GUATEMALA

Cette année encore, les droits des populations indigènes ont été bafoués. Certaines poursuites judiciaires concernant des atteintes aux droits humains commises pendant le conflit armé interne (1960-1996) ont abouti à des condamnations. Des défenseurs des droits humains ont été victimes d’agressions, de tentatives d’intimidation et de menaces.

RÉPUBLIQUE DU GUATEMALA
Chef de l’État et du gouvernement : Álvaro Colom Caballeros
Peine de mort : maintenue
Population : 14,8 millions
Espérance de vie : 71,2 ans
Mortalité des moins de cinq ans : 39,8 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes : 74,5 %

Contexte

Des élections législatives, présidentielle et locales ont eu lieu en septembre. Déclaré vainqueur en novembre à l’issue du second tour du scrutin présidentiel, le général à la retraite Otto Pérez Molina devait prendre ses fonctions en janvier 2012.
Les taux de criminalité violente, de violence des gangs et de violence liée aux stupéfiants demeuraient élevés. Les autorités ont enregistré 5 681 homicides au cours de l’année. Les différends entre organisations impliquées dans le trafic de drogue donnaient souvent lieu à des actes de torture et des assassinats. En mai, dans une ferme d’El Naranjo (département du Petén), des hommes armés ont tué et décapité 27 ouvriers agricoles. Ces violences ont été imputées à un litige entre des trafiquants de drogue et le propriétaire de la ferme.
De nombreuses informations ont fait état de racket et de crimes violents perpétrés par des gangs de rue, les maras, dans des quartiers démunis. Les actions de la police pour endiguer les violences étaient largement considérées comme inefficaces.
À la fin de l’année, 13 prisonniers restaient sous le coup d’une sentence capitale. Aucune exécution n’avait eu lieu depuis 2000 et le chef de l’État, Álvaro Colom, s’était opposé à un certain nombre de projets de loi visant à la reprise des exécutions. Le vainqueur de l’élection présidentielle, Otto Pérez Molina, a en revanche annoncé qu’il reprendrait les exécutions à son entrée en fonction.

Droits des peuples indigènes

Les droits des peuples indigènes ont, comme les années précédentes, été bafoués dans le cadre de conflits fonciers ; des projets d’aménagement ont été entrepris sans consultation des communautés concernées et sans leur consentement libre, préalable et éclairé. En mars, le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones a relevé le climat de grande instabilité et de conflit social dû aux activités menées par des entreprises sur les territoires traditionnels des peuples autochtones. Il a invité les autorités à reconnaître les droits territoriaux des peuples indigènes et à veiller à ce que ceux-ci participent aux processus de décision.
*En mars, environ 2 500 habitants indigènes de la vallée du Polochic, dans le département d’Alta Verapaz, ont été expulsés à la suite d’un litige foncier avec une entreprise locale. L’un d’eux, Antonio Beb Ac, a été tué et deux personnes ont été blessées au cours de l’opération. Dans les mois qui ont suivi, deux membres de la communauté ont été tués et six autres ont été blessés. En août, les autorités ont refusé de respecter pleinement les conclusions de la CIDH les enjoignant d’assurer la protection de ces communautés et de leur apporter une aide humanitaire. À la fin de l’année, ces habitants n’avaient toujours qu’un accès limité à un abri convenable, à de l’eau propre, à la nourriture et aux soins.

Impunité pour les violations commises dans le passé

Des avancées ont été enregistrées dans certaines poursuites concernant des atteintes aux droits humains commises pendant le conflit armé interne. En juillet, l’armée a déclassifié un certain nombre de documents. Ceux qui se rapportaient aux années 1980-1985, cependant, c’est-à-dire à la période où les violations des droits humains ont été particulièrement nombreuses, sont demeurés inaccessibles.
*En août, quatre anciens membres d’une unité d’élite de l’armée ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour leur rôle dans le massacre de 250 hommes, femmes et enfants à Dos Erres, en 1982 ; de nombreuses femmes et filles avaient en outre été violées.
*En octobre, la Cour constitutionnelle a ordonné à la Cour suprême d’expliciter son arrêt aux termes desquels c’était à un tribunal civil qu’il appartenait de juger les personnes soupçonnées d’implication dans la disparition forcée, en 1992, d’Efraín Bámaca Velásquez, et dans les actes de torture subis par ce dernier. Ces personnes avaient été acquittées en 1994 à l’issue d’un procès secret devant un tribunal militaire.
*Les anciens généraux Héctor López Fuentes, Oscar Mejía Victores et José Mauricio Rodríguez Sánchez ont été inculpés de planification et de supervision de génocide, de violences sexuelles organisées et de transferts forcés de populations entre 1982 et 1983. À la fin de l’année, les trois hommes attendaient d’être jugés.

Droits des femmes

D’après les autorités, 631 femmes ont été tuées au cours de l’année. La Loi de 2008 contre le meurtre de femmes et les autres formes de violence contre les femmes qui, entre autres mesures, portait création de tribunaux spéciaux réservés à ce type de violences, semblait avoir peu de répercussions, tant sur la diminution des violences faites aux femmes que sur l’obligation pour les responsables de répondre de leurs actes.

Défenseurs des droits humains

Des personnes œuvrant à la défense des droits humains, notamment des journalistes et des syndicalistes, ont de nouveau été victimes d’agressions, de harcèlement et de menaces. Des organisations locales ont recensé 402 affaires de ce type.
*En février, Catalina Mucú Maas, Alberto Coc Cal et Sebastian Xuc Coc, des membres de la communauté indigène de Quebrada Seca, dans le département d’Izabal, ont été assassinés. Tous trois avaient participé activement à des négociations dans le cadre de conflits fonciers. Plusieurs autres membres de la communauté ont reçu des menaces de mort. À la fin de 2011, personne n’avait été amené à rendre des comptes pour ces homicides ni pour les menaces.
*En août, quatre membres du personnel de la Fondation guatémaltèque d’anthropologie médicolégale ont été menacés de mort, après que quatre anciens militaires eurent été reconnus coupables du massacre de Dos Erres.
*Byron Arreaga, un syndicaliste qui avait œuvré à la lutte contre la corruption, a été abattu en septembre dans le département de Quetzaltenango.

Visites et documents d’Amnesty International

  • Des délégués d’Amnesty International se sont rendus au Guatemala en novembre-décembre.
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