GUINÉE ÉQUATORIALE

République de Guinée équatoriale

Chef de l’État et du gouvernement : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo

Neuf prisonniers ont été exécutés en janvier, peu de temps avant l’instauration d’un moratoire temporaire sur la peine capitale. Les personnes incarcérées étaient régulièrement torturées. Plusieurs opposants politiques ont été arrêtés arbitrairement et maintenus en détention au secret pendant de longues périodes, sans inculpation.
Parmi eux figurait un homme enlevé dans un pays voisin par les forces de sécurité de Guinée équatoriale en décembre 2013. Des civils ont été jugés devant des tribunaux militaires.

CONTEXTE

En février, le président Obiang a signé un décret instaurant un moratoire temporaire sur la peine de mort dans le but, semble- t-il, de devenir membre de plein droit de la Communauté des pays de langue portugaise. La demande d’adhésion du pays a été acceptée en juillet, lors du sommet de l’organisation tenu à Dili (Timor-Leste).
En mai, le Conseil des droits de l’homme [ONU] a examiné la situation des droits humains en Guinée équatoriale dans le cadre de l’Examen périodique universel et a formulé plusieurs recommandations. Le gouvernement a accepté, sur le principe, la plupart de ces recommandations, mais a rejeté celles l’engageant à ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
En octobre le président Obiang a décrété une amnistie générale en faveur de toutes les personnes inculpées ou déclarées coupables d’infractions politiques. Il s’agissait d’une des conditions posées par les partis politiques d’opposition pour qu’ils participent au dialogue national en novembre. Cependant, aucun prisonnier n’a été libéré et le président a déclaré que toutes les personnes condamnées avaient été déclarées coupables d’infractions de droit commun. En novembre, trois partis d’opposition indépendants se sont retirés du processus de dialogue national au motif que leurs revendications, dont la remise en liberté de détenus, n’avaient pas été satisfaites.

PEINE DE MORT

Neuf hommes reconnus coupables de meurtre ont été exécutés à la fin du mois de janvier, 13 jours avant l’instauration d’un moratoire temporaire sur la peine capitale. À la connaissance d’Amnesty International, c’était la première fois depuis deux décennies que le pays procédait à autant d’exécutions la même année, et aucune mise à mort n’avait eu lieu depuis 20101.

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Cette année encore, les forces de sécurité ont recouru à la torture en toute impunité. Les détenus se voyaient aussi infliger d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Un grand nombre étaient maintenus au secret pendant de longues périodes, sans inculpation ni jugement, et privés de soins médicaux adaptés.
Cipriano Nguema Mba, réfugié installé en Belgique depuis 2012, a été enlevé par les forces de sécurité de Guinée équatoriale en décembre 2013, alors qu’il rendait visite à des proches au Nigeria. Il a été conduit clandestinement à la Direction nationale de la sécurité, à Malabo, où il a été torturé. On lui a attaché les chevilles et les coudes ensemble dans le dos, puis on l’a suspendu à une barre métallique. Il a ensuite été roué de coups de matraque sur tout le corps. Il a été détenu au secret pendant toute l’année.
Roberto Berardi, homme d’affaires italien qui avait noué un partenariat avec Teodoro (dit « Teodorín ») Nguema Obiang, le fils aîné du chef de l’État, dans le cadre d’une entreprise de génie civil, a été frappé et torturé à plusieurs reprises depuis son arrestation en janvier 2013, d’abord au commissariat de Bata, puis à la prison de Bata. En janvier 2014, il a été maintenu à terre par des gardiens et flagellé. Il s’est vu infliger de longues périodes de détention à l’isolement tout au long de l’année, et n’a pas été autorisé à se faire soigner alors qu’il souffrait de fièvre typhoïde et d’emphysème. Il a été hospitalisé à la suite de l’aggravation de son état en juin, mais a été renvoyé en prison dès le lendemain, contre avis médical. D’après l’avocat de Roberto Berardi, l’arrestation de son client avait pour but de l’empêcher de témoigner devant le ministère de la Justice des États-Unis et d’autres juridictions étrangères au sujet de la corruption présumée de « Teodorín » Nguema Obiang. Roberto Berardi était toujours derrière les barreaux à la fin de l’année.

ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES

Après l’enlèvement de Cipriano Nguema Mba (voir plus haut), 11 personnes soupçonnées d’avoir eu des contacts avec lui, dont deux femmes, ont été arrêtées sans mandat en janvier à Malabo, Mongomo et Ebebiyín, et placées en détention au secret. Cinq hommes ont été relâchés en juin sans avoir été inculpés. À la fin de l’année, quatre personnes sur les six maintenues en détention se trouvaient toujours au secret. En juillet, Cipriano Nguema, Ticiano Obama Nkogo, Timoteo Asumu, Antonio Nconi Sima, Leoncio Abeso Meye (poursuivi par contumace) et les deux femmes, Mercedes Obono Nconi et Emilia Abeme Nzo, ont été inculpés par les autorités judiciaires militaires de « menaces à la sûreté de l’État et à l’intégrité physique du chef de l’État ».
Leurs avocats ont indiqué n’avoir pas pu assister aux interrogatoires, et ont précisé que les accusés n’avaient pas été informés des charges portées contre eux.
Leur procès s’est déroulé le 27 septembre devant une juridiction militaire, là encore sans la présence de leurs avocats. À la place, deux militaires dépourvus de formation juridique ont été commis à leur défense. Trois jours plus tard, ils ont été déclarés coupables des charges retenues contre eux. Mercedes Obono et Timoteo Asumu ont été condamnés à 15 ans d’emprisonnement, et les autres accusés à 27 ans de réclusion.

PRISONNIERS D’OPINION

Agustín Esono Nsogo a recouvré la liberté en février 2014, après avoir passé 16 mois derrière les barreaux sans avoir été inculpé. Il avait été arrêté et détenu arbitrairement à Bata en octobre 2012 après avoir échangé de l’argent avec un étranger et avait été accusé de tentative de déstabilisation du pays. Son arrestation et sa détention, non justifiées, étaient motivées par des considérations politiques.

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