CORÉE DU NORD

République populaire démocratique de Corée

Chef de l’État : Kim Jong-un Chef du gouvernement : Pak Pong-ju

L’Organisation des Nations unies a publié un rapport complet sur la situation des droits humains en République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), qui décrivait en détail les violations, systématiques, de la quasi-totalité des droits humains commises dans le pays. Des centaines de milliers de personnes étaient toujours détenues dans des camps de prisonniers ou d’autres centres de détention, souvent sans avoir été jugées ou inculpées d’aucune infraction dûment reconnue par le droit international. De sévères restrictions continuaient de peser sur la liberté d’expression, de religion et sur le droit de circuler librement, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. On était toujours sans nouvelles de victimes de disparitions forcées, même si le gouvernement a reconnu l’implication d’agents de l’État dans l’enlèvement de certaines personnes.

CONTEXTE

La troisième année du régime de Kim Jong-un a débuté en décembre 2013 par le procès et l’exécution très médiatisés de Jang Song-taek, vice-président de la Commission de la défense nationale et oncle de Kim Jong-un. On croit savoir que ces événements ont été suivis d’une série de purges politiques visant à asseoir l’autorité de Kim Jong-un, bien qu’aucune autre exécution d’opposants politiques liés à Jang Song-taek n’ait été confirmée en 2014.
Le développement d’un secteur économique privé officiellement illégal, mais toléré par le gouvernement, s’est poursuivi, avec notamment des étals privés vendant de la nourriture et des vêtements. Des observateurs craignaient que cette apparente ouverture économique ne crée encore plus d’inégalités de revenus. Elle ne s’est d’ailleurs pas accompagnée d’une amélioration de la situation générale des droits humains.
Le gouvernement a tenté d’attirer des devises étrangères, notamment grâce au tourisme. Malgré ces initiatives, l’État demeurait extrêmement sensible à toute action de visiteurs étrangers perçue comme une diffusion d’idées politiques ou religieuses incompatibles avec celles promues par le pouvoir. La liberté d’information était limitée et Internet, qui n’était pas accessible au public, était remplacé par un réseau « intranet » national.
Chose rare, le gouvernement a reconnu une part de responsabilité dans un fait en mai, lorsque les médias publics ont rapidement relayé la nouvelle de l’effondrement d’un immeuble d’habitation dans la capitale, Pyongyang, qui a fait plus de 300 morts. Les médias étrangers à Pyongyang ont indiqué que des citoyens avaient exprimé leur colère à la suite de cet effondrement et que le gouvernement avait présenté des excuses pour les failles dans les méthodes de construction.

SURVEILLANCE INTERNATIONALE

La Commission d’enquête sur la situation des droits humains en République populaire démocratique de Corée, mise en place par l’ONU, a publié son rapport en février1.
Ce document de 372 pages faisait un examen complet des « violations graves, systématiques et généralisées des droits de l’homme » et concluait que nombre d’entre elles s’apparentaient à des crimes contre l’humanité.
Le rapport a été présenté en mars au Conseil des droits de l’homme [ONU], qui a adopté une résolution forte dans laquelle il saluait la publication de ce rapport soutenu par la majorité des États membres du Conseil2.
La République populaire démocratique de Corée a été soumise pour la deuxième fois à l’Examen périodique universel de l’ONU en mai. Le gouvernement s’est montré plus coopératif que lors de son premier Examen en 2010, en répondant cette fois aux recommandations qu’il appuyait, dont celles relatives à la gestion de l’aide humanitaire. Il a cependant refusé d’accepter plus de la moitié des recommandations, en particulier celles concernant la coopération avec la Commission d’enquête et le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée. Il a aussi catégoriquement rejeté les recommandations l’enjoignant de fermer ses camps de prisonniers politiques ou d’autoriser les victimes étrangères de disparition forcée à retourner librement dans leur pays d’origine3.
En décembre, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution forte dans laquelle elle recommandait que la situation des droits humains en Corée du Nord soit portée devant la Cour pénale internationale.

ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES

Des centaines de milliers de personnes étaient toujours détenues dans des camps de prisonniers politiques et d’autres centres de détention, où elles subissaient des violations graves, systématiques et généralisées de leurs droits humains, comme des exécutions extrajudiciaires ou des actes de torture et d’autres mauvais traitements dont des passages à tabac, de longues périodes de travail forcé sans repos et des privations de nourriture.
De nombreux détenus de ces camps de prisonniers politiques n’avaient été déclarés coupables d’aucune infraction dûment reconnue par le droit international, mais étaient des proches de personnes considérées comme une menace pour l’administration. Ils étaient détenus sans procès équitable, au titre de la « culpabilité par association ».
Le gouvernement a continué de nier l’existence des camps de prisonniers politiques, alors que des images satellites ont non seulement montré qu’ils existaient, mais aussi que certains étaient en cours d’expansion à la fin de l’année 2013.
Des Nord-Coréens ainsi que des étrangers étaient victimes de détention arbitraire à l’issue de procès inéquitables. Deux ressortissants des États-Unis, Kenneth Bae et Matthew Todd Miller, ont été déclarés coupables d’« actes hostiles » à l’égard du régime, respectivement en 2013 et 2014. Avant leur libération en novembre, ils avaient commencé à purger des peines de travaux forcés de 15 ans pour le premier et de six ans pour le second. Dans un entretien avec des médias étrangers en août, Kenneth Bae s’était exprimé sur le caractère inéquitable de son procès et sur la dégradation de son état de santé alors qu’il était soumis à des travaux forcés.

LIBERTÉ DE RELIGION

La pratique de toute religion demeurait sévèrement restreinte. De lourdes peines, notamment des peines de détention dans des camps de prisonniers, auraient été infligées à des Nord-Coréens et à des étrangers pour avoir exercé leur liberté de religion4.
John Short, un missionnaire australien, a été arrêté pour avoir fait la promotion de ses croyances religieuses ; il n’a été expulsé, en mars, qu’après avoir présenté des excuses publiques. Kim Jung-wook, un missionnaire de Corée du Sud, a été détenu pendant plus de six mois sans pouvoir consulter un avocat, avant d’être déclaré coupable d’espionnage et d’ouverture d’une église clandestine. Il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Jeffrey Fowle, un touriste des États-Unis, a été arrêté en mai pour avoir laissé une bible dans un club de Chongjin. Il a été maintenu en détention sans procès pendant plus de cinq mois avant d’être libéré, en octobre.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

Cette année encore, les autorités ont imposé des restrictions sévères à l’exercice des libertés d’expression, d’opinion et de réunion pacifique. Il n’existait de toute évidence pas d’organisations de la société civile, de journaux ou de partis politiques indépendants dans le pays. Les autorités pouvaient perquisitionner chez les Nord-Coréens à la recherche de documents médiatiques étrangers, et les Nord-Coréens pouvaient être sanctionnés pour avoir écouté, regardé ou lu ce type de documents.

DROIT DE CIRCULER LIBREMENT

Les contrôles aux frontières étaient toujours aussi stricts. Le nombre de personnes arrivant en Corée du Sud après avoir fui le Nord restait faible en 2012 et 2013 par rapport aux années précédentes.
Selon des médias sud-coréens, le passage de la frontière est devenu encore plus difficile avec le renforcement des techniques de surveillance, notamment l’utilisation de matériel de brouillage conçu pour empêcher les citoyens d’utiliser des téléphones portables chinois le long de la frontière.
Les Nord-Coréens n’avaient accès qu’à un réseau de téléphonie mobile local et fermé, à l’intérieur du pays.
Début août, un groupe d’une trentaine de personnes, dont un bébé d’un an, a été renvoyé de force en Corée du Nord après avoir été détenu en Chine. On ignore si ces personnes ont été inculpées pour avoir franchi la frontière illégalement, mais si ces charges sont retenues contre elles, elles pourraient être incarcérées et subir des actes de torture ou d’autres mauvais traitements, notamment des travaux forcés5.

DISPARITIONS FORCÉES

Le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires [ONU] a demandé en août à la République populaire démocratique de Corée de confirmer le sort de 47 personnes dont on savait qu’elles avaient été enlevées sur un territoire étranger par des agents de sécurité nord-coréens, et qui avaient ensuite disparu. Ces personnes étaient pour la plupart de nationalité sud- coréenne.
En mai, le gouvernement a participé à des réunions avec le Japon pour aborder le problème des enlèvements et a créé un comité spécial chargé de mener de nouvelles enquêtes sur les cas de Japonais enlevés dans les années 1970 et 1980. Le rapport initial de cette nouvelle enquête a toutefois été rejeté par le Japon, car il ne contenait aucune information nouvelle sur les 12 Japonais dont l’enlèvement au Japon, par des agents de sécurité nord-coréens, avait déjà été officiellement reconnu par la Corée du Nord.

DROIT À L’ALIMENTATION

Le Programme alimentaire mondial a signalé en septembre que la situation de la Corée du Nord en matière de disponibilité alimentaire était « grave ». Malgré de meilleures récoltes lors des deux années précédentes, une période de sécheresse survenue en 2014 a fait baisser les niveaux des rations alimentaires de 410 grammes à seulement 250 grammes par personne et par jour en août, ce qui était considéré par beaucoup comme l’annonce d’une pénurie alimentaire imminente. Les dernières statistiques révélaient que les taux de malnutrition chronique restaient relativement élevés en 2013, puisqu’ils touchaient un enfant de moins de cinq ans sur quatre.
Même si la Corée du Nord bénéficiait d’une aide humanitaire de la part du Programme alimentaire mondial et d’autres organismes de secours, le gouvernement n’a pas autorisé ces organisations à étendre leur assistance à certaines des populations les plus vulnérables. Des restrictions étaient toujours imposées à ceux qui essayaient de surveiller l’acheminement de l’aide alimentaire aux groupes ciblés.

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