Rapport annuel 2017

Corée du Nord

République populaire démocratique de Corée
Chef de l’État : Kim Jong-un
Chef du gouvernement : Pak Pong-ju

La plupart des droits fondamentaux des citoyens de la République démocratique de Corée (Corée du Nord) étaient toujours bafoués. Des Nord-Coréens et des ressortissants étrangers ont été victimes d’arrestations arbitraires et condamnés à l’issue de procès iniques pour des « infractions pénales » ne pouvant être considérées comme telles au titre du droit international. De lourdes restrictions ont continué de peser sur le droit à la liberté d’expression. Les autorités ont envoyé des milliers de personnes travailler à l’étranger, souvent dans des conditions difficiles. De plus en plus de Nord-Coréens se rendaient en République de Corée (Corée du Sud) après avoir fui leur pays.

Contexte

Le gouvernement a procédé à deux reprises à des essais d’armes nucléaires, en janvier puis en septembre, ce qui a exacerbé les tensions avec la communauté internationale. L’ONU a durci ses sanctions économiques à l’égard du pays. Des spécialistes nord-coréens et étrangers craignaient une aggravation des pénuries alimentaires et une dégradation supplémentaire des conditions de vie. D’après les spécialistes, les répercussions économiques potentielles de cette décision ont pu inciter encore plus de personnes à quitter le pays. Le risque de purge politique, notamment les emprisonnements et les exécutions dont auraient été victimes certains membres de la classe dirigeante, a toutefois été perçu comme un facteur déterminant dans ces départs.

Le Parti des travailleurs coréens a tenu un congrès en mai, pour la première fois depuis 36 ans. Des journalistes travaillant pour des médias internationaux ont été invités dans le pays à cette occasion. Cependant, leur travail a fait l’objet de sévères restrictions et ils n’ont pas été autorisés à couvrir les réunions du congrès.

D’après le Programme alimentaire mondial, de graves inondations survenues en août ont causé la mort de 138 personnes et le déplacement de 69 000 autres. Le gouvernement a demandé une aide humanitaire, notamment pour procurer aux victimes des denrées alimentaires, un hébergement, de l’eau et des installations sanitaires. La réponse de la communauté internationale a été minimale, en raison des inquiétudes exprimées par de potentiels bailleurs de fonds concernant le programme nucléaire du pays.

Droit de circuler librement

Au total, 1 414 personnes sont arrivées en Corée du Sud après avoir quitté la Corée du Nord, soit une augmentation de 11 % par rapport à 2015. C’était la première fois que ce chiffre repartait à la hausse depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un en 2011.

D’après les médias sud-coréens et japonais, ces départs concernaient non seulement de simples citoyens, mais également des membres haut placés du gouvernement qui ont abandonné leur poste et présenté des demandes d’asile. Le gouvernement sud-coréen a confirmé en août l’arrivée de Thae Young-ho, ambassadeur adjoint de la Corée du Nord au Royaume-Uni, et de sa famille.

Treize employés du secteur de la restauration que le gouvernement nord-coréen avait envoyés travailler à Ningbo, en Chine, ont gagné la Corée du Sud par un vol direct depuis la Chine en avril (voir Corée du Sud). À leur arrivée, les autorités nord-coréennes ont affirmé que les 12 femmes du groupe avaient été enlevées en Chine et emmenées en Corée du Sud. Dans un entretien avec les médias organisé à Pyongyang par le gouvernement nord-coréen, leurs anciens collègues ont déclaré que ces 13 personnes s’étaient vu confisquer leur passeport en Chine, ce qui aurait restreint leur possibilité de se déplacer librement.

D’après les médias et les témoignages de Nord-Coréens ayant quitté le pays, le gouvernement a renforcé sa surveillance pour empêcher quiconque de fuir en traversant la frontière avec la Chine. Ceux qui avaient réussi à s’enfuir risquaient toujours d’être arrêtés, emprisonnés et soumis au travail forcé, à des actes de torture ou à d’autres mauvais traitements s’ils étaient interpellés en Chine et renvoyés en Corée du Nord.

Droits des travailleurs migrants

Cette année encore, le gouvernement a envoyé au moins 50 000 personnes travailler pour des entreprises d’État dans une quarantaine de pays, notamment en Angola, en Chine, au Koweït, au Qatar et en Russie, dans différents secteurs tels que la médecine, le bâtiment, l’exploitation forestière et la restauration. Au lieu d’être directement payées par leur employeur, ces personnes recevaient leur salaire du gouvernement nord-coréen, qui en prélevait d’abord une part importante. La plupart ne bénéficiaient d’aucune information concernant le droit du travail international ou du pays hôte ; souvent, elles n’avaient pas accès aux organismes publics de ces pays, ni aux autres organisations chargées de contrôler l’application du droit du travail ou d’aider les travailleurs à faire respecter leurs droits.

Ces personnes étaient souvent astreintes à des horaires excessifs et exposées à des risques d’accidents du travail et de maladies professionnelles. La Pologne a indiqué en juin qu’elle ne laisserait plus les travailleurs nord-coréens entrer sur son territoire, à la suite d’informations parues dans les médias au sujet d’un accident survenu en 2014 sur un chantier naval et dans lequel un travailleur nord-coréen avait trouvé la mort. Malte a annoncé une mesure similaire en juillet et a refusé de prolonger le visa des travailleurs nord-coréens déjà présents sur son sol.

Arrestations et détentions arbitraires

Les autorités nord-coréennes ont condamné de nombreuses personnes, y compris des étrangers, à de lourdes peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables. Frederick Otto Warmbier, étudiant américain, a été déclaré coupable de « subversion » bien qu’il ait seulement reconnu avoir volé une banderole de propagande, et a été condamné en mars à 15 ans de travaux forcés. Il n’a pas été autorisé à bénéficier d’une assistance diplomatique pendant six mois. Kim Dong-chul, un ressortissant américain de 62 ans né en Corée du Sud, a été condamné à 10 ans de travaux forcés en avril pour « espionnage » ; les autorités n’ont fourni aucune précision concernant les faits qui lui étaient reprochés. Ces condamnations ont été prononcées après l’adoption par les Nations unies, plus tôt dans l’année, de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, et avant le congrès du Parti des travailleurs coréens, qui a eu lieu en mai, à un moment où le pays faisait l’objet d’une attention internationale accrue.

Jusqu’à 120 000 personnes étaient toujours détenues dans les quatre camps de prisonniers politiques connus du pays, où elles subissaient des violations graves, systématiques et généralisées de leurs droits fondamentaux, notamment des actes de torture et d’autres mauvais traitements, et étaient soumises aux travaux forcés ; certaines de ces atteintes s’apparentaient à des crimes contre l’humanité. De nombreux prisonniers de ces camps n’avaient été déclarés coupables d’aucune infraction pénale internationalement reconnue, mais étaient détenus au titre de la « culpabilité par association », simplement parce que certains de leurs proches étaient considérés comme une menace pour les pouvoirs publics.

Liberté d’expression

Les autorités ont continué de limiter sévèrement la liberté d’expression, en particulier le droit de rechercher, de recevoir et de partager des informations au-delà des frontières nationales. Cette année encore, l’accès aux sources d’information extérieures a fait l’objet de restrictions, et il n’existait pas de journaux, médias et organisations de la société civile indépendants dans le pays.

Les activités professionnelles des rares journalistes étrangers autorisés à entrer dans le pays étaient toujours strictement limitées. Des journalistes de la BBC qui se sont rendus en Corée du Nord à l’approche du congrès du Parti des travailleurs coréens en mai ont été brièvement détenus au secret et interrogés avant d’être expulsés, le gouvernement ayant estimé que leurs articles sur certains aspects de la vie quotidienne à Pyongyang étaient « irrespectueux ». L’Agence France-Presse a ouvert un bureau à Pyongyang en septembre, devenant l’un des rares médias étrangers à pouvoir travailler dans le pays.

La quasi-totalité de la population était privée d’accès à Internet et aux services internationaux de téléphonie mobile. Des Nord-Coréens vivant à proximité de la frontière chinoise ont pris des risques importants en utilisant des téléphones portables de contrebande connectés aux réseaux chinois afin d’entrer en contact avec des personnes se trouvant à l’étranger. Ceux qui n’avaient pas de téléphone de ce type devaient payer un prix exorbitant à des intermédiaires pour passer des appels internationaux. Toute personne impliquée dans l’utilisation de téléphones portables de contrebande connectés aux réseaux chinois risquait de faire l’objet d’une surveillance renforcée, voire d’être arrêtée et placée en détention pour diverses infractions, notamment pour espionnage.

Le réseau informatique existant n’était toujours accessible qu’à un nombre très limité de personnes, et donnait accès uniquement à des sites et services de messagerie électronique nationaux. En septembre, la mauvaise configuration d’un serveur nord-coréen a révélé au monde entier que le réseau du pays n’hébergeait que 28 sites, tous contrôlés par des organismes officiels ou des entreprises d’État.

Disparitions forcées

En février, les autorités ont interrompu toutes les enquêtes sur les enlèvements de ressortissants japonais, revenant ainsi sur un accord bilatéral conclu en 2014 et dont l’objet était que la lumière soit faite sur ces affaires. Selon les médias, cette mesure a été prise après que le Japon a décidé, en réaction aux essais nucléaires menés par la Corée du Nord en janvier, de durcir à nouveau les sanctions contre le pays, qu’il avait précédemment assouplies. Les autorités nord-coréennes avaient auparavant admis que leurs agents de sécurité avaient enlevé 12 Japonais dans les années 1970 et 1980.

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