Rapport annuel 2017

Mozambique

République du Mozambique
Chef de l’État et du gouvernement : Filipe Jacinto Nyusi

Les forces de sécurité, ainsi que les membres et les sympathisants de l’opposition, se sont rendus coupables d’atteintes aux droits humains, notamment d’exécutions, d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, en toute impunité. Des milliers de réfugiés ont fui au Malawi et au Zimbabwe. Les personnes qui exprimaient des idées dissidentes ou critiquaient les violations des droits humains, l’instabilité politique et militaire, ou encore les dettes cachées du pays, ont subi des agressions et des actes d’intimidation.

Contexte

Dans le centre du pays, de violents affrontements ont continué à opposer le parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), au principal parti d’opposition, la Résistance nationale mozambicaine (RENAMO).

Le 5 mars, le président Nyusi a invité Afonso Dhlakama, dirigeant de la RENAMO, à participer à des pourparlers pour « restaurer la paix au sein du pays ». Le dialogue entre les équipes du FRELIMO et de la RENAMO a commencé. Le 10 juin, les deux camps ont convenu de convier des médiateurs internationaux pour faciliter les échanges sur quatre points : laisser la RENAMO gouverner les six provinces où elle revendique la victoire aux élections de 2014 ; mettre un terme aux activités armées ; créer des forces armées et des services de police et de renseignement conjoints ; procéder au désarmement et à la réinsertion des membres de la branche armée de la RENAMO.

En août, les médiateurs ont remis un projet d’accord. Néanmoins, les parties ne se sont pas entendues sur le retrait des forces armées gouvernementales postées dans la région de Gorongosa, où est basé Afonso Dhlakama, et aucun accord n’a été conclu. Les pourparlers se poursuivaient à la fin de l’année.

En avril, des emprunts d’un montant de plus d’un milliard de dollars des États-Unis, levés dans le secret dans les domaines de la sécurité et de la défense, ont été mis au jour. Cette révélation a poussé le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres bailleurs de fonds internationaux à suspendre l’aide financière au Mozambique dans l’attente d’un audit international indépendant. Une commission d’enquête parlementaire a également été mise en place en août, mais elle comptait une majorité de membres du FRELIMO et a été boycottée par la RENAMO. Le 9 décembre, les conclusions de la commission ont été examinées à huis clos par le Parlement. Le rapport n’avait pas été rendu public à la fin de l’année.

Le bilan du Mozambique en matière de droits humains a été examiné en juin dans le cadre de l’Examen périodique universel des Nations unies (EPU) ; le Mozambique a accepté 180 recommandations et en a rejeté 30, dont celles l’invitant à ratifier la Convention internationale contre les disparitions forcées et le Statut de Rome de la CPI, et celles concernant la liberté d’expression et la responsabilité des entreprises.

Obligation de rendre des comptes

Des membres des forces armées, des hauts fonctionnaires de la police et des agents des services secrets auraient commis des violations des droits humains contre des personnes qu’ils soupçonnaient d’être des membres ou des sympathisants de la RENAMO. Des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et d’autres mauvais traitements, des détentions arbitraires et la destruction de biens immobiliers figuraient au nombre de ces violations. L’impunité restait de mise pour ces crimes de droit international et ces atteintes aux droits fondamentaux.

Le 10 mai, Benedito Sabão, un petit paysan de la ville de Catandica (province de Manica), a été arrêté arbitrairement et maltraité par des agents appartenant semble-t-il aux services secrets, en raison de son soutien présumé à la RENAMO. Également blessé par balle, il a survécu mais a continué de recevoir des menaces. À la fin de l’année, les responsables présumés de cette attaque n’avaient pas été traduits en justice, ni même identifiés.

En juin, plusieurs petits paysans mozambicains vivant dans un camp de réfugiés au Malawi ont indiqué que leur village, dans la province de Tete au Mozambique, avait été pris d’assaut par quatre véhicules avec à leur bord une soixantaine de civils brandissant des armes à feu et des machettes, car il était considéré comme un bastion de la RENAMO. Les agresseurs ont incendié le village et les cultures dont les paysans tiraient leur subsistance. Selon les réfugiés, ces hommes appartenaient aux forces armées.

Des membres et des sympathisants de la RENAMO auraient pillé des centres de santé et mené des attaques sur les routes et dans des postes de police, faisant des victimes dans la population. Ils s’en sont également pris à la police et aux forces armées. Le gouvernement n’a pas enquêté sur ces crimes contre la population civile commis par des membres ou des sympathisants de la RENAMO, ni traduit leurs auteurs en justice.

En mai, des médias locaux et internationaux et des organisations de la société civile ont signalé la découverte de corps non identifiés et d’un charnier près de la région de Gorongosa. Une enquête a été ouverte en juin, mais ni les dépouilles ni les responsables présumés n’avaient été identifiés à la fin de l’année.

Le 8 octobre, Jeremias Pondeca, haut responsable de la RENAMO et membre de l’équipe de médiation chargée de mettre fin au conflit entre la RENAMO et le gouvernement, a été tué par balle dans la capitale Maputo par des individus non identifiés qui appartiendraient à un escadron de la mort constitué de membres des forces de sécurité. À la fin de l’année, les auteurs présumés de cet homicide n’avaient pas été identifiés.

Réfugiés et demandeurs d’asile

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 10 000 Mozambicains ont fui au Malawi et au Zimbabwe au cours de l’année. Les pouvoirs publics mozambicains ne considéraient pas qu’il s’agissait de réfugiés, mais plutôt de migrants économiques.

Liberté d’expression

Les personnes exprimant des opinions divergentes ou critiques, notamment les journalistes et les défenseurs des droits humains, ont été en butte à des manœuvres d’intimidation et à des agressions tout au long de l’année.

Le 23 mai, le commentateur politique et professeur d’université José Jaime Macuane a été enlevé devant chez lui, à Maputo, par des individus non identifiés qui appartiendraient à un escadron de la mort constitué de membres des forces de sécurité. Ses ravisseurs lui ont tiré dans les jambes et l’ont abandonné sur le bas-côté d’une route dans le district de Marracuene, à 30 kilomètres au nord de Maputo, en lui disant qu’ils avaient pour ordre de l’estropier. José Jaime Macuane avait publiquement abordé des questions de gouvernance politique, les affrontements récurrents entre le FRELIMO et la RENAMO, les dettes cachées et les violations du droit à la liberté d’expression. Les responsables de son enlèvement et des tirs n’avaient pas été identifiées à la fin de l’année.

Liberté de réunion

Après la révélation des dettes cachées en avril, un appel à manifester a été lancé de manière anonyme par SMS et sur les réseaux sociaux. Le 25 avril, la police a annoncé que toute manifestation non autorisée serait réprimée. Les 28 et 29 avril, elle a renforcé sa présence dans les rues de Maputo mais personne n’a manifesté.

En mai, les partis politiques sans représentation parlementaire et des organisations de la société civile ont appelé à manifester pacifiquement contre les dettes cachées du pays et son instabilité politique et militaire. Toutefois, le conseil municipal de Maputo n’a pas autorisé la tenue de la manifestation.

João Massango, membre dirigeant du Parti écologiste, était l’un des organisateurs de cette manifestation. Le 20 mai, à Maputo, il a été victime d’une tentative d’enlèvement et a été passé à tabac par des hommes armés non identifiés qui appartiendraient à un escadron de la mort constitué de membres des forces de sécurité. Ses agresseurs n’avaient pas été identifiés à la fin de l’année.

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