TOGO

Les forces de sécurité ont violemment réprimé des manifestations pacifiques organisées à la suite de l’élection présidentielle du mois de mars. La liberté de la presse a elle aussi été restreinte et des journalistes ont été agressés dans l’exercice de leur profession. Malgré l’action menée par la Commission vérité, justice et réconciliation, l’impunité demeurait la règle.

République togolaise
CHEF DE L’ÉTAT : Faure Gnassingbé
CHEF DU GOUVERNEMENT : Gilbert Fossoun Houngbo
PEINE DE MORT : abolie
POPULATION : 6,8 millions
ESPÉRANCE DE VIE : 63,3 ans
MORTALITÉ DES MOINS DE CINQ ANS (M/F) : 105 / 91 ‰
TAUX D’ALPHABÉTISATION DES ADULTES : 64,9 %

Contexte

En mars, le président Faure Gnassingbé s’est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle, qualifiée de frauduleuse par l’opposition. En mai, l’Union des forces pour le changement (UFC), principal parti d’opposition, a décidé de rejoindre le gouvernement, ce qui a provoqué une scission et conduit à la création, en octobre, d’un nouveau parti politique, l’Alliance nationale pour le changement (ANC).

Prisonniers d’opinion et prisonniers politiques

Plus d’une dizaine de militants politiques ont été arrêtés, inculpés d’infractions liées à la sécurité et détenus pendant des semaines, voire des mois.

  • En mars, deux membres de l’UFC, Augustin Glokpon et Jacob Benissan, ont été arrêtés alors qu’ils se rendaient à la ville de Vogan avec du matériel de campagne. Ils ont été détenus une semaine à la gendarmerie de Lomé, la capitale, inculpés d’« atteinte à la sûreté de l’État », puis envoyés à la prison de Kara. Amnesty International les considérait comme des prisonniers d’opinion. Ils ont été mis en liberté provisoire le 31 mars.
  • Également en mars, Fulbert Attisso, Guillaume Coco, Yaovi Abobi et Éric Solewassi, quatre membres d’une même formation politique, le Mouvement citoyen pour l’alternance (MCA), ont été arrêtés à Lomé. Ils ont été inculpés d’« atteinte à la sûreté de l’État » et ont bénéficié d’un régime de liberté provisoire en septembre.

Liberté de réunion, utilisation excessive de la force

Après l’élection présidentielle, l’opposition a organisé des rassemblements pacifiques hebdomadaires afin de contester les résultats du scrutin. À plusieurs reprises, les forces de sécurité ont dispersé les manifestants au moyen de gaz lacrymogène et ont eu recours à une force excessive.

  • En avril, des gendarmes ont mis fin à une réunion d’un collectif d’opposition, le Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC), et ont arrêté plus de 70 personnes. Celles-ci ont été détenues pendant quelques heures ; certaines ont affirmé avoir été battues.
  • En juin, une manifestation de protestation contre la hausse des prix du carburant a été violemment réprimée. Au moins une personne, Komassi Koami Dodoè, a été abattue par un militaire dans le quartier d’Agoè, et deux autres ont été grièvement blessées. Une enquête a été ouverte mais aucune conclusion n’avait été rendue publique à la fin de l’année 2010.
  • En octobre, les forces de sécurité ont attaqué le domicile de Jean-Pierre Fabre, un dirigeant de l’opposition. Tout le quartier a été encerclé ; les forces de sécurité ont lancé des grenades lacrymogènes et frappé des manifestants.
  • En novembre, une marche organisée par plusieurs groupes de défense des droits humains pour protester contre les violations répétées du droit de se réunir pacifiquement a été dispersée par les forces de sécurité, qui ont blessé plusieurs personnes.

Liberté d’expression

Plusieurs journalistes travaillant pour des médias internationaux n’ont pas pu obtenir de visa pour couvrir le scrutin présidentiel.

  • En août, Didier Agbedivlo, alias Didier Ledoux, journaliste au quotidien Liberté, a été agressé par des gendarmes alors qu’il photographiait le palais de justice de Lomé.
  • En novembre, un caméraman, Tony Sodji, a été blessé par des gendarmes en civil qui ont lancé une grenade lacrymogène sur lui, à faible distance, pendant qu’il filmait une manifestation. Quelque temps auparavant, en septembre, il avait été poignardé par des gendarmes alors qu’il couvrait des manifestations.

Impunité

En août, la Commission vérité, justice et réconciliation a ouvert des sections régionales dans tout le pays afin de recueillir des témoignages. Cette instance avait été créée en 2009 pour faire la lumière sur les violations des droits humains perpétrées entre 1958 et 2005. À la fin de l’année 2010, plus de 5 800 personnes avaient fait des déclarations devant la Commission mais la plupart des cas signalés remontaient aux années 1960 à 1980. Aucune victime d’atteintes aux droits humains commises par le passé n’a obtenu réparation.

L’enquête menée sur 72 plaintes de victimes de la répression politique de 2005 n’a pas progressé.

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