Rapport Annuel 2016

Érythrée

État d’Érythrée
Chef de l’État et du gouvernement : Issayas Afeworki

Des milliers de personnes ont continué de fuir le pays pour échapper au service national à durée indéterminée, un système appliqué dans tout le pays et relevant du travail forcé. Pendant l’été, l’Érythrée a été le troisième pays d’origine des migrants traversant la Méditerranée, après la Syrie et l’Afghanistan, et la majorité de ceux qui ont perdu la vie pendant la traversée était des Érythréens. Le pays a continué d’être marqué par une absence d’état de droit. L’opposition politique est restée interdite, de même que les médias et les universités indépendants. La liberté religieuse et le droit de circuler librement ont continué d’être restreints. La détention arbitraire sans inculpation ni jugement est restée la norme pour des milliers de prisonniers d’opinion.

CONTEXTE

En mai, de nouveaux Code civil, Code pénal et Code de procédure pénale ont été adoptés en remplacement des codes de transition en place depuis l’indépendance du pays. En septembre, une filiale commune de l’entreprise canadienne Sunridge Gold Corp et de la Compagnie nationale des mines d’Érythrée (ENAMCO) a signé un accord avec le ministère de l’Énergie et des Mines pour des opérations d’extraction d’or, de cuivre et de zinc. Nevsun Resources, société minière canadienne, a fait l’objet de poursuites judiciaires au Canada pour utilisation présumée de main-d’œuvre issue de la conscription par son sous-traitant, l’entreprise publique érythréenne Segen Construction, dans la mine de Bisha – gérée par une filiale commune de Nevsun Resources et d’ENAMCO.

TRAVAIL FORCÉ – SERVICE NATIONAL

Les Érythréens ont continué d’être soumis à un service national obligatoire pouvant être prolongé indéfiniment. Ce système relevait du travail forcé. Une proportion importante de la population était ainsi enrôlée pour une durée indéterminée, pouvant aller jusqu’à 20 ans. Les conscrits étaient mal payés, ce qui ne leur permettait pas de subvenir aux besoins élémentaires de leur famille, et la rareté des permissions, accordées de façon arbitraire, se traduisait souvent par une désorganisation de la vie familiale. Ils servaient dans les forces de défense ou étaient affectés à des tâches dans des secteurs tels que l’agriculture, la construction, l’enseignement et le service civil. Le droit à l’objection de conscience n’était prévu par aucune disposition.
Des enfants ont continué d’être enrôlés pour un entraînement militaire en vertu de l’obligation pour tous les élèves de passer leur dernière année de lycée dans le camp militaire de Sawa, où ils étaient soumis à des conditions de vie très dures et à une discipline de type militaire, et formés au maniement des armes. Certains enfants ont abandonné l’école prématurément afin d’échapper à cet enrôlement. Des enfants ont aussi été enrôlés pour l’entraînement militaire lors de rafles organisées par l’armée pour trouver des personnes s’étant soustraites au service national.
Des milliers de personnes ont tenté d’échapper à ce système, notamment en essayant de fuir le pays. Ceux qui se sont fait prendre, y compris des enfants, ont été détenus arbitrairement sans inculpation ni jugement, souvent dans des conditions difficiles, et sans pouvoir contacter un avocat ni des membres de leur famille.
La ligne de conduite consistant à « tirer pour tuer » sur toute personne essayant de s’échapper et de franchir la frontière avec l’Éthiopie a continué d’être appliquée.
Des personnes âgées ont aussi continué d’être enrôlées dans l’« Armée populaire », où elles ont été armées et contraintes d’effectuer des tâches sous la menace de punitions. La conscription a touché des hommes jusqu’à l’âge de 67 ans.

PRISONNIERS D’OPINION

Des milliers de prisonniers d’opinion et de prisonniers politiques, notamment d’anciens représentants politiques, journalistes et pratiquants de religions non autorisées, restaient détenus sans inculpation ni jugement, et sans pouvoir contact un avocat ou leur famille. Beaucoup étaient incarcérés depuis plus de 10 ans.
Le gouvernement niait détenir un grand nombre d’entre eux et refusait de révéler à leur famille où ils se trouvaient et s’ils étaient en bonne santé, ou de confirmer des informations faisant état de leur mort en détention.

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Des détenus, dont des enfants, étaient incarcérés dans des conditions très difficiles, souvent dans des cellules souterraines ou des conteneurs de transport, manquant de nourriture, d’eau, de matériel de couchage, de sanitaires et de lumière naturelle. Dans certains cas, ces conditions relevaient de la torture. Des mineurs étaient parfois détenus avec des adultes.

RÉFUGIÉS ET DEMANDEURS D’ASILE

Les Érythréens cherchant à fuir leur pays pour gagner l’Europe étaient confrontés à de nombreux dangers tout au long de l’itinéraire passant par le Soudan, la Libye et la Méditerranée. Ils étaient notamment la cible d’enlèvements contre rançon par des groupes armés et la proie des passeurs.
Des réfugiés arrivés en Europe ont indiqué avoir dû payer des passeurs, dont beaucoup étaient eux-mêmes érythréens, à chaque étape de leur voyage. Selon certaines informations, des militaires érythréens ont pris part à des activités consistant à faire sortir illégalement des personnes d’Érythrée.
De nombreux mineurs non accompagnés qui ont quitté l’Érythrée pour éviter la conscription se sont retrouvés particulièrement exposés à des abus. Des passeurs ont semble-t-il proposé d’emmener des enfants gratuitement en Europe puis, une fois arrivés en Libye, ils les ont gardés en otage et ont réclamé de l’argent à leurs parents restés en Érythrée contre leur libération.
Face au nombre croissant de réfugiés, certains pays européens comme le Royaume- Uni ont durci les conditions d’asile pour les ressortissants érythréens, avançant l’argument indéfendable d’une amélioration de la situation dans leur pays d’origine pour justifier le rejet des demandes d’asile.

SURVEILLANCE INTERNATIONALE

En juin, la Commission d’enquête sur les droits de l’homme en Érythrée créée par l’ONU a présenté son premier rapport, qui a fait état de nombreux cas de violations des droits humains relevant d’une pratique bien établie depuis l’indépendance du pays, et indiqué que le gouvernement pourrait être responsable de crimes contre l’humanité.

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