Zambie

République de Zambie
Chef de l’État et du gouvernement : Edgar Chagwa Lungu

Les autorités ont sévi contre les personnes qui critiquaient le gouvernement, parmi lesquelles des défenseurs des droits humains, des journalistes et des membres des partis de l’opposition. La Loi relative à l’ordre public a été utilisée pour porter atteinte aux droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. La police a eu recours à une force injustifiée et excessive à l’encontre de manifestants pacifiques et n’a pas mis fin aux violences exercées par des groupes proches du gouvernement. Le président s’en est pris à l’appareil judiciaire dans des déclarations. L’insécurité alimentaire est restée élevée dans les zones rurales.

CONTEXTE

Les résultats contestés de l’élection présidentielle de 2016 ont entraîné une tension accrue entre les sympathisants du président et ceux de Hakainde Hichilema, dirigeant du parti d’opposition Parti uni pour le développement national (UPND).
Hakainde Hichilema a refusé de reconnaître Edgar Chagwa Lungu comme président mais la Cour constitutionnelle a rejeté sa demande d’invalidation des résultats pour des raisons de procédure. Elle doit d’autre part décider en 2018 si Edgar Lungu peut se présenter à l’élection présidentielle de 2021.

LIBERTÉ DE RÉUNION ET D’ASSOCIATION

L’espace dédié à la société civile, aux défenseurs des droits humains, aux journalistes et aux partis politiques de l’opposition était de plus en plus restreint. Les autorités ont continué de recourir à la Loi relative à l’ordre public pour empêcher les rassemblements organisés par des partis politiques ou des organisations de la société civile. Selon l’article 5(4) de cette loi, toute personne désirant organiser une réunion publique ou une manifestation devait le signaler à la police sept jours auparavant. Or, la police interprétait cette disposition comme une obligation d’obtention d’autorisation préalable pour tout rassemblement public. Le 24 août, les forces de police ont dispersé une réunion de prière organisée à l’occasion de la libération de Hakainde Hichilema, qui avait été maintenu pendant quatre mois en détention pour trahison à la prison de haute sécurité de Mukobeko, avant l’abandon des poursuites engagées contre lui.
Le 10 janvier, l’avocat britannique Oliver Holland a été arrêté et inculpé de rassemblement illégal au titre de la Loi relative à l’ordre public. Il avait rencontré à Chingola un groupe de personnes menant une action en justice à la suite de dégâts environnementaux qui auraient été causés par une entreprise minière. Il a été relâché le jour même, et les charges ont été abandonnées. Il a toutefois été inculpé plus tard de conduite susceptible de menacer la paix et a dû payer une amende de 5 dollars des États-Unis.
La police a souvent employé une force injustifiée et excessive pour disperser des manifestants.
En avril, elle a interrompu un rassemblement de l’UPND à Kanyama, un quartier de Lusaka, la capitale, pour des raisons de " sécurité ". L’UPND avait prévenu la police de ce rassemblement. Celle-ci l’a néanmoins illégalement dispersé et a blessé par balle Stephen Kalipa, l’un des manifestants, âgé de 20 ans. Ce dernier est mort à l’hôpital des suites de ses blessures.
Une enquête a été ouverte à ce sujet mais personne n’avait été arrêté à la fin de l’année. La police a affirmé que le jeune homme avait succombé à des coups de couteau portés par un agresseur inconnu.
Le 23 juin, la police a arrêté plusieurs hauts responsables de l’UPND pour rassemblement illégal, affirmant qu’ils avaient tenu une conférence de presse dans les bureaux du secrétariat du parti sans autorisation préalable. Le 29 septembre, la police a appréhendé six défenseurs des droits humains qui s’étaient rassemblés devant le Parlement et manifestaient pacifiquement contre l’achat par le gouvernement de 42 camions de pompiers pour 42 millions de dollars des États-Unis. Ces personnes ont été inculpées de refus d’obéir aux injonctions de la police. Au cours de la manifestation, des participants ont été roués de coups par des membres du Front patriotique, le parti au pouvoir.

RECOURS EXCESSIF À LA FORCE

Le 8 avril, Hakainde Hichilema et d’autres membres de l’UPND (Lastone Mulilandumba, Muleya Haachenda, Wallace Chakwa, Pretorius Haloba et Hamusonde Hamaleka) ont été arrêtés et inculpés de trahison et de désobéissance à un ordre légitime, après que le cortège de Hakainde Hichilema a refusé de s’écarter devant celui d’Edgar Lungu. La police a effectué une descente sans mandat au domicile de Hakainde Hichilema et a utilisé du gaz lacrymogène contre cet homme et sa famille. Le 28 avril, sa femme, Mutinta, a été menacée d’arrestation après avoir dénoncé le recours à une force excessive de la part de la police. Aucun policier n’avait été inculpé pour ces faits à la fin de l’année. Le 15 août, la directrice du parquet a abandonné toutes les poursuites contre Hakainde Hichilema et les autres membres de l’UPND.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

Des professionnels des médias, des militants politiques et d’autres personnes critiques à l’égard du gouvernement ont subi des actes de harcèlement et des manœuvres d’intimidation de la part de membres des forces de sécurité et de militants politiques affiliés au Front patriotique.
Le personnel de l’Association des avocats de Zambie a été harcelé et a fait l’objet de manœuvres d’intimidation en raison de son travail en faveur des droits humains. Le 3 mars, par exemple, des partisans du Front patriotique ont pris d’assaut les locaux de l’Association et ont exigé la démission de sa présidente, Linda Kasonde.
Plus tard, toujours en mars, l’association a soutenu une requête de la Haute Cour visant à empêcher la liquidation de la société Post Newspapers, qui publiait un journal très critique envers le gouvernement.
L’administration fiscale zambienne, entre autres, réclamait sa mise en liquidation, affirmant que la société n’avait pas payé ses impôts.
Le 3 août, la police a arrêté Saviour Chishimba, président de l’Union des progressistes, pour diffamation. Il avait dénoncé le fait que le président Edgar Lungu ait déclaré une forme d’état d’urgence.
Saviour Chishimba a été détenu pendant sept jours sans être présenté devant un juge. Il a été relâché sans inculpation.
En octobre, l’autorité nationale de régulation des médias a sommé les dirigeants de la chaîne Prime Television Zambia de répondre aux allégations selon lesquelles ils auraient enfreint les termes de leur licence de diffusion dans le cadre d’un sujet sur Everisto Mwalilino, candidat de l’UPND aux élections législatives pour la circonscription de Kalulushi, qui avait accusé des responsables du gouvernement de fraude électorale. La chaîne avait également mis en lumière des accusations de corruption visant l’ancien ministre de l’Information, Chishimba Kambwili.

JUSTICE

Le gouvernement s’en est pris à l’appareil judiciaire à l’occasion de plusieurs déclarations, mettant en péril l’indépendance de la justice. Dans le même temps, le sentiment selon lequel l’appareil judiciaire était une institution polarisée, au sein de laquelle certains juges n’étaient pas indépendants d’un point de vue politique, a crû parmi la population. En septembre, alors qu’il se trouvait en visite en Afrique du Sud, Hakainde Hichilema a déclaré que l’appareil judiciaire était corrompu et contrôlé par le président. Le 2 novembre, le président a mis en garde les juges contre une décision qui l’empêcherait de se présenter à l’élection présidentielle de 2021. En novembre également, lors d’un voyage à Solwezi, il a conseillé aux juges de ne pas suivre l’exemple des juges kenyans qui, en septembre, avaient décidé d’annuler les résultats de l’élection présidentielle.

DROIT À L’ALIMENTATION

Selon l’indice de la faim dans le monde 2017, l’insécurité alimentaire et la malnutrition sont restées à des niveaux inquiétants. De nombreuses personnes pratiquant une agriculture de subsistance se sont vu refuser l’accès à leurs terres en raison de conflits fonciers en cours. À Mpande, dans la province du Nord, plus de 300 personnes étaient enlisées dans un litige juridique avec le gouvernement après avoir été expulsées par la force de leurs terres vers une région aride où elles ne pouvaient pas produire de nourriture. À Kaindu, dans le district de Mumbwa, les propriétaires et les employés d’une société allemande de safari ont invectivé des membres d’un groupe de 700 personnes et ont ouvert le feu sur eux, les empêchant de pêcher dans la rivière Kafue et de se procurer de la nourriture dans la forêt. Ces personnes n’avaient pas été pleinement consultées quant à l’utilisation de leurs terres à des fins de safari.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

USA/Mexique : un accord risque de mettre des milliers de vies en danger

Les États-Unis et le Mexique envisagent de reconnaître ce dernier comme « pays tiers sûr » et empêcher ainsi tous demandeurs d’asile de demander protection aux États-Unis. Signez notre pétition