Rapport annuel 2017

Cuba

République de Cuba
Chef de l’État et du gouvernement : Raúl Castro Ruz

En dépit de l’ouverture politique qui est censée avoir été amorcée à Cuba, les droits à la liberté d’expression, d’association et de mouvement restaient soumis à des restrictions. La société civile et des groupes d’opposition cubains ont signalé une hausse des placements en détention pour motifs politiques, ainsi que des actes de harcèlement visant des détracteurs du régime.

Contexte

Le rétablissement des relations entre les États-Unis et Cuba en 2015 a débouché sur une hausse des échanges commerciaux bilatéraux et du tourisme en 2016. Par exemple, les vols commerciaux entre les deux pays ont repris après une interruption de plus de 50 ans.

En mars, le président des États-Unis Barack Obama s’est rendu à Cuba, où il a rencontré le président Raúl Castro. C’était la première fois depuis près d’un siècle qu’un président américain effectuait une visite à Cuba. Fidel Castro est décédé en novembre.

En 2016, Cuba a accueilli plusieurs millions de visiteurs étrangers, dont beaucoup venus des États-Unis et d’Europe, ce qui s’est traduit par une forte expansion du secteur touristique.

Cette année encore, des migrants cubains se sont envolés vers des pays d’Amérique centrale et du Sud pour rejoindre ensuite les États-Unis par voie terrestre. Entre octobre 2015 et juillet 2016, plus de 46 000 Cubains sont entrés dans ce pays, un chiffre légèrement supérieur à celui de 2015 et deux fois plus élevé que celui de 2014, selon le Pew Research Centre.

Tout au long de l’année, la Commission interaméricaine des droits de l’homme s’est dite préoccupée par la situation des migrants cubains qui tentaient de rejoindre les États-Unis. En août, plus de 1 000 d’entre eux se sont retrouvés bloqués en Colombie, à proximité de la frontière avec le Panama. La Commission interaméricaine a noté avec inquiétude qu’ils étaient privés de nourriture et risquaient d’être victimes de la traite. En juillet, 121 migrants cubains auraient été expulsés d’Équateur, sans avoir été correctement avertis de leur renvoi ni avoir eu la possibilité de contester cette décision.

À la fin de l’année, Cuba n’avait toujours pas ratifié le PIDCP ni le PIDESC, deux traités pourtant signés en février 2008. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale restait lui aussi en attente de ratification. Le pays n’avait pas non plus reconnu la compétence du Comité contre la torture [ONU] ni celle du Comité des disparitions forcées [ONU] pour recevoir et examiner des communications présentées par des victimes ou par d’autres États parties.

Liberté d’expression et d’association

Malgré la reprise des relations avec les États-Unis en 2015, le vocabulaire de la Guerre froide restait de mise, les militants politiques et les défenseurs des droits humains étant qualifiés publiquement de « mercenaires anti-cubains » ou présentés comme « anti-révolutionnaires » et « subversifs ».

L’appareil judiciaire demeurait sous l’emprise du pouvoir politique. Des lois relatives au « trouble à l’ordre public », à l’« outrage », au « manque de respect », à la « dangerosité » et à l’« agression » ont été invoquées afin de poursuivre en justice des personnes pour des raisons politiques.

Comme les années précédentes, les détracteurs du régime étaient victimes de manœuvres de harcèlement, notamment d’« actes de répudiation » (manifestations organisées par des partisans du régime avec le concours d’agents des services de sécurité).

Les restrictions d’accès à Internet demeuraient un moyen essentiel pour le gouvernement de contrôler à la fois l’accès à l’information et la liberté d’expression. Seuls 25 % de la population pouvaient consulter Internet, et 5 % seulement des foyers disposaient d’une connexion. En août, on dénombrait apparemment 178 bornes Wi-Fi publiques dans le pays, mais des interruptions du service Wi-Fi étaient régulièrement signalées. Les autorités continuaient de bloquer et de filtrer certains sites, ce qui restreignait l’accès à l’information et les critiques contre les politiques gouvernementales.

Arrestations et détentions arbitraires

De nouvelles informations ont fait état d’arrestations arbitraires et de détentions de courte durée visant régulièrement des détracteurs du régime et des militants – dont des membres des Dames en blanc – qui ne faisaient qu’exercer leurs droits à la liberté d’expression, d’association, de réunion et de circulation.

Les autorités, jouant au chat et à la souris avec les militants, les arrêtaient et les maintenaient en détention pendant huit à 30 heures avant de les relâcher sans les inculper, souvent plusieurs fois par mois.

La Commission cubaine des droits humains et de la réconciliation nationale a recensé, en moyenne, 862 détentions arbitraires par mois entre janvier et novembre 2016 ; ce chiffre était supérieur à celui enregistré en 2015 pour la même période.

Les personnes maintenues en « détention provisoire » pendant de plus longues périodes n’étaient souvent pas inculpées, et leurs proches ne recevaient que rarement des documents les informant des motifs de leur détention.

Aux mois de juillet et d’août, Guillermo Fariñas, lauréat en 2010 du Prix Sakharov de la liberté de pensée décerné par l’UE, et d’autres militants politiques, membres pour la plupart de l’Union patriotique de Cuba, ont entamé une grève de la faim pour protester massivement contre la répression de plus en plus violente qui selon eux frappait les opposants et les militants.

À la fin de l’année, le graffeur et prisonnier d’opinion Danilo Maldonado Machado, connu sous le pseudonyme d’El Sexto, était détenu dans la prison de sécurité maximale d’El Combinado del Este, dans la banlieue de la capitale cubaine, La Havane. Danilo Machado a été arrêté à son domicile le 26 novembre, quelques heures après l’annonce de la mort de Fidel Castro. Ce même jour, le journal 14 y medio, basé à Cuba, a indiqué que le graffeur avait écrit les mots « Il est parti » (Se fue) sur un mur à La Havane.

Surveillance internationale

Les organisations et les mécanismes indépendants de défense des droits humains, dont les rapporteurs spéciaux de l’ONU, n’ont pas été autorisés à se rendre à Cuba.

Les observateurs indépendants se sont eux aussi vu interdire l’accès aux prisons. Cuba demeurait le seul pays de Amériques où les pouvoirs publics ne laissaient pas entrer Amnesty International.

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