Écrire Un ouvrier papou a disparu depuis le 7 novembre

Martinus Beanal, un ouvrier papou, a disparu depuis le 7 novembre, sur fond d’escalade présumée des affrontements armés dans le village d’Utikini, dans le district de Tembagapura (kabupaten de Mimika, province de Papouasie). La police a annoncé qu’il était mort et qu’il avait été inhumé par sa famille, ce que celle-ci conteste. On ignore toujours tout de son sort.

Martinus Beanal, un ouvrier de l’entreprise Pangan Sari Utama, fournisseur de denrées alimentaires de la société Freeport McMoran, a disparu dans la matinée du 7 novembre alors qu’il rentrait chez lui. Il a quitté l’enceinte de l’entreprise, dans le district de Tembagapura, pour rejoindre son domicile dans le village d’Opitawak (kabupaten de Mimika, province de Papouasie), à 5 heures du matin. Selon ses proches, Martinus Beanal leur a dit que les forces armées lui avaient barré la route, lui interdisant le passage en raison d’opérations de l’armée et de la police dans la zone.

Martinus Beanal a alors emprunté un autre itinéraire pour rejoindre son village, qu’il aurait dû atteindre au bout d’environ deux à trois heures de marche. Vers 6 h 30, il a appelé ses proches, disant qu’il se reposait près d’une tour de télécommunication. Il a ajouté qu’il n’était pas sûr de l’itinéraire qu’il devait suivre, parce que la route était coupée par des intersections sur lesquelles des traces de chaussures militaires étaient visibles. Un membre de sa famille a ensuite entendu une série de coups de feu dans le téléphone, puis la communication a été coupée.

L’épouse de Martinus Beanal a alors appelé des habitants du village d’Opitawak pour leur demander d’aller chercher son mari et de le ramener au village. Cependant, ils ont regagné le village en courant après avoir entendu des coups de feu, vers 7 heures du matin, à proximité du dernier endroit connu où Martinus Beanal s’était trouvé. Après avoir contacté la femme et la famille de Martinus Beanal, à 8 heures du matin, les villageois ont décidé de retourner dans les environs de la tour de télécommunication, mais ils ont été bloqués par les forces armées, qui leur ont ordonné de faire demi-tour.

Selon la police et l’armée, un conflit armé est en cours depuis le mois d’août 2017 dans le district de Tembagapura (kabupaten de Mimika), dans les environs de l’entreprise Freeport Indonesia. Les forces de police et les forces militaires qui opèrent dans la zone ont affirmé qu’elles combattaient un groupe armé favorable à l’indépendance de la Papouasie, l’Organisation de la Papouasie libre (OPM). Un policier a été tué et plusieurs civils ont été blessés le 21 octobre. Cependant, les groupes de défense des droits fondamentaux papous n’ont pas été en mesure de confirmer l’existence d’affrontements armés entre les forces de sécurité et ce groupe armé indépendantiste dans le district de Tembagapura.

Le 10 novembre, un porte-parole de la police a annoncé aux médias que Martinus Beanal avait été retrouvé mort le 9 novembre dans une zone qui avait été occupée par un groupe armé indépendantiste, et que sa famille l’avait ensuite inhumé, ce que celle-ci conteste.

La disparition forcée est une violation grave des droits humains et un crime de droit international ; elle bafoue les droits des personnes qui en sont victimes comme ceux de leurs proches. La Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1992, dispose qu’une enquête « doit pouvoir être menée […] tant qu’on ne connaît pas le sort réservé à la victime d’une disparition forcée » (article 13-6). Elle précise également : « Tout acte conduisant à une disparition forcée continue d’être considéré comme un crime aussi longtemps que ses auteurs dissimulent le sort réservé à la personne disparue et le lieu où elle se trouve et que les faits n’ont pas été élucidés » (article 17-1).

L’armée indonésienne se livre depuis longtemps à des disparitions forcées. Pourtant, le gouvernement n’a quasiment rien fait pour déterminer le sort réservé aux personnes ayant disparu sous le régime de Suharto et pendant la période de réforme politique qui a suivi (à partir de 1998), notamment lors des conflits au Timor-Leste et dans l’Aceh. D’après son rapport annuel 2012, le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires dispose d’informations sur 162 affaires de disparition non résolues en Indonésie, tandis qu’il reste 428 cas non élucidés au Timor-Leste, qui concernent pour la plupart la période d’occupation indonésienne (1975-1999). De plus, le gouvernement indonésien n’a toujours pas accepté la demande que lui a adressé ce groupe pour se rendre dans le pays – la requête est en souffrance depuis 2006.

Les familles de disparus demandent depuis des années aux autorités indonésiennes de déterminer le sort de leurs proches et le lieu où ils se trouvent mais la situation n’a guère évolué jusqu’à présent, ce qui prolonge leur souffrance. Une commission vérité au niveau national pourrait jouer ce rôle mais, faute de volonté politique du gouvernement central, la nouvelle loi en la matière n’a pas pu entrer en vigueur après avoir été bloquée par la Cour constitutionnelle en 2006.

À la suite d’une enquête menée par la Commission indonésienne des droits humains Komnas HAM en 2009, la Chambre des Représentants du peuple a recommandé au président Susilo Bambang Yudhoyono de ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. En septembre 2010, le gouvernement indonésien a signé la Convention ; la première commission de la Chambre des Représentants du peuple examine actuellement une proposition de loi visant à la ratification du texte.

En octobre 2014, le tribunal militaire de Medan (province de Sumatra-Nord) a déclaré six militaires coupables d’avoir enlevé Dedek Khairudin et de lui avoir infligé des mauvais traitements, et les a condamnés à des peines d’emprisonnement d’une durée de 14 à 17 mois. Dedek Khairudin a subi une disparition forcée en novembre 2013 : il a été emmené par un agent des services de renseignement du commandement de réserve militaire (KOREM 011/LW), accompagné d’au moins huit militaires de la marine venus de la région de Pangkalan Brandan (province de Sumatra-Nord). À ce jour, on ignore où se trouve cet homme.

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