Macédoine du Nord - Rapport annuel 2020

carte Macédoine rapport annuel amnesty

République de Macédoine du Nord
Chef de l’État : Stevo Pendarovski
Chef du gouvernement : Zoran Zaev (jusqu’au 3 janvier, puis à partir du 20 août) ; Oliver Spasovki (par intérim, du 6 janvier jusqu’aux élections de juillet)

Malgré la mise en œuvre des réformes préconisées par la Commission européenne, la situation restait préoccupante dans plusieurs domaines : l’impunité, les discours de haine et la discrimination à l’égard des femmes et des Roms, ainsi que des personnes LGBTI. Cette année encore, des personnes réfugiées et migrantes ont été illégalement détenues et renvoyées de force.

Contexte de la situation des droits humains en Macédoine du Nord

La Commission européenne a approuvé l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’Union européenne en mars, après avoir reconnu que le pays avait réalisé des progrès dans la réforme de la justice, de la police et des services de sécurité, ainsi que dans la lutte contre la criminalité organisée et la corruption. En septembre, le gouvernement a annoncé un programme de réforme des médias visant notamment à enrayer la prolifération des « fausses nouvelles ».

L’état d’urgence a été déclaré mi-mars pour faire face à la pandémie de COVID-19, puis levé mi-juin pour permettre aux candidates et candidats aux élections législatives de juillet de faire campagne. La police a fait appliquer le couvre-feu et l’interdiction des rassemblements religieux ou publics de manière sélective.

En avril, le gouvernement a réduit le financement des ONG de 525 000 euros, ce qui a limité leur capacité à fournir des services essentiels. Les tribunaux fonctionnaient à peine et les poursuites engagées pour violation des restrictions liées à la pandémie de COVID-19 ont peu progressé.

Impunité

Une loi votée en mars a entériné la fermeture du Bureau du procureur spécial, qui avait été créé en 2015 et avait compétence pour juger des crimes graves, notamment des violations des droits humains, dont les auteurs présumés étaient d’anciens ministres et fonctionnaires. Une vingtaine d’affaires qui n’avaient pas été instruites ont été déférées au parquet. Le procès de l’ancien chef de la police secrète et de l’ancienne ministre de l’Intérieur pour leur implication dans une affaire de surveillances illégales s’est poursuivi. En juin, l’ancienne procureure spéciale, Katica Janeva, a été condamnée à sept ans d’emprisonnement pour abus de pouvoir.

La Macédoine du Nord n’avait pas encore ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, signée en février 2007.

Discrimination

Les discriminations fondées sur l’origine ethnique, la religion, le genre et l’orientation sexuelle persistaient et, dans de nombreux cas, ont été exacerbées par la pandémie. Les membres de la communauté albanaise ont souvent été la cible de discours de haine et de désinformation sur les réseaux sociaux. Le Comité Helsinki pour les droits humains a fait état d’une augmentation de 80 % des discours de haine islamophobes avant les élections et a déposé cinq plaintes en juillet pour incitation à la haine.

Les Roms

Les Roms ont fait l’objet de discriminations dans l’accès aux aides financières liées à la pandémie de COVID-19. À défaut de soutien de l’État, les familles en situation précaire ont parfois reçu des colis humanitaires de la part d’ONG et de certaines municipalités. Le Centre national rom a également apporté son aide à des familles roms qui devaient s’isoler.

En mars, neuf musiciens roms qui avaient voyagé à travers l’Italie avec près de 200 autres personnes ont été placés en quarantaine pendant cinq jours dans une caserne à leur entrée en Macédoine du Nord avant d’être libérés. Les personnes non roms qui voyageaient avec eux ont été invitées à s’isoler chez elles.

Les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes

En mai, la Cour constitutionnelle a invalidé pour des raisons de procédure la loi de 2019 sur la prévention et la protection en matière de discrimination, qui reconnaissait la discrimination fondée sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle. En octobre, le Parlement a rétabli cette loi, mais sans garantir l’indépendance de la Commission de protection contre la discrimination. En août, le président de l’ONG LGBT-United, dont le siège se trouve à Tetovo, a été agressé et blessé à la tête et aux yeux.

Les femmes

Dans la sphère professionnelle, les responsables n’ont pas adopté de mesures pour aider les parents actifs à faire face aux conséquences de la pandémie de COVID-19. Les femmes ont été particulièrement touchées et certaines étaient illégalement privées d’une partie de leur salaire si elles s’absentaient de leur travail. Dans le secteur du textile, des femmes ont été menacées de licenciement ou de non-renouvellement de contrat ou, dans certains cas comme à Štip en juin, ont dû aller travailler pendant un week-end de couvre-feu.

Le gouvernement n’a pas pleinement mis en œuvre les recommandations des ONG qui l’invitaient à protéger les femmes et les enfants fuyant les violences domestiques.

Droits sexuels et reproductifs

Pendant la pandémie, les centres médicaux publics n’ont pas pu offrir les services ordinaires en matière de santé sexuelle et de procréation. L’ONG HERA a pris en charge en priorité les femmes en situation difficile, et notamment les femmes roms.

En mars, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes [ONU] a demandé à la Macédoine du Nord d’accorder des réparations à six femmes roms expulsées illégalement de leur domicile à Skopje, la capitale, en août 2016, alors qu’elles étaient enceintes.

D’après le Centre européen pour les droits des Roms, une femme rom en fin de grossesse est décédée en mars au cours d’une opération visant à lui retirer son fœtus, qui venait de mourir. On lui avait refusé deux fois l’accès à l’hôpital d’Ohrid alors qu’elle s’était présentée avec des douleurs, puis avec une infection et de la fièvre. Quand elle a finalement été emmenée à l’hôpital de Skopje, elle a dû attendre pendant six heures avant de recevoir les résultats de son dépistage du coronavirus et d’être prise en charge. À ce moment-là, le fœtus était mort.

Personnes réfugiées, demandeuses d’asile ou migrantes

Près de la moitié des 172 demandes d’asile déposées avant la fin du mois de juin étaient présentées par des personnes détenues illégalement en tant que témoins dans des procès contre des passeurs. L’une de ces personnes s’est vu accorder une protection temporaire. L’Association des jeunes avocats de Macédoine a signalé qu’au 30 septembre, 24 153 personnes réfugiées ou migrantes s’étaient vu refuser l’entrée dans le pays ou avaient été illégalement renvoyées en Grèce.

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