Rapport Annuel 2016

Éthiopie

République fédérale démocratique d’Éthiopie
Chef de l’État : Mulatu Teshome Wirtu
Chef du gouvernement : Hailemariam Desalegn


Des membres et des responsables de partis d’opposition, ainsi que des manifestants, ont été exécutés de manière extrajudiciaire. Des élections législatives se sont déroulées en mai dans un contexte de restrictions visant la société civile, les médias et l’opposition politique. Une force excessive a notamment été utilisée contre des manifestants pacifiques, les activités de campagne de l’opposition ont été perturbées et des membres de l’opposition qui observaient le scrutin ont été harcelés. La police et l’armée ont procédé à des arrestations massives de manifestants, de journalistes et de membres de partis d’opposition lors de la répression de manifestations dans la région d’Oromia.

CONTEXTE

Le parti politique au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien, a remporté tous les sièges au Parlement fédéral et dans les assemblées régionales lors des élections législatives.
Selon le parti d’opposition Semayawi, le Comité national électoral aurait refusé d’enregistrer plus de la moitié des candidats proposés par le parti pour la Chambre des représentants du peuple : sur 400 candidats, seuls 139 ont pu se présenter. Medrek, une coalition d’opposition, a indiqué que le Comité national électoral avait approuvé l’enregistrement de 270 de ses candidats seulement, sur les 303 proposés.
La famine causée par le manque de pluie pendant la haute saison des récoltes (de juin à septembre) a touché plus de 8 millions de personnes dans le nord et l’est du pays.

ARRESTATIONS ET DÉTENTIONS ARBITRAIRES

Omot Agwa Okwoy, Ashinie Astin Titoyk et Jemal Oumar Hojele ont été arrêtés par des policiers et des agents des forces de sécurité à l’aéroport international de Bole, à Addis Abeba, le 15 mars, alors qu’ils se rendaient à un séminaire à Nairobi, au Kenya. Cet événement était organisé par l’ONG Pain pour le prochain, avec le soutien des ONG Anywaa Survival Organisation et GRAIN. La police a maintenu les trois hommes en détention sans possibilité de remise en liberté sous caution pendant 161 jours au centre de détention de Maekelawi, soit plus que la période de quatre mois autorisée par la Loi antiterroriste, en vertu de laquelle ils ont été inculpés le 7 septembre.
Le 12 mai, deux militants et trois sympathisants du parti Semayawi qui collaient des affiches électorales dans la capitale, Addis-Abeba, ont été appréhendés par les forces de sécurité. Ils ont été libérés sous caution après quatre jours de détention.
Le 19 mai, Bekele Gerba et d’autres membres du Congrès fédéraliste oromo faisaient campagne dans la région d’Oromia quand des policiers et des membres des forces locales de sécurité les ont frappés, arrêtés et placés en détention pendant quelques heures.
Plus de 500 membres de Medrek ont été arrêtés dans différents bureaux de vote de la région d’Oromia les 24 et 25 mai. Des membres des forces de sécurité ont frappé et blessé 46 personnes pendant les élections ; six personnes ont été blessées par balle et deux tuées.

EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES

Quatre membres et responsables de partis d’opposition ont été tués après les élections. Samuel Aweke, fondateur du parti Semayawi, a été retrouvé mort le 15 juin dans la ville de Debre Markos. Quelques jours avant sa mort, il avait publié un article dans le journal de son parti, Negere Ethiopia, qui critiquait le comportement des autorités locales, de la police et d’autres représentants des forces de sécurité. Le parti Semayawi affirme que Samuel Aweke avait reçu des menaces de la part de membres des forces de sécurité après la parution de cet article.
Le 16 juin, Taddesse Abreha, membre de Medrek, a été abordé par trois inconnus qui ont essayé de l’étrangler, alors qu’il rentrait chez lui dans l’ouest du Tigré. Il est mort peu de temps après être arrivé chez lui.
Berhanu Erbu, lui aussi membre de Medrek, a été retrouvé mort le 19 juin à proximité d’un cours d’eau dans la zone de Hadiya, 24 heures après avoir été arrêté à son domicile par deux policiers.
Asrat Haile, qui observait le scrutin pour le compte de Medrek dans le secteur d’Adio Kaka, le district de Ginbo Woreda et la zone de Kefa, est mort après avoir été roué de coups par des policiers le 5 juillet.
Aucune enquête n’a été ouverte sur ces décès, à l’exception de celui de Samuel Aweke. Son assassin présumé a été jugé, déclaré coupable et condamné, mais le parti Semayawi a dénoncé une « imposture » destinée à protéger le véritable coupable.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

Pendant la période qui a précédé les élections législatives, le gouvernement a continué d’utiliser la Loi antiterroriste pour réprimer la liberté d’expression, avec des détentions prolongées de journalistes et des procédures judiciaires qui s’éternisaient : au moins 17 journalistes ont été arrêtés et inculpés en vertu de cette loi. Beaucoup d’autres, confrontés à des manœuvres d’intimidation, des actes de harcèlement et des poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques, ont fui le pays.
Le 9 juillet, la police a arrêté à son domicile Habtamu Minale, rédacteur en chef du journal Kedami et reporter au journal YeMiliyonoch Dimts. Il a été remis en liberté sans inculpation le 26 juillet.
Le ministère public a abandonné les charges qui pesaient contre deux membres du groupe de blogueurs Zone 9. Le 16 octobre, la Haute Cour a acquitté cinq des blogueurs de Zone 9, qui étaient accusés de terrorisme, après plus de 500 jours de détention provisoire.
Le 22 octobre, la Haute Cour a déclaré coupable et condamné par contumace Gizaw Taye, directeur de Dadimos Entertainment and Press, à 18 ans de prison pour terrorisme.

LIBERTÉ DE RÉUNION

Le 27 janvier, la police a fait usage d’une force excessive pour disperser une manifestation pacifique organisée par le parti d’opposition Unité pour la démocratie et la justice à Addis-Abeba. Les policiers ont frappé des manifestants à coups de matraque, de bâton et de barre de fer sur la tête, le visage, les mains et les jambes, blessant plus de 20 d’entre eux.
Le 22 avril, le gouvernement a appelé à un rassemblement sur la place Meskel pour condamner les meurtres, en Libye, de migrants éthiopiens par des partisans du groupe armé État islamique. Quand certains manifestants ont scandé des slogans pendant ce rassemblement, la police a recouru à une force excessive pour disperser la foule, faisant notamment usage de gaz lacrymogène et passant des personnes à tabac. La situation a alors dégénéré et des heurts ont éclaté entre les manifestants et la police. Selon un journaliste, 48 personnes ont été blessées et admises à l’hôpital, et de nombreuses autres s’en sont sorties avec des blessures légères. Plusieurs centaines de personnes auraient été arrêtées. Woyneshet Molla, Daniel Tesfaye, Ermias Tsegaye et Betelehem Akalework ont été arrêtés le 22 avril et inculpés d’incitation à la violence pendant le rassemblement. Ils ont été déclarés coupables et condamnés à deux mois de prison, et ont été maintenus en détention pendant plus de 10 jours après avoir purgé leur peine, alors que les tribunaux avaient ordonné leur libération. Ils ont été libérés sous caution par la police le 2 juillet.

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