Cuba

Les autorités imposaient toujours de sévères restrictions sur les droits civils et politiques. Des détracteurs du gouvernement ont été incarcérés cette année encore ; nombre d’entre eux ont déclaré avoir été battus lors de leur arrestation. Les atteintes à la liberté d’expression étaient monnaie courante. Les autorités ont continué d’entraver la liberté d’association et de réunion. L’embargo américain demeurait effectif, malgré une opposition croissante à ces mesures aussi bien aux États-Unis que sur la scène internationale.

RÉPUBLIQUE DE CUBA
CHEF DE L’ÉTAT ET DU GOUVERNEMENT : Raúl Castro Ruz
PEINE DE MORT : maintenue
POPULATION : 11,2 millions
ESPÉRANCE DE VIE : 78,5 ans
MORTALITÉ DES MOINS DE CINQ ANS (M/F) : 9 / 6 ‰
TAUX D’ALPHABÉTISATION DES ADULTES : 99,8 %

Contexte

Les relations entre Cuba et les États-Unis se sont améliorées au cours de l’année. Les deux gouvernements ont entamé des discussions sur les questions relatives aux migrations et sur la reprise d’un service postal direct entre leurs pays. Des représentants du Congrès américain se sont rendus sur l’île en avril et ont rencontré le président cubain.
Lors d’un profond remaniement intervenu en mars, les ministres qui occupaient les postes clés au cours des dernières années de présidence de Fidel Castro ont été remplacés.
Au terme de 47 années d’exclusion, Cuba a été autorisé, en juin, à réintégrer l’Organisation des États américains (OEA). Sa participation à l’OEA était toutefois conditionnée à son adhésion aux principes de l’organisation.
La situation des droits humains dans le pays a été évaluée en février dans le cadre de l’examen périodique universel des Nations unies. Le pays a pris quelques engagements de portée générale mais a rejeté la plupart des recommandations relatives à la protection et à la promotion des droits civils et politiques. En mai, il a été réélu au Conseil des droits de l’homme [ONU] pour un nouveau mandat de trois années. Prévue pour octobre, la visite du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a été reportée à 2010 par les autorités cubaines.

Prisonniers d’opinion

À la fin de l’année, 55 prisonniers d’opinion demeuraient incarcérés pour le seul fait d’avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression. Le prisonnier d’opinion Nelson Aguiar Ramírez a recouvré la liberté en 2009 pour raisons de santé. Reinaldo Miguel Labrada Peña a pour sa part été libéré après avoir purgé sa peine.
 ?Deux défenseurs des droits humains, Darsi Ferrer et son épouse, Yusnaimy Jorge, ont été arrêtés chez eux à La Havane le 9 juillet, et inculpés de détention et de réception de marchandise obtenue illégalement. Ils devaient conduire le jour-même le long du Malecón (le front de mer de la capitale cubaine) une marche appelée « La Promenade de tes rêves ». Médecin et président du Centre indépendant pour la santé et les droits humains Juan Bruno Zayas, qui vient en aide aux habitants défavorisés de La Havane, Darsi Ferrer a été battu par sept agents au poste de police d’Aguilera, dans le quartier de Lawton. Le couple a été remis en liberté sous condition peu après minuit. Arrêté de nouveau le 21 juillet, Darsi Ferrer a été inculpé d’« outrage aux autorités ». La libération sous caution lui a été refusée et il a été conduit à la prison de Valle Grande, dans la province de La Havane, un établissement de sécurité maximale pour condamnés de droit commun. À la fin de l’année, Darsi Ferrer était toujours en détention dans l’attente de son procès.

Liberté d’expression, de réunion et d’association

La liberté d’expression continuait d’être soumise à des restrictions draconiennes. Tous les grands médias et Internet demeuraient sous le contrôle de l’État. Les autorités ont continué de bloquer l’accès aux sites Internet animés par des blogueurs ou des journalistes qui se montraient critiques envers le gouvernement. Elles ont de nouveau eu recours à des inculpations pénales telles que la « dangerosité » pour empêcher les dissidents d’exercer leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Des journalistes indépendants et des blogueurs ont fait l’objet de manœuvres de harcèlement. Certains ont été menacés de poursuites pénales et plusieurs ont été arrêtés.
 ?En septembre, Yosvani Anzardo Hernández, rédacteur en chef du magazine numérique Candonga et correspondant d’un site Internet d’information basé à Miami, a été arrêté par des policiers à son domicile, dans la province de Holguín. Le serveur hébergeant son magazine a été saisi au moment de son interpellation. Yosvani Anzardo Hernández a été incarcéré à la prison de Pedernales (province de Holguín). Au cours de sa détention, il a été menacé de poursuites pénales au titre de la Loi n° 88 relative à la protection de l’indépendance nationale et de l’économie cubaine. Il a été remis en liberté sans inculpation deux semaines plus tard.

Droit de circuler librement

Les restrictions au droit de circuler librement ont empêché des journalistes, des défenseurs des droits humains et des militants politiques de mener à bien des activités légitimes et pacifiques.
 ?En septembre, les autorités cubaines ont refusé d’accorder un visa de sortie à Yoani Sánchez, auteur d’un blog à succès nommé Generación Y. La jeune femme devait aller aux États-Unis pour recevoir le prix Maria Moors Cabot du journalisme à l’université de Columbia. Yoani Sánchez s’est également vu refuser un visa de sortie pour le Brésil, où elle devait se rendre à l’invitation du Sénat afin de présenter son livre lors d’une conférence et de s’adresser aux parlementaires. En novembre, Yoani Sánchez et le blogueur Orlando Luis Pardo ont été forcés par des agents de la sûreté de l’État à monter à bord d’un véhicule, où ils ont été frappés et menacés avant d’être libérés. « Ça suffit maintenant », ont déclaré les agresseurs à Yoani Sánchez.

L’embargo américain

L’embargo américain avait toujours des effets négatifs sur les droits économiques et sociaux des Cubains. La législation américaine restreignant les exportations vers l’île de produits et de matériel fabriqués ou brevetés par les États-Unis continuait d’entraver l’accès aux médicaments et aux équipements médicaux. Les agences des Nations unies présentes à Cuba étaient également pénalisées par l’embargo.
En avril, le président américain Barack Obama a assoupli les restrictions pesant sur les déplacements et autorisé les particuliers à envoyer de l’argent et rendre visite à leurs proches vivant à Cuba. En septembre, il a toutefois prorogé pour une année supplémentaire son habilitation à appliquer des sanctions financières à l’encontre de Cuba, au titre de la Loi de 1917 relative au commerce avec l’ennemi. Pour la 18e année consécutive, une résolution demandant aux États-Unis de lever l’embargo contre Cuba a été adoptée à une écrasante majorité par l’Assemblée générale des Nations unies. Un groupe bipartite de sénateurs américains a déposé une proposition de loi qui, si elle était adoptée, permettrait pour la première fois depuis 1962 à tous les citoyens américains de se rendre librement à Cuba. D’autres projets visant à assouplir l’embargo ou à le lever dans son intégralité ont également été soumis au Congrès. Ces textes n’avaient pas été adoptés à la fin de l’année.

Peine de mort

Aucune exécution n’a eu lieu. Trois personnes demeuraient sous le coup d’une sentence capitale en 2009. La plupart des condamnations à mort ont été commuées en 2008 par le président Raúl Castro.
 ?Condamnés à mort en 1999 pour actes de terrorisme, les Salvadoriens Otto René Rodríguez Llerena et Raúl Ernesto Cruz León attendaient toujours que la Cour suprême populaire se prononce sur leur appel.

Cuba. Craintes pour la sécurité. Jorge Luis García Pérez (connu sous le nom d’Antúnez) ; Iris Tamara Pérez Aguilera (f) ; Carlos Michael Morales Rodriguez ; Diosiris Santana Pérez ; Ernesto Mederos Arrozarena (AMR 25/003/2009).
Cuba. Harcèlement. Edgard Lopez Moreno (AMR 25/005/2009).
Cuba : The US embargo against Cuba – Its impact on economic and social rights (AMR 25/007/2009).

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