Corée du Nord - Rapport annuel 2021

carte Corée du Nord rapport annuel amnesty

République populaire démocratique de Corée
Chef de l’État : Kim Jong-un
Chef du gouvernement : Kim Tok-hun

Toute liberté de mouvement, aussi bien sur le territoire national qu’au-delà des frontières, a pratiquement disparu sous l’effet de la politique du gouvernement face à la pandémie de COVID-19. Les importantes pénuries de médicaments et de nourriture ont eu des conséquences sur le droit à la santé. Les autres droits fondamentaux, et notamment le droit à la liberté d’expression, restaient soumis à de très fortes restrictions. L’État a davantage participé aux grands rendez-vous internationaux, envoyant des représentant·e·s à différentes manifestations mondiales, concernant en particulier les droits économiques, sociaux et culturels.

Contexte

La Corée du Nord restait de fait coupée du reste du monde, après l’imposition de restrictions encore plus draconiennes sur les libertés, officiellement pour empêcher la propagation du COVID-19. Le pays n’a pas participé aux Jeux olympiques de Tokyo en raison de la pandémie.
Malgré le maintien de sanctions économiques strictes et les condamnations de l’ONU, la Corée du Nord a poursuivi ses essais de missiles. Elle a notamment lancé un missile de croisière à longue portée en septembre et des missiles balistiques embarqués à bord d’un sous-marin en octobre. Les relations avec la Corée du Sud restaient tendues.

Les graves inondations qui ont frappé en août la province du Hamgyong du Sud et les températures inhabituellement élevées qu’a connues le pays en juillet ont aggravé une situation alimentaire déjà précaire. La malnutrition demeurait un sujet de préoccupation.

Droit de circuler librement

La Corée du Nord est restée de fait coupée du monde extérieur pendant toute l’année 2021, le gouvernement ayant fermé les frontières pour la deuxième année consécutive afin d’éviter la propagation du COVID-19. Les liaisons ferroviaires entre la Corée du Nord et la Chine ont été suspendues, aussi bien pour les personnes que pour les marchandises.

La longue frontière terrestre séparant la Corée du Nord de la Chine est restée étroitement surveillée. Les forces de sécurité avaient toujours pour consigne de tirer « sans condition » sur quiconque tentait de passer la frontière sans autorisation.

À la fin de l’année, au moins 63 Nord-Coréen·ne·s (23 femmes et 40 hommes) avaient rejoint la Corée du Sud. Ce chiffre était le plus faible depuis 2003, année où des statistiques officielles ont commencé à être publiées.
Les déplacements à l’intérieur même de la Corée du Nord sont devenus de plus en plus difficiles en raison de la pandémie de COVID-19. Un permis spécial était exigé pour circuler entre les provinces.

Droit à la santé

Selon les statistiques régulièrement communiquées par le gouvernement à l’OMS, le pays n’aurait connu aucun cas de COVID-19 et aucun décès dû à la maladie en 2021. Cette information était toutefois contredite par des sources non officielles qui signalaient un grand nombre de cas et de décès, faisant en outre état de crémations réalisées avant que la cause de la mort de la personne n’ait pu être déterminée. La situation réelle restait impossible à évaluer.

L’initiative COVAX a proposé à plusieurs reprises de fournir une assistance à la vaccination. Une première offre, portant sur la fourniture de deux millions de doses, a été refusée en mars, manifestement en raison de craintes concernant d’éventuels effets secondaires. Les autorités nord-coréennes ont en outre indiqué que d’autres pays avaient davantage besoin de cette aide que le leur. Une nouvelle offre, portant sur plus de quatre millions de doses, a été faite en novembre. Selon l’OMS, la Corée du Nord était en novembre l’un des deux seuls pays de la planète à ne pas avoir mis en place de programme de vaccination.

Face aux restrictions imposées par le gouvernement afin de lutter contre la propagation du virus, certaines familles se sont retrouvées confinées chez elles pendant plusieurs semaines, sans bénéficier de la moindre assistance de la part des pouvoirs publics pour se nourrir correctement1.
La pénurie de médicaments s’est encore accentuée en raison des fermetures de frontières et des sanctions. L’OMS et l’UNICEF ont obtenu l’autorisation d’expédier une certaine quantité de médicaments à destination de la Corée du Nord.

Le système national de santé restait fragile et incapable de satisfaire les besoins médicaux des habitant·e·s2. En dépit des menaces de sanctions brandies par le gouvernement, certaines personnes avaient apparemment recours à des substances illicites, telles que la méthamphétamine et l’opium, pour soulager les douleurs chroniques.

Droit à l’alimentation, à l’eau et à l’assainissement

Exacerbée par la fermeture des frontières et par des phénomènes météorologiques extrêmes, l’insécurité alimentaire restait un problème majeur4. Le chef de l’État, Kim Jong-un, a reconnu en juin que le pays avait du mal à atteindre ses objectifs de production de céréales.

Après les fermetures de frontières et l’interruption des liaisons ferroviaires avec la Chine, les importations de denrées alimentaires auraient totalement cessé, aussi bien par le canal des échanges commerciaux contrôlés par l’État que dans le cadre du marché « gris » officieux. Les prix des produits de base comme le riz, le maïs et l’huile ont triplé dans certaines régions.

Selon le rapport 2021 de l’UNICEF sur l’alimentation des enfants, près de 20 % des enfants nord-coréens souffraient d’un retard de croissance modéré à grave. Bien que ce chiffre marque un progrès par rapport aux années précédentes, il était à craindre que l’insécurité alimentaire n’inverse la tendance.

Répression de la dissidence

Il n’y avait aucune liberté d’expression. Il était notamment impossible de critiquer ouvertement les autorités ou les dirigeant·e·s du pays5. « Il est notoire que toutes les personnes considérées comme des menaces pour le système politique actuel et les dirigeants du pays [...] continuent d’être envoyées dans des kwanliso [camps de prisonniers politiques] », notait en octobre le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée.

Toute personne enfreignant la Loi sur la dénonciation de la pensée et de la culture réactionnaires, promulguée en décembre 2020, était passible de lourdes sanctions, notamment de plusieurs années de « réforme par le travail ». Cette loi réprimait les contacts avec « une culture étrangère illégale », via, par exemple, des fictions, des chansons ou des films sud-coréens. Des informations qui n’ont pas pu être confirmées ont fait état de plusieurs exécutions de personnes à qui il était reproché d’avoir regardé et diffusé des films ou d’autres productions culturelles étrangères. Toujours selon ces informations, la peine de mort continuait d’être prononcée et appliquée à grande échelle.

Le nombre des abonné·e·s à des services de téléphonie mobile, en augmentation, atteignait six millions de personnes (pour une population d’environ 25 millions d’habitant·e·s). La surveillance s’est également accrue, en particulier dans les régions frontalières, afin de repérer les personnes qui se connectaient sur des services internationaux de téléphonie mobile (réseaux chinois, par ex.) pour passer des appels à l’étranger, notamment en Corée du Sud. L’accès à Internet restait limité à un très petit nombre de personnes, membres de la caste dirigeante.

Arrestations et détentions arbitraires

Bien que certaines informations aient fait état d’une relative baisse des violations des droits humains dans certains centres de détention, les détenu·e·s restaient manifestement soumis à des traitements pénibles6.
Des passages à tabac et d’autres formes de torture ou de mauvais traitements perpétrés dans le cadre d’enquêtes ont cette année encore été signalés dans les centres de détention dépendant du ministère de la Sûreté de l’État. Les conditions de détention dans les établissements gérés par le ministère de la Sécurité de la société étaient toujours très médiocres, certaines informations faisant état de travaux forcés, de nourriture insuffisante, de soins médicaux défaillants et d’insultes verbales.

Kwanliso

Selon les informations disponibles, quatre kwanliso étaient toujours en activité, même si les autorités niaient leur existence. On estimait que jusqu’à 120 000 personnes étaient détenues dans ces camps, où elles étaient soumises aux travaux forcés, à la torture et à d’autres mauvais traitements.

Droits économiques, sociaux et culturels

Droits des travailleuses et travailleurs

Les salaires dans les usines d’État restaient très bas. Certain·e·s employé·e·s, notamment dans ces usines, où la rémunération était nettement inférieure au coût de la vie, en arrivaient à verser des pots-de-vin aux représentant·e·s de l’Administration pour pouvoir aller travailler ailleurs, y compris dans l’économie « grise », et être mieux payés7.

Droit au libre choix de son travail

Toujours en vigueur, le songbun, système de « statut attribué », déterminait le parcours scolaire, universitaire, politique et professionnel de tous les Nord-Coréen·ne·s. Les enfants d’agriculteurs étaient souvent obligés de reprendre le métier de leurs parents. Certains parents avaient apparemment recours à la corruption ou au jeu des relations pour permettre à leurs enfants de changer de voie.

Travail forcé des enfants

Selon la presse d’État, les orphelin·e·s se portaient massivement « volontaires » pour exercer des métiers manuels dangereux et peu prestigieux, notamment dans l’industrie extractive.

Présence sur la scène internationale

La Corée du Nord a participé à plusieurs rendez-vous internationaux consacrés aux droits économiques, sociaux et culturels. Elle était présente en juillet au Forum politique de haut niveau pour le développement durable [ONU] et elle a soumis pour la première fois un examen national volontaire, acceptant ainsi de fait de mettre en œuvre les Objectifs de développement durable. La Corée du Nord a participé en novembre à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 26).

“북한의 감염병 대응에서의 격리와 인권침해”, 31 mai

“북한 보건의료의 최근 모습”, 30 septembre

“일상이 된 마약 – 북한의 마약 문제”, 31 octobre

“북한의 식량난, 그리고 식량권”, 30 juillet

“침묵의 사회 – 북한 내 억압된 정치적 표현의 자유”, 31 décembre

“인권의 사각지대, 북한의 구금시설”, 30 juin

“북한의 열악한 노동권 실태 – 국내편”, 2 février

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