Écrire Un défenseur autochtone de l’environnement a été tué, d’autres sont en danger

Le défenseur autochtone des droits à l’environnement Manuel Gaspar Rodríguez a été retrouvé mort le 14 mai à Cuetzalan, dans l’État de Puebla. Il comptait parmi les militants faisant l’objet d’une information judiciaire en raison de leur opposition à la construction d’une ligne à haute tension. Très exposés, ces militants ont récemment subi des attaques et des actes d’intimidation.

Manuel Gaspar Rodríguez a été retrouvé mort dans un motel en périphérie de Cuetzalan, dans l’État de Puebla, le 14 mai au matin. Il présentait des blessures au couteau au cœur et à l’épaule. Il était membre du Centre des droits humains Antonio Esteban et faisait partie de la coalition des mouvements sociaux opposés à des projets énergétiques, de concession minière et de construction d’une ligne à haute tension dans la région montagneuse du nord de l’État de Puebla.

Les collègues d’une autre coalition dont faisait partie Manuel Rodríguez, le Mouvement indépendant populaire rural et urbain de fermiers et d’ouvriers (MIOCUP), ont signalé l’avoir vu pour la dernière fois le 13 mai. Deux membres du MIOCUP ont déclaré qu’ils se trouvaient avec lui dans les bureaux du MIOCUP tard ce soir-là, et que vers minuit et demi, avant d’aller se coucher dans le dortoir, l’un d’entre eux a vu Manuel Rodríguez faire la vaisselle. L’autopsie situe la mort de Manuel Rodríguez entre 1 et 2 heures du matin le 14 mai, la cause du décès étant une importante hémorragie due à trois profondes blessures au couteau. À l’épaule gauche, il présentait également des blessures provoquées par un objet chaud et coupant, ainsi que des marques sur le visage, suggérant d’autres formes possibles de violence. Les responsables de ces actes n’ont toujours pas été identifiés.

Le bureau du procureur général de l’État de Puebla a ouvert une enquête sur sa mort. Toutefois, il diffère de manière illégale l’accès de ses avocats au dossier et on ignore encore si les pistes suivies dans le cadre de l’enquête prennent en compte son travail en tant que défenseur des droits humains.
Le bureau du procureur fédéral avait récemment ouvert une information judiciaire contre Manuel Gaspar Rodríguez et sept autres défenseurs et militants du MIOCUP et de l’Union des coopératives de Tosepan pour leur participation à un sit-in pacifique près du projet de ligne électrique, non loin de Cuetzalan, fin 2016 et 2017. La Commission étatique de l’électricité, responsable du projet, a déposé une plainte pénale contre eux en janvier 2017. Ils sont accusés d’« entrave à un ouvrage public », infraction passible d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement.

La région montagneuse du nord de l’État de Puebla connaît un regain de violence ces dernières années et les défenseurs des droits de l’environnement et les militants écologistes notent un accroissement des attaques et des actes d’intmidation dont ils sont la cible. En outre, les violences et les activités criminelles dans la région autour de Cuetzalan sont en hausse.

Il s’agit du deuxième membre du MIOCUP assassiné ces dernières années. Le 4 juin 2014, Antonio Esteban, militant écologiste et membre du MIOCUP, a été tué à Cuetzalan. En avril 2018, la police judiciaire de l’État a arrêté un autre membre du MIOCUP poursuivi pénalement dans le cadre de l’affaire de la Commission étatique de l’électricité, en périphérie de la capitale de l’État de Puebla. Elle l’a accusé d’avoir modifié illégalement l’immatriculation de son véhicule. Il a été détenu par l’État pendant quelques heures, puis libéré une fois vérifiées toutes les informations le concernant.

L’Union des coopératives de Tosepan compte plus de 34 000 membres dans la région, qui travaillent ensemble sur la production durable de café et de miel, les droits de l’environnement, le commerce équitable, le prix des récoltes, ainsi que sur des services élémentaires comme l’eau potable et le drainage. Selon les informations qu’a obtenues Amnesty International, le 20 janvier, des agresseurs inconnus ont partiellement mis le feu à l’Union des coopératives de Tosepan.

Des membres de Tosepan ont déclaré que des agresseurs inconnus ont tiré sur l’un des leurs le 4 mars alors qu’ils circulaient en voiture. Le 7 mars, un autre membre a été suivi par une voiture suspecte, alors qu’il rentrait chez lui. Les poursuites pénales intentées par la Commission étatique de l’électricité visaient au départ quatre membres de Tosepan, mais le 20 mai, le Bureau du procureur général de la République du Mexique en a ajouté un cinquième.

Les membres du MIOCUP et de l’Union des coopératives de Tosepan poursuivent leurs actions et les manifestations publiques, malgré les graves risques auxquels ils sont confrontés. Le 12 mai, deux jours avant sa mort, Manuel Gaspar Rodríguez a participé à un forum public à Chignautla, dans l’État de Puebla, au cours duquel il a dénoncé la mine d’Autlán, dans la municipalité de Teziutlán, un projet en cours qui prévoit de nouvelles extensions et de nouvelles explorations. Des membres du MIOCUP se sont récemment mobilisés et sont parvenus à fermer une déchetterie locale.

Les membres de Tosepan ont continué leurs actions lors de conférences de presse et de manifestations publiques ces derniers mois, malgré les attaques et les poursuites pénales dont ils font l’objet. Nombre de défenseurs des droits humains et de militants de Tosepan et du MIOCUP sont en relation avec les peuples indigènes. Manuel Gaspar Rodríguez appartenait aux peuples autochtones Nahuatl. Deux des membres de Tosepan qui font l’objet de poursuites pénales sont rattachés au peuple autochtone Masehual.

J'agis

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS (en espagnol ou dans votre propre langue) :

 demandez au procureur général de mener dans les meilleurs délais une enquête impartiale et approfondie sur la mort de Manuel Gaspar Rodríguez, en veillant à ce que les pistes suivies dans le cadre de l’enquête prennent en compte son travail en tant que défenseur des droits humains et en autorisant ses avocats à avoir pleinement accès au dossier ;

 demandez aux autorités d’assurer la sécurité des membres du MIOCUP et du collectif Tosepan, et d’enquêter sur les attaques dont ils sont la cible ;

 demandez au maire de Cuetzalan de reconnaître publiquement et sans attendre le rôle légitime des militants écologistes dans la région et de ne pas entraver leur travail, en public ni en privé.


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