Rapport annuel 2018

Somalie

République fédérale de Somalie
Chef de l’État : Mohamed Abdullahi Mohamed (a remplacé Hassan Sheikh Mohamud en février)
Chef du gouvernement : Hassan Ali Khayre (a remplacé Omar Abdirashid Ali Sharmarke en mars)
Président de la République du Somaliland : Muse Bihi Abdi (a remplacé Ahmed Mohamed Mahamoud Silanyo en novembre)

La sécheresse a entraîné d’importants déplacements de population et s’est traduite par une insécurité alimentaire dramatique. Trois civils auraient été tués dans des frappes aériennes et des attaques de drone américaines. Le Kenya a poursuivi son programme de rapatriement volontaire des réfugiés somaliens du camp de Dadaab et a cessé d’enregistrer les nouveaux arrivants en provenance de Somalie. Le groupe armé Al Shabab et les autorités restreignaient sérieusement la capacité des journalistes à faire leur travail. Les femmes ont connu de timides avancées dans le domaine politique, mais les violences sexuelles et liées au genre restaient monnaie courante.

CONTEXTE

Le Parlement somalien, qui représentait toutes les régions de la Somalie, y compris le Somaliland et le Puntland, a élu Mohamed Abdullahi Mohamed (également connu sous le nom de Farmajo) à la présidence au mois de février. Le nouveau chef de l’État a nommé Hassan Ali Khayre au poste de Premier ministre le même mois. Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ont été accusés d’avoir versé pendant la campagne des millions de dollars des États-Unis en pots-de-vin à des parlementaires, pour les inciter à voter pour eux. Les parlementaires ont été élus selon un système accordant une voix par personne aux anciens (de sexe masculin) appartenant aux quatre principaux clans du pays et une demi-voix aux anciens (toujours de sexe masculin) représentant des clans minoritaires. Ce dispositif privait de fait les jeunes, les femmes et les hommes des clans minoritaires du droit de voter en toute égalité. Une élection présidentielle a également eu lieu au Somaliland. Elle a été remportée par Muse Bihi Abdi.
Les forces de maintien de la paix de l’AMISOM (Mission de l’Union africaine en Somalie) se sont retirées des positions stratégiques qu’elles occupaient en Somalie. Ce retrait s’est étalé sur toute l’année. Al Shabab a repris le contrôle dans la foulée de plusieurs localités situées dans des zones de conflit, dont El Buur, Bardere et Lego, dans le sud et le centre du pays.

LUTTE CONTRE LE TERRORISME ET SÉCURITÉ

Peu après sa prise de fonction, le président Mohamed Abdullahi Mohamed a déclaré que la réforme des forces de sécurité et la défaite d’Al Shabab faisaient partie de ses grandes priorités. Al Shabab a multiplié les attaques contre la population civile tout au long de l’année. La plus grave a eu lieu le 14 octobre dans un hôtel de Mogadiscio, la capitale. Selon le gouvernement, elle aurait fait plus de 512 morts.
Selon des informations parues dans la presse, le gouvernement américain aurait secrètement modifié ses règles en matière d’usage d’une force meurtrière dans le cadre d’opérations antiterroristes et inclus la Somalie parmi les zones qu’il considérait comme étant le théâtre d’« hostilités actives ». Dans la pratique, cela signifiait que les forces américaines pouvaient prendre pour cible les personnes considérées comme étant des combattants d’Al Shabab, où qu’elles se trouvent, qu’elles constituent ou non une menace mortelle imminente et sans avoir à obtenir une autorisation de la hiérarchie. Selon le Bureau of Investigative Journalism, une ONG basée au Royaume- Uni, trois civils auraient été tués lors des 31 frappes aériennes et attaques au moyen de véhicules pilotés à distance (drones) menées cette année par l’armée américaine.

DROITS DES PERSONNES RÉFUGIÉES OU MIGRANTES

La Haute Cour du Kenya a déclaré le 9 février que la directive prise en 2016 par le gouvernement kenyan, officialisant la décision de fermer le camp de réfugiés de Dadaab, dans le comté de Garissa, était inconstitutionnelle et violait les obligations contractées par le Kenya au titre du droit international et national (voir Kenya). La majorité des réfugiés hébergés dans ce camp étaient originaires de Somalie. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), quelque 32 500 réfugiés somaliens ont fait l’objet d’un rapatriement volontaire entre janvier et novembre 2017. Ils ont quitté le Kenya pour se rendre à Kismaayo, Baidoa, Mogadiscio, Luuq et Afmadow, dans le sud de la partie centrale de la Somalie, aux termes d’un accord tripartite entre le Kenya, la Somalie et le HCR. Il restait à la fin de l’année 229 592 Somaliens enregistrés comme réfugiés dans le camp de Dadaab. Toutefois, le Kenya refusait toujours d’enregistrer les nouveaux arrivants venant de Somalie.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

Al Shabab interdisait aux journalistes de travailler dans les zones sous son contrôle. Ce groupe continuait de placer en détention, de menacer et de harceler les personnes travaillant dans le domaine des médias aux quatre coins du pays.
Le gouvernement somalien a adopté en juillet une loi répressive, qui mettait en place un organisme officiel de surveillance, dont les membres étaient nommés par le ministre de l’Information et qui était chargé de contrôler les contenus de la presse écrite et audiovisuelle. Cette loi interdisait de façon générale toute information considérée comme fausse, ainsi que toute publication de « propagande », sans toutefois définir clairement ces termes. Elle était formulée en termes vagues et imposait de larges restrictions aux journalistes. Elle donnait en outre aux autorités une grande latitude pour poursuivre en justice les personnes travaillant dans les médias.
Selon l’Association des journalistes du Somaliland, plus de 30 journalistes auraient été arrêtés et placés en détention par les autorités du Somaliland pour avoir critiqué le gouvernement.

DROITS DES FEMMES

Aux termes du système de quotas appliqué lors des élections en Somalie, 30 % des sièges étaient réservés aux femmes. Le niveau de représentation des femmes s’est par conséquent amélioré. Il était de 24 % à la chambre basse et de 22 % à la chambre haute.
Les violences sexuelles et liées au genre restaient très répandues, même si la plupart n’étaient pas signalées. Le Système de gestion intégrée de Somalie, un organisme d’État, a répertorié au moins 271 cas de violences liées au genre contre des femmes et des filles déplacées au Somaliland, au moins 312 cas similaires dans le Puntland et au moins 400 cas dans la région centre-sud de la Somalie. La sécheresse a séparé davantage de femmes de leurs familles, les exposant ainsi à un risque accru de violences sexuelles et liées au genre, en particulier parce qu’elles étaient considérées comme dépourvues de « protection masculine ».

DROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS

Une sécheresse sans précédent a entraîné une forte augmentation du nombre de personnes déplacées, estimé à 943 000 à la fin de l’année. Plus de trois millions de personnes étaient exposées à une insécurité alimentaire aiguë. La malnutrition a atteint un niveau critique dans les régions du sud et du centre, en premier lieu parmi les populations déplacées, mais également parmi les personnes directement touchées par un conflit installé dans la durée. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) estimait en août que 388 000 enfants souffraient de malnutrition et que 87 000 risquaient de mourir s’ils ne recevaient pas une aide de toute urgence.

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