Tadjikistan - Rapport annuel 2020

carte Tadjikistan rapport annuel amnesty

République du Tadjikistan
Chef de l’État : Emomali Rakhmon
Chef du gouvernement : Qohir Rassoulzoda

Les autorités ont sévèrement contrôlé les actualités et les informations relatives à la pandémie de COVID-19 et ont restreint la liberté d’expression, accusant les médias et la société civile de répandre de « fausses » informations. Les tribunaux ont eu recours à la législation sur la lutte contre le terrorisme pour bloquer l’accès à plusieurs organes de presse indépendants basés à l’étranger. Un journaliste a été emprisonné pour « incitation à la discorde religieuse ». Les équipements de protection individuelle reçus par les professionnel·le·s de santé dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les centres de détention étaient insuffisants, de même que la protection accordée aux victimes de violence domestique et de violences liées au genre.

Contexte de la situation des droits humains au Tadjikistan

Les autorités ont longtemps nié l’arrivée du COVID-19 dans le pays et caché l’ampleur des contaminations, mais elles ont imposé des restrictions telles que la fermeture des frontières et l’interdiction des visites dans tous les centres de détention. Les transferts de fonds par les émigré·e·s (qui représentaient auparavant un tiers du produit intérieur brut) ont chuté de plus de 50 %, engendrant la crainte de pénuries alimentaires. En septembre, le Fonds monétaire international a indiqué que le Tadjikistan souffrait de « graves conséquences » de la pandémie. Le président Emomali Rakhmon a été réélu en octobre sans réelle opposition.

Liberté d’expression

Le blocage des sources d’information en ligne, et parfois de l’accès à Internet, est demeuré un outil fréquemment utilisé par les autorités dans leur campagne contre les voix dissidentes. Le président a promulgué en janvier une nouvelle Loi de lutte contre l’extrémisme, qui octroyait de larges pouvoirs aux autorités en matière de restriction de la liberté d’expression. Treize agences gouvernementales ont été autorisées à demander au Service des communications de bloquer des sites Internet sans aucun contrôle judiciaire.

En février, la Cour suprême a conclu que le site d’information indépendant Akhbor, hébergé à l’étranger, offrait une plateforme « aux terroristes et aux extrémistes » et a ordonné qu’il soit bloqué. En pratique, cela faisait des journalistes travaillant pour Akhbor des membres d’une organisation « extrémiste » et interdite, passibles par conséquent de poursuites judiciaires. En novembre, le rédacteur en chef d’Akhbor a déclaré avoir été contraint de fermer le site internet en raison des risques pour la sécurité de toutes les personnes qui y étaient associées, y compris son lectorat.

Les autorités ont continué d’utiliser des accusations d’« incitation à la discorde » et de « terrorisme et extrémisme » contre des journalistes et des blogueurs et blogueuses qui publiaient des contenus critiques sur des sujets politiquement sensibles.

En avril, un tribunal de Douchanbé, la capitale, a déclaré le journaliste indépendant Daler Charipov coupable d’« incitation à la discorde religieuse » pour avoir publié et diffusé clandestinement un essai qu’il avait écrit sur l’islam ; le tribunal l’a condamné à un an d’emprisonnement. Dans son argumentaire, le procureur a affirmé que Daler Charipov avait publié des articles « extrémistes » et qu’il était lié à une organisation extrémiste. Daler Charipov a rejeté ces accusations, mais il a admis avoir pu « commettre des erreurs » dans son essai. Il n’a pas fait appel de son jugement1.

Médias

Les autorités ont sévèrement contrôlé les discours et les messages relatifs à la pandémie de COVID-19, et elles ont adopté de nouveaux textes législatifs contre les « fausses » informations portant sur les contaminations par le coronavirus.

En juin, le Parlement a adopté des modifications du Code administratif prévoyant de lourdes amendes pour les journalistes, les blogueurs et blogueuses et les autres personnes qui diffuseraient des informations « inexactes » et « mensongères » à propos de la pandémie dans les médias ou sur les réseaux sociaux.

Ces modifications rendaient passible de poursuites la diffusion d’informations « douteuses » via des applications de messagerie mobile et octroyaient aux autorités le pouvoir de surveiller les échanges privés. Les personnes qui souhaitaient partager leur expérience du COVID-19 sur les réseaux sociaux devaient obtenir un certificat officiel attestant de leur diagnostic, faute de quoi elles risquaient d’être poursuivies pour diffusion de « fausses » informations.

Prisonnières et prisonniers d’opinion

En avril, l’état de santé de l’avocat spécialisé dans les droits humains Bouzourgmekhr Yorov s’est brusquement dégradé. Il présentait des symptômes correspondant à ceux du COVID-19. Sa santé s’est ensuite améliorée, mais selon des sources anonymes elle restait fragile quelques mois plus tard. Il risquait en outre d’être sanctionné par les autorités carcérales pour avoir parlé avec d’autres prisonniers et leur avoir donné des conseils juridiques.

Droit à la santé

Selon des organes des Nations unies présents au Tadjikistan, au 8 juin, 1 701 professionnel·le·s de la santé (soit 36 % des personnes infectées dans le pays) avaient contracté le coronavirus, dont 619 médecins et 548 infirmiers et infirmières. Par ailleurs, Radio Ozodi a publié une liste officielle de 10 membres du personnel médical décédés dans la région de Khatlon. La raison principale de ces décès était le manque d’équipements de protection individuelle appropriés, comme cela a été confirmé sur les réseaux sociaux par des soignant·e·s anonymes, qui se sont plaints également de l’interdiction qui leur était faite de partager toute information relative au COVID-19. En juillet, les autorités ont pourtant soutenu qu’aucun médecin n’était mort de cette maladie.

Des sources anonymes ont également signalé un manque d’équipements de protection individuelle pour le personnel médical des armées, du système pénitentiaire, des foyers pour enfants et des maisons de retraite. L’épidémie de COVID-19 suscitait des inquiétudes en particulier dans les centres de détention, critiqués en 2019 par le Comité des droits de l’homme [ONU] pour leur surpopulation chronique, leurs mauvaises conditions d’hygiène et leur manque de soins médicaux adaptés. Ces facteurs, qui ne se sont pas améliorés en 2020, favorisaient la propagation de maladies infectieuses parmi les détenu·e·s.

Après la fermeture des frontières, des milliers de travailleuses et travailleurs migrants ont dû vivre dans des aéroports, dans des voitures ou dans des camps de fortune aux frontières, ou encore dans des centres de quarantaine sans accès à des infrastructures sanitaires et médicales adaptées.

Violences fondées sur le genre

Le gouvernement n’a pas pris de mesures efficaces pour lutter contre la violence domestique et offrir une protection efficace aux victimes.

Les centres d’aide ont signalé une hausse alarmante du nombre de violences familiales et liées au genre pendant la pandémie. Le foyer pour femmes Goulroukhsor, situé à Khoudjand, dans le nord du pays, a reçu 142 demandes d’admission pendant le seul mois de mai, soit trois fois plus que le mois précédent.

En octobre, un tribunal de Douchanbé a déclaré une jeune styliste coupable de diffamation. Elle avait accusé son ancien employeur de lui avoir infligé des violences corporelles et de l’avoir menacée de viol. Le journal qui avait publié son témoignage a également été déclaré coupable de diffamation. Tous deux ont été condamnés à verser une indemnisation financière. Les autorités n’ont pas enquêté sur leurs allégations, malgré la présentation de preuves solides.

Droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes

Privées d’accès aux ressources et aux structures d’aide de leur communauté, qui étaient déjà très peu nombreuses, les personnes LGBTI, et en particulier les jeunes, n’ont pas pu quitter leur domicile et ont dû cohabiter avec des familles qui ne les soutenaient pas et qui, bien souvent, les maltraitaient.

1Un journaliste indépendant condamné à un an de prison (EUR 60/2206/2020)

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