Moyen-Orient et Afrique du Nord - Résumé

 Amnesty International publie son rapport annuel portant sur la période allant de 2016 à 2017.
 Le recul de la protection des droits humains dans le monde enhardit les auteurs d’atteintes à ces droits en Afrique du Nord et au Moyen-Orient
 Le monde tourne le dos aux crises qui déchirent la Syrie, le Yémen, la Libye, l’Irak

Les responsables politiques qui manient des discours pernicieux et déshumanisants de rejet des « autres » créent un monde plus divisé et plus dangereux, a alerté Amnesty International mercredi 22 février 2017 lors du lancement de son évaluation annuelle de la situation des droits humains à travers le monde.

Ce rapport, intitulé La situation des droits humains dans le monde, couvre 159 pays et offre l’analyse la plus complète qui soit de la situation des droits fondamentaux sur la planète. Il alerte sur les conséquences des discours de rejet des « autres » qui dominent en Europe, aux États-Unis et ailleurs, alimentant un recul mondial des droits humains et induisant une réponse dangereusement faible de la communauté internationale face aux atrocités massives qui sont commises.

« En 2016, l’utilisation cynique de ces discours rejetant la faute sur les « autres » et distillant la peur et la haine a atteint des niveaux inégalés depuis les années 1930. Trop de responsables politiques tentent de séduire l’électorat en répondant aux craintes légitimes en matière économique et de sécurité par une manipulation pernicieuse des politiques identitaires, de nature à semer la division, a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

« La politique actuelle de diabolisation propage honteusement l’idée dangereuse selon laquelle certaines personnes sont moins humaines que d’autres, privant des groupes entiers de leur humanité, et menaçant de libérer les instincts les plus sombres de l’être humain. »

« Dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, qui n’est pas épargnée par les divisions et clivages pernicieux, la prolifération de ces discours déshumanisants a eu des conséquences catastrophiques. Durant l’année 2016, des gouvernements à travers toute la région, encouragés par cette tendance mondiale, ont lancé des attaques contre les civils, commis des crimes de guerre et mené une répression contre des manifestants pacifiques, en utilisant cette même rhétorique déshumanisante de rejet des « autres ». Un grand nombre des personnes fuyant les horreurs de la guerre ont été abandonnées à leur sort, les pays se désintéressant de plus en plus d’eux », a déclaré Randa Habib, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

Une politique de diabolisation à l’origine d’un recul mondial des droits humains
En 2016, plusieurs bouleversements politiques ont révélé la capacité des discours de haine à libérer la face la plus sombre de la nature humaine. Si les propos pernicieux tenus par Donald Trump durant sa campagne sont particulièrement emblématiques de la tendance mondiale à défendre des politiques toujours plus clivantes et fondées sur la colère, d’autres dirigeants politiques à travers le monde ont comme lui parié sur des discours reposant sur la peur, l’accusation et la division pour remporter le pouvoir.

Les effets de ces discours se font de plus en plus ressentir sur les politiques et sur les actes. En 2016, dans le monde entier, des gouvernements ont fermé les yeux sur des crimes de guerre, conclu des accords qui affaiblissent le droit d’asile, adopté des lois qui bafouent la liberté d’expression, incité au meurtre de personnes simplement accusées de consommer des stupéfiants, justifié la torture et la surveillance de masse, et élargi des pouvoirs de police déjà draconiens.

Certains s’en sont également pris aux réfugiés et aux migrants – des boucs émissaires faciles. Le rapport annuel d’Amnesty International montre que 36 pays ont violé le droit international en renvoyant illégalement des réfugiés dans des pays où leurs droits étaient menacés.

Tout récemment, le président Donald Trump a mis en application le discours haineux et xénophobe de sa campagne en signant un décret visant à empêcher les réfugiés venant de sept pays majoritairement musulmans, notamment la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Yémen et la Libye, de se réinstaller aux États-Unis – privant ainsi des personnes qui fuient des conflits et des persécutions dans des pays ravagés par la guerre de la possibilité de trouver refuge dans le pays.

Il y a deux semaines, le président syrien Bachar el Assad a alimenté de telles divisions en diabolisant certains réfugiés syriens. Malgré la poursuite du conflit qui dévaste la Syrie, la communauté internationale ne partage pas les responsabilités pour cette crise des réfugiés, et le nombre de places de réinstallation offertes aux personnes fuyant la Syrie qui se trouvent dans une situation particulièrement difficile demeure très insuffisant. Des pays voisins, tels que la Jordanie et le Liban, qui font partie de ceux qui accueillent le plus grand nombre de réfugiés par habitant, ont également fermé leurs frontières aux personnes fuyant la persécution et les massacres.

« Au lieu de défendre les droits des personnes, de trop nombreux dirigeants ont adopté un programme déshumanisant visant avant tout à servir leurs desseins politiques, a déclaré Salil Shetty.

« En 2016, ces formes les plus pernicieuses de déshumanisation sont devenues une force dominante dans la politique ordinaire à l’échelle de la planète. Les limites de l’acceptable ont bougé. Des responsables politiques légitiment activement et sans honte toutes sortes de politiques et de discours haineux fondés sur l’identité, tels que la misogynie, le racisme et l’homophobie.

« Les premières cibles de cette tendance ont été les réfugiés mais, si elle se poursuit en 2017, d’autres seront dans le collimateur. Il en résultera une multiplication des attaques fondées sur l’origine ethnique, le genre, la nationalité et la religion. À partir du moment où l’on cesse de considérer autrui comme un être humain jouissant des mêmes droits que soi-même, on se rapproche du gouffre. »

Un monde qui ferme les yeux sur les atrocités
Amnesty International tient à alerter sur le fait que les crises actuelles seront exacerbées en 2017 par l’absence handicapante de volonté politique en matière de droits humains, sur une scène internationale chaotique.

Le monde est confronté à une longue liste de crises, sans que l’on constate beaucoup de volonté politique de les résoudre. Citons par exemple la Syrie, le Yémen, la Libye, l’Afghanistan, l’Amérique centrale, la République centrafricaine, le Burundi, l’Irak, le Soudan du Sud et le Soudan. Le rapport annuel d’Amnesty International fait état de crimes de guerre perpétrés dans au moins 23 pays en 2016.

Malgré ces situations critiques, l’indifférence de la communauté internationale face aux crimes de guerre est devenue la normalité, tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU reste paralysé par les rivalités entre ses membres permanents.

Les souffrances des civils qui endurent un terrible conflit en Syrie, au Yémen, en Libye et en Irak ne cessent de s’accroître alors que les dirigeants du monde et des institutions essentielles telles que l’ONU ne font pas le nécessaire pour mettre un terme aux crimes de guerre et aux autres atteintes au droit international humanitaire. En fait, quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie – soutiennent activement des forces qui commettent certaines de ces violations.

Dans toute la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, la communauté internationale a également privilégié de façon honteuse ses intérêts commerciaux et en matière de sécurité au lieu d’accorder la priorité au respect des droits humains, et détourné les yeux des violations perpétrées au nom de la sécurité. Faisant preuve d’un flagrant mépris pour la vie humaine, les États-Unis et le Royaume-Uni ont continué de fournir des armes à la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen, alors même qu’il est prouvé que ces armes sont utilisées pour commettre des crimes de guerre dans ce pays. En Irak, des armes en provenance des États-Unis, d’Europe, de Russie et d’Iran sont utilisées par des milices paramilitaires luttant contre le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique pour des opérations de représailles et pour d’autres atteintes aux droits humains. Les États-Unis ont aussi accepté d’accroître leur aide militaire à Israël alors que ses forces continuent de commettre de graves violations des droits humains dans les territoires palestiniens occupés. De la même manière, au lieu de dénoncer la répression sans précédent exercée contre les défenseurs des droits humains en Égypte, la communauté internationale continue de livrer des armes au gouvernement de ce pays, faisant peu de cas de son bilan affligeant en matière de droits humains.

« Les dirigeants mondiaux n’ont pas la volonté politique de faire pression sur les États qui violent les droits humains, ce qui remet en cause un certain nombre de principes fondamentaux, allant du droit d’asile à l’obligation de rendre des comptes pour les atrocités massives qui sont commises, a déclaré Salil Shetty.

« Même des États qui se targuaient autrefois d’être de grands défenseurs des droits humains à l’étranger sont aujourd’hui trop occupés à faire régresser ces droits sur leur propre territoire pour demander des comptes aux autres. Plus des pays reculeront dans ce domaine, plus nous risquons de voir des dirigeants s’enhardir, par un effet domino, à rejeter des protections des droits humains bien établies. »

« Ce nouvel ordre mondial, où les droits humains sont considérés comme un obstacle aux intérêts nationaux, affaiblit dangereusement la capacité à combattre les atrocités massives qui sont commises, laissant la porte ouverte à des violences qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire.

Qui pour défendre les droits humains ?
Amnesty International appelle les gens du monde entier à résister à ces initiatives cyniques visant à faire reculer des droits humains garantis de longue date, en échange d’une vague promesse de prospérité et de sécurité.

Son rapport souligne que la solidarité mondiale et la mobilisation du grand public seront particulièrement importantes pour défendre celles et ceux qui s’opposent aux détenteurs du pouvoir et se battent pour les droits humains – que les gouvernements présentent souvent comme des obstacles au développement économique, à la sécurité ou à d’autres priorités.

Le rapport annuel d’Amnesty International présente des informations sur des personnes qui ont été tuées pour avoir défendu pacifiquement les droits humains dans 22 pays en 2016. Parmi elles, certaines ont été prises pour cibles parce qu’elles s’opposaient à de puissants intérêts économiques, défendaient des minorités ou des petites communautés, ou combattaient les obstacles traditionnels aux droits des femmes et des personnes LGBTI.

« Comme les représentants politiques veulent de plus en plus diaboliser des groupes entiers de personnes, il est plus que jamais nécessaire que nous défendions tous, partout dans le monde, les valeurs fondamentales que sont la dignité humaine et l’égalité », a déclaré Salil Shetty.

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