Érythrée

La liberté d’expression était soumise à de sévères restrictions et toute critique, même légitime, du gouvernement était réprimée. Le journalisme indépendant, l’opposition politique, les organisations religieuses non enregistrées et les actions de la société civile étaient extrêmement limités. Des détracteurs présumés du gouvernement ont passé une nouvelle année en détention. Des personnes qui désertaient l’armée ou qui tentaient de se dérober à la conscription militaire obligatoire, ainsi que leurs familles, ont été harcelées, emprisonnées et maltraitées. Des proches de détenus ont fait savoir que les échanges téléphoniques et par courriel avec l’étranger étaient surveillés par les autorités et pouvaient donner lieu à des mesures de rétorsion.

ÉTAT D’ÉRYTHRÉE
CHEF DE L’ÉTAT ET DU GOUVERNEMENT : Issayas Afeworki
PEINE DE MORT : abolie en pratique
POPULATION : 5,1 millions
ESPÉRANCE DE VIE : 59,2 ans
MORTALITÉ DES MOINS DE CINQ ANS (M/F) : 78 / 71 ‰
TAUX D’ALPHABÉTISATION DES ADULTES : 64,2 %

Contexte

Alors que le gouvernement affirmait que l’Érythrée se trouvait en situation d’autosuffisance, la population demeurait fortement dépendante de l’aide alimentaire internationale. L’Union européenne a attribué cette année 122 millions d’euros à l’Érythrée, d’autres institutions intergouvernementales et pays donateurs ayant également fourni une assistance s’élevant à plusieurs millions de dollars. Dans certaines régions du pays, la pénurie alimentaire était aggravée par la sécheresse et la désertification. L’État était de plus en plus tributaire de la taxe de 2 % à laquelle étaient assujettis la majorité des membres de la diaspora érythréenne.
De nombreux Érythréens, pour la plupart des jeunes gens, ont fui en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda et au Soudan pour échapper à la conscription militaire.
Des membres du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi que l’Union africaine et les États-Unis ont reproché à l’Érythrée de soutenir des groupes d’opposition armés somaliens. En décembre, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 1907 imposant des sanctions à l’Érythrée, notamment un embargo sur les armes et, pour des individus et des entités désignés, un gel de leurs avoirs et des restrictions à leurs déplacements. Malgré une résolution du Conseil de sécurité demandant le retrait des forces érythréennes, le pays a maintenu une présence militaire dans la région de Ras Doumeira et sur l’île de Doumeira, dans la zone frontalière avec Djibouti, qui font l’objet d’un litige entre les deux États.
La décision rendue en octobre 2008 par la Commission du tracé de la frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie n’avait toujours pas été appliquée. L’Érythrée a toutefois déclaré qu’elle respecterait la décision prononcée par la Commission des réclamations entre l’Érythrée et l’Éthiopie et exigeant le versement à l’Éthiopie de 12,6 millions de dollars (un peu plus de 9 millions d’euros) à titre d’indemnisation pour les dommages causés par la guerre frontalière qui a opposé les deux pays de 1998 à 2000.

Liberté de religion

Les membres de groupes religieux interdits demeuraient exposés au risque d’être harcelés, arrêtés et placés en détention au secret. Depuis 2002, seules l’Église orthodoxe érythréenne, l’Église catholique, l’Église luthérienne et l’islam ont obtenu la reconnaissance des autorités érythréennes.
 ?Environ 3 000 chrétiens pratiquant un culte non approuvé par l’État demeuraient en détention.
 ?Le 15 octobre, les services de sécurité érythréens ont effectué une descente au domicile du pasteur Twelde Hailom, un sage de l’Église Mullu Wengel. Twelde Hailom n’a pas été placé en détention en raison de son état de santé précaire, mais trois autres personnes qui se trouvaient avec lui ont été arrêtées. Deux jours plus tard, sept autres membres de sa congrégation ont également été interpellés.
Au moins 22 témoins de Jéhovah auraient été appréhendés, ce qui portait à 61, peut-être davantage, le nombre de personnes détenues pour objection de conscience ou en raison d’activités religieuses.
Prisonniers d’opinion et autres prisonniers politiques
Le gouvernement réagissait avec hostilité à toutes les formes de critique et a imposé de sévères restrictions à la liberté d’expression, de réunion et d’association.
Des prisonniers politiques incarcérés depuis le mouvement de répression de 2001 demeuraient maintenus au secret. Dans la plupart des cas, on ignorait tout du sort qui leur avait été réservé et de leur état de santé.
Au nombre des prisonniers d’opinion figuraient des jeunes gens qui s’étaient dérobés à l’appel sous les drapeaux et des déserteurs, ainsi que quelques demandeurs d’asile déboutés qui avaient été renvoyés de force en Érythrée.
Début 2009, des informations non confirmées ont fait état de la mort en détention de neuf des 11 membres du « G-15 » emprisonnés depuis 2002. Ce groupe d’anciens responsables des pouvoirs publics avait réclamé des réformes gouvernementales en 2001.

Liberté d’expression – journalistes

Le gouvernement contrôlait étroitement toute la presse et ne tolérait aucune critique présumée dans les médias publics. Toute forme de journalisme indépendant était interdite depuis 2001.
 ?Dix journalistes qui s’étaient élevés contre l’interdiction des médias en 2001 étaient toujours détenus au secret. Quatre d’entre eux pourraient être morts en détention depuis 2002.
 ?Le 22 février, au moins 50 employés de Radio Bana ont été arrêtés par les forces de sécurité érythréennes. Certains ont été remis en liberté, mais on ignorait combien d’entre eux demeuraient en détention. Ils n’ont fait l’objet d’aucune inculpation.
 ?En janvier, le prisonnier d’opinion Dawit Isaak aurait été transféré vers un hôpital de l’armée de l’air, à Asmara. On croyait savoir que ce journaliste se trouvait dans un état de santé très précaire, même si l’on ignorait l’origine et la nature de sa maladie. Il avait été incarcéré en 2001 alors qu’il travaillait pour le journal Setit, à la suite des mesures de répression prises par le gouvernement. Dawit Isaak avait été remis en liberté le 19 novembre 2005, puis de nouveau arrêté deux jours plus tard alors qu’il se rendait à l’hôpital.
Réfugiés et demandeurs d’asile
Selon les informations recueillies, plusieurs centaines de personnes fuyaient chaque mois le pays à destination du Soudan ou de l’Éthiopie, certaines dans le but d’échapper à la conscription.
En avril, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a émis de nouvelles directives appelant à un examen minutieux de toutes les demandes d’asile d’Érythréens, en raison de la dégradation de la situation des droits humains dans le pays. Il a recommandé aux gouvernements étrangers de s’abstenir de tout renvoi forcé d’Érythréens déboutés de leur demande d’asile, compte tenu du bilan de l’Érythrée en matière de libertés fondamentales et du traitement subi par les personnes qui sont revenues en Érythrée dans le passé. Malgré ces recommandations, l’Égypte et la Suède ont procédé à des renvois forcés de réfugiés et de demandeurs d’asile érythréens.
 ?En janvier, l’Égypte a expulsé au moins 64 Érythréens qui tentaient de traverser la frontière pour se rendre en Israël.
Au moins huit personnes ont également été renvoyées de force en Érythrée par la Suède, au mépris des directives du HCR (voir Suède).
D’après les témoignages d’anciens détenus évadés, les responsables des services de sécurité érythréens s’intéressaient tout particulièrement à ce que les Érythréens déboutés ont pu dire sur leur pays d’origine au cours de leurs démarches en vue de l’obtention de l’asile. Toute déclaration évoquant des persécutions en Érythrée était perçue comme un acte de trahison envers l’État.

Conscription militaire

Le service national était obligatoire pour les hommes et les femmes à partir de l’âge de 18 ans. La période initiale, d’une durée de 18 mois, comprenait six mois de service militaire auxquels s’ajoutaient fréquemment des travaux forcés. Elle pouvait être prolongée pour une durée indéterminée et était souvent suivie d’une période de réserve. Une grande partie de la population adulte était engagée dans ce service obligatoire. Les autorités ne reconnaissaient pas le droit à l’objection de conscience. Les sanctions appliquées aux conscrits se dérobant à l’appel ou désertant étaient sévères et comportaient notamment des actes de torture et la détention sans jugement. Il est également arrivé que les proches des intéressés soient harcelés, emprisonnés et torturés.
Les témoins de Jéhovah étaient particulièrement exposés car ils refusaient d’effectuer leur service militaire pour des raisons de conscience.
Torture et autres mauvais traitements
Les autorités ont interrogé, torturé ou autrement maltraité des détracteurs du gouvernement, dans l’objectif d’empêcher l’expression d’opinions dissidentes. Les détenus étaient souvent frappés à coups de fouet et à coups de pied, ou attachés avec des cordes dans des positions douloureuses durant des périodes prolongées.
Les conditions carcérales étaient extrêmement dures. Un grand nombre de prisonniers étaient enfermés dans des cellules souterraines ou des conteneurs, et privés de lumière naturelle. Les lieux de détention étaient surpeuplés, humides et insalubres.
Souvent, les prisonniers étaient longuement abandonnés en plein soleil, ou enfermés dans des conteneurs métalliques où régnaient des températures extrêmes.
Des personnes incarcérées pour des motifs religieux seraient mortes en détention en raison de conditions de détention déplorables et de mauvais traitements, ou du fait de l’absence de soins alors qu’elles étaient atteintes de maladies curables.
 ?Deux chrétiens, Mogos Hagos Kiflom et Mehari Gebreneguse Asegedom, sont semble-t-il morts en détention en janvier.
 ?Yemane Kahasay Andom, un membre de l’Église Kale Hiwot de 43 ans, serait mort le 29 juillet des suites d’actes de torture. Il avait été maintenu dans une cellule d’isolement souterraine et aurait refusé de signer un document l’obligeant à abjurer sa foi.

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