Rapport annuel 2017

Lesotho

Royaume du Lesotho
Chef de l’État : Letsie III
Chef du gouvernement : Pakalitha Mosisili

L’instabilité politique persistait après une tentative de coup d’État en 2014 et l’homicide d’un ancien chef des armées en 2015. Plusieurs membres de partis d’opposition étaient toujours en exil. Le droit à la liberté d’expression restait soumis à d’importantes restrictions. Des journalistes ont fait l’objet de manœuvres d’intimidation, d’agressions physiques et de poursuites pénales engagées pour des motifs politiques en raison de leurs activités, ce qui a poussé plusieurs d’entre eux à fuir le pays. Les droits à la santé et à un niveau de vie suffisant étaient menacés.

Instabilité politique

Le rapport de la commission chargée par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) d’enquêter sur l’instabilité au Lesotho a été rendu public en février. Les investigations de la commission ont porté entre autres sur l’homicide du général Maaparankoe Mahao par des soldats en juin 2015, après qu’il eut été relevé de ses fonctions au sein des Forces de défense du Lesotho (LDF) et remplacé par le général Tlali Kamoli. Les soldats ont affirmé que Maaparankoe Mahao avait ouvert le feu sur eux lorsqu’ils avaient tenté de l’arrêter, le soupçonnant de comploter une mutinerie. Le rapport de la SADC n’a trouvé aucun élément corroborant ces soupçons et a conclu qu’il avait été tué délibérément. Il préconisait l’ouverture d’une information judiciaire sur ce meurtre et le limogeage de Tlali Kamoli. Le gouvernement a annoncé le départ à la retraite du général à compter du 1er décembre.

Le Premier ministre, Pakalitha Mosisili, a chargé une équipe spéciale mixte, composée de policiers et de militaires, d’enquêter sur les circonstances de l’homicide de Maaparankoe Mahao. La famille du général a estimé que cette initiative manquait d’impartialité.

Lors de son sommet de juin, la SADC a exhorté les dirigeants de l’opposition qui avaient fui le Lesotho après avoir reçu des menaces de mort en 2015 à revenir dans le pays d’ici le mois d’août afin de participer aux réformes constitutionnelles et dans le secteur de la sécurité qu’elle recommandait. En novembre, le gouvernement a présenté un projet de loi d’amnistie qui, s’il était adopté, permettrait que de graves violations des droits humains restent impunies.

Procès inéquitables

Quinze membres des LDF inculpés de sédition et de mutinerie en mai 2015 étaient toujours détenus à la prison de sécurité maximale de Maseru, alors que l’enquête de la SADC n’a mis en évidence aucune preuve convaincante de mutinerie et qu’elle a recommandé leur libération. En octobre 2015, la Haute Cour avait ordonné la libération de tous les soldats sous « arrestation ouverte », une forme de caution militaire, mais seuls sept d’entre eux ont été relâchés. Refusant de se conformer à la décision de la Haute Cour, Tlali Kamoli a été inculpé d’outrage à magistrat. Le 29 avril, la cour d’appel a débouté de leur requête les soldats maintenus en détention, qui demandaient à être placés sous « arrestation ouverte », annulant donc la décision de la Haute Cour. Leur procès devant un tribunal militaire a été reporté à plusieurs reprises.

Les cinq avocats qui représentaient les soldats ont tous reçu des menaces de mort. L’un d’entre eux a été arrêté et inculpé de parjure pendant qu’il défendait les soldats détenus. De nouveaux chefs d’accusation (fraude, outrage à magistrat et entrave à la justice) ont été ajoutés à son acte d’inculpation.

Torture et autres mauvais traitements

Comme les années précédentes, les membres des LDF emprisonnés étaient soumis à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Après une marche organisée par leurs enfants le 16 juin, certains des militaires détenus ont été placés à l’isolement et privés de nourriture. L’un d’entre eux s’est vu refuser des soins médicaux spécialisés et d’autres ont été entravés. Makoae Taoana, un médecin qui a examiné les soldats après qu’ils ont été arrêtés et torturés, est décédé dans un accident inexpliqué en juillet. La police a annoncé qu’elle enquêtait sur les circonstances de sa mort.

Liberté d’expression

Des journalistes travaillant à la télévision, à la radio, dans la presse écrite ou sur les réseaux sociaux étaient toujours en butte à des agressions et à des actes de harcèlement. Le 23 juin, après avoir publié un article avançant que Tlali Kamoli devait recevoir une indemnité de départ de 50 millions de rands (3,5 millions de dollars des États-Unis), la journaliste du Lesotho Times Keiso Mohloboli a été interrogée au siège de la police de Maseru et enjointe de révéler ses sources. Le lendemain, elle a été arrêtée et interrogée aux côtés du rédacteur en chef du journal, Lloyd Mutungamiri. Le 5 juillet, Lloyd Mutungamiri et Basildon Peta, l’éditeur du Lesotho Times, ont été soumis à un interrogatoire. Basildon Peta a été inculpé de diffamation et d’une infraction connexe en raison d’une chronique qui tournait en dérision Tlali Kamoli. Le 9 juillet, des hommes armés non identifiés ont attaqué et blessé Lloyd Mutungamiri devant chez lui. À la connaissance d’Amnesty International, aucune enquête n’a été ouverte. Lloyd Mutungamiri avait été inculpé de diffamation en septembre 2014 pour avoir publié des informations sur la corruption de la police. Aucune suite n’a semble-t-il été donnée à cette affaire. Craignant pour sa vie, Keiso Mohloboli a fui le Lesotho.

Droit à la santé

Le système de santé publique était en proie à une crise de plus en plus grave, due en grande partie aux dettes contractées auprès de l’Afrique du Sud et de la Banque mondiale pour financer la prestation de soins de santé. Les patients qui n’avaient pas les moyens de s’acquitter des nouveaux frais d’hospitalisation demandés pour couvrir les remboursements des dettes étaient invités à se rendre en Afrique du Sud, le pays voisin, pour bénéficier de soins gratuits, mais sans que leurs frais de déplacement ne soient pris en charge.

Droit à un niveau de vie suffisant

Des villageois, du bétail et des tombes ancestrales ont été déplacés et réinstallés dans la ville de Mokhotlong pendant la construction du barrage de Polihali, vaste projet entrepris au Lesotho pour alimenter l’Afrique du Sud en eau. Ne disposant que d’un espace restreint à Mokhotlong, les villageois ont perdu leurs moyens de subsistance, puisqu’ils vivaient de l’élevage et de l’agriculture vivrière. Les populations vivant à proximité du barrage n’avaient toujours pas accès au réseau d’eau potable ni à l’électricité.

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