non seulement omis de respecter leurs droits humains, mais a permis à ces violences de s’installer.
Au Mexique, si le quarantième anniversaire du massacre des étudiants de Tlatelolco (Mexico) a été rappelé, aucune mesure visant à traduire les coupables présumés devant la justice n’a été prise encore cette année.
Ailleurs, certaines avancées ont été enregistrées afin d’amener les auteurs de violations des droits humains commises plus récemment à rendre compte de leurs actes. En Colombie, plusieurs dizaines de membres des forces armées, dont de nombreux hauts gradés, ont été révoqués en raison de leur rôle présumé dans l’exécution extrajudiciaire de civils. En Bolivie, la rapidité sans précédent avec laquelle la communauté internationale s’est mobilisée pour ouvrir des enquêtes sur l’homicide de 19 paysans, en septembre, laissait espérer la comparution des responsables présumés devant les tribunaux. En octobre, le gouvernement bolivien a présenté aux autorités des États-Unis une demande d’extradition concernant l’ancien président Gonzalo Sánchez de Lozada ainsi que deux anciens ministres. Les trois hommes étaient accusés d’implication dans un crime de génocide après la mort de 67 personnes, tuées au cours de manifestations à El Alto en 2003.
Aux États-Unis, à l’issue de dix-huit mois d’enquête sur le traitement infligé aux personnes détenues par l’armée américaine, une commission sénatoriale a conclu que de hauts responsables du gouvernement avaient « sollicité des informations sur les méthodes agressives, redéfini la législation afin de leur donner l’apparence de la légalité, puis autorisé leur usage contre les détenus. » La commission a notamment jugé que l’autorisation, accordée par l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, de recourir à des techniques brutales à Guantánamo « était en grande partie à l’origine des violences commises contre les personnes détenues » sur la base américaine à Cuba, et avait contribué aux sévices infligés en Afghanistan et en Irak aux prisonniers aux mains de l’armée américaine.

« Le gouvernement canadien et les compagnies pétrolières […] poursuivent la destruction de nos terres et de nos modes de vie. Parfois, nous paraissons vaincus et impuissants, mais je peux vous assurer que ce n’est qu’une impres-sion. Tant qu’il restera des Indiens du Lubicon, la lutte pour une relation équitable et juste avec les gouvernements et les entreprises se poursuivra. » Cynthia Tomlinson, membre de la communauté des Cris du Lubicon, Alberta, Canada, avril 2008


Conclusion

Dans l’ensemble de la région, les défenseurs des droits humains poursuivent leur action afin de bâtir un monde dans lequel chacun pourra vivre dans la dignité et dans le respect de l’intégralité de ses droits humains. Pour atteindre ces objectifs, ils doivent souvent s’élever contre de puissantes élites sociales et économiques, mais aussi lutter contre l’inertie et la complicité des gouvernements ne respectant pas l’obligation qui leur est faite de promouvoir et de défendre les libertés fondamentales.

Solidarité avec la société civile hongroise

Alors que le gouvernement hongrois affiche tous les jours plus sont mépris pour les droits humains, il est urgent de soutenir les ONG dont Amnesty International Hongrie. Signez la pétition !