LA RÉVOLUTION DANS LA CONTINUITÉ

En 2007, AIBF a franchi une étape déterminante dans sa mue technologique en lançant le centre d’actions isavelives.be. Ce site Internet fédère désormais toute une série de modes d’actions accessibles à toutes et tous, militant(e)s comme sympathisant(e)s. Rencontre avec Clarence Jameson, responsable du Programme Individus en Danger et e-Activisme.

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Clarence Jameson, responsable du Programme Individus en Danger et e-Activisme. Bruxelles, octobre 2007. © Bruno Brioni


Tu es le nouveau responsable d’un tout nouveau programme, l’e-Activisme. Peux-tu expliquer de quoi il s’agit ?
L’e-activisme, c’est de l’activisme électronique. Mon travail consiste assurer la présence d’Amnesty sur Internet, sauf évidemment sur notre propre site www.amnesty.be. Concrètement, je dois « placer » Amnesty sur des sites extrêmement fréquentés par les internautes, comme DailyMotion, YouTube, FaceBook, etc. Par exemple, lors de la publication du Rapport annuel 2007, nous avons travaillé avec un grand portail Internet, MSN Belgique. Par ailleurs, je dois aussi trouver des moyens d’aiguiller les internautes vers le site d’Amnesty International Belgique francophone.
Le premier enjeu est de les mettre en contact avec l’information pure ou de l’information sur Amnesty (les communiqués de presse, les rapports des chercheurs du SI, le mensuel Libertés !, etc.). Le second enjeu est de proposer à ces internautes – qui restent fondamentalement libres d’agir ou pas – des pistes d’action sur des cas concrets. C’est à ce dernier point que répond le projet Isavelives.be.

C’est quoi, Isavelives.be ? Un gimmick ?
Non, derrière le slogan, Isavelives.be est un concept global. Ce concept se décline selon plusieurs axes. Un premier axe, ce sont les Actions urgentes, les AU, qui étaient accessibles sur la page d’accueil du site d’AIBF et qui vont désormais être rapatriées vers www.isavelives.be. Toujours concernant les Actions urgentes, nous allons mettre davantage qu’auparavant l’accent sur les bonnes nouvelles. Il est important que les membres et les activistes d’un jour sachent que leur action a été payante, tout comme, soyons de bon compte, il est essentiel qu’ils soient informés en cas d’échec de l’action d’Amnesty sur tel ou tel cas. J’expliquerai plus loin comment il est possible d’agir également via le SMS et le GSM.
Un deuxième axe, ce sont les appels mondiaux, qui sont à l’origine des trois lettres proposées chaque mois aux membres d’Amnesty, entre autres dans Libertés !, le mensuel d’AIBF, et qui sont au coeur de l’action d’Amnesty, centrée sur les Individuals At Risk, les individus en danger (voir article précédent).
Quel que soit l’axe, l’idée est non seulement d’agir en faveur des individus mais également de permettre aux membres comme aux activistes d’un jour d’être informés presque en temps réel du suivi de leur action et, idéalement, de l’issue de cette action. C’est un travail de longue haleine et, à ce jour, nous avons déjà mis en ligne 10 cas. D’ici 2008, nous aurons mis en ligne 100 cas individuels sur notre base de données.
L’idée est aussi de simplifier et d’accélérer au maximum le travail de rédaction et d’envoi de lettres ou de pétitions aux autorités interpellées par Amnesty International. En un clic de souris, les gens sont désormais capables d’imprimer une lettre pour une partie des cas individuels. On va aussi de plus en plus pouvoir agir par SMS et signer une pétition virtuelle. On va également mettre en ligne des formulaires électroniques qui permettent d’envoyer des lettres des adresses diplomatiques fiables, confirmées.

Ce basculement de l’action d’Amnesty au tout électronique ne risque-t-il pas de déshumaniser, ou plutôt de désincarner, le travail de défense des individus ?
Non, pas du tout. C’est vrai que ce projet répond aux évolutions de notre société, qui verse d’une certaine façon dans le « fast activisme ». Mais, fondamentalement, la philosophie de l’action d’Amnesty rend nul ce risque de dérive. Comme dans les envois classiques de lettres manuscrites ou dactylographiées par des groupes de militants, l’envoi de lettres via des formulaires électroniques pré-encodés ou via SMS impose toujours que les gens déclinent leur identité, c’est-à-dire d’indiquer leur nom et leur adresse. Pourquoi ? Parce que les autorités interpellées ont un droit de réponse. Lorsque les gens reçoivent une réponse de ces autorités, il est également important qu’ils nous la communiquent, afin que les chercheurs du Secrétariat internationaI (à Londres) soient au courant.

La pratique du SMS et le fameux numéro 3313 restent encore méconnus ou mal compris par beaucoup de membres. Tu peux expliquer ?
L’idée est très simple. Les gens s’abonnent par SMS à un service d’Amnesty, exactement comme d’autres s’abonnent à un service d’infos par SMS délivrées par la RTBF ou RTL. Une fois cet abonnement enregistré, les abonnés reçoivent une fois par semaine un SMS leur proposant d’agir en faveur d’un cas. C’est une proposition d’action, pas une obligation d’agir. Concrètement, l’abonné est libre d’agir ou pas. S’il décide d’agir, il répond au SMS en donnant ses coordonnées. C’est renvoyé vers notre opérateur MobileWeb.be, qui encode ça dans sa base de données. Une fois par semaine, notre équipe produit un fichier Excel et rédige une lettre qui sera envoyée à la représentation diplomatique du pays interpellé. Cette lettre est signée par le président d’AIBF et virtuellement par les abonnés SMS qui ont accepté le cas proposé.

Revenons à Isavelives.be en général. Quelles sont les autres possibilités offertes aux e-activistes en herbe ?
Isavelives.be va permettre à tout le monde d’agir.Ça ne s’adresse pas seulement aux « fast activistes » mais aussi aux militants du noyau dur, à celles et ceux qui sont membres des groupes locaux, c’est-à-dire à ceux qui adoptent les Individus en danger. Cela devrait permettre également de mettre les coordinations en contact aisé avec les internautes et vice versa. Si des groupes locaux ont mené et filmé une action intéressante, originale ou efficace, ils vont pouvoir également nous les envoyer et, après sélection, nous les mettrons en ligne sur www.isavelives.be. Nous avons déjà posté des vidéos d’actions et des clips d’Amnesty sur des sites comme www.YouMake.tv (le YouTube de RTL-TVI), ainsi que sur DailyMotion. Une de nos vidéos est passée 90 000 fois sur DailyMotion. C’est très simple, dans le fond. Nous donnons de l’information et on nous donne de l’information. Et l’enjeu reste l’activisme efficace. Il consiste à encourager les internautes à devenir des membres actifs, à les faire participer à la vie du mouvement.

Pour conclure, en quoi consiste l’Opération Isavelives.be ?
C’est le nouveau nom des anciennes Opérations Courage, qui étaient et qui restent l’exact inverse des Actions urgentes et, surtout, des appels mondiaux, où des milliers de personnes écrivent aux autorités nationales ou aux représentations diplomatiques. Dans le cas de l’Opération Isavelives.be, les gens envoient un message de soutien directement à l’individu en danger, quand c’est possible. Ainsi, dans certains cas, (la Mexicaine Magdalena García Durán ou le Népalais Sanjiv Kumar Karna), les cartes ne sont pas envoyées directement aux individus, mais plutôt à leurs conseils juridiques ou aux associations locales qui les représentent.

Pourquoi envoyer ces cartes ? Qu’est-ce que cela apporte de plus aux Actions urgentes ?
Le but de l’Opération Isavelives.be, c’est tout simplement de dire « courage » aux individus en danger, qu’ils sachent qu’il y a dans le monde des milliers ou des dizaines de milliers d’anonymes qui les soutiennent. En Belgique, c’est l’Opération Isavelives.be. Ailleurs, c’est le Marathon des Écritures où, pendant 24 heures, des gens envoient des actions urgentes. Aux États-Unis, c’est l’envoi de Greeting Cards au moment des fêtes de fin d’année.
Un détail qui a une importance capitale, sous peine d’arriver à l’effet inverse de celui recherché, c’est que les gens qui envoient ces cartes ne peuvent pas écrire n’importe quoi. D’une part, il ne s’agit pas de provoquer les autorités et de mettre le prisonnier davantage en danger. D’autre part, il s’agit de tenir compte de la culture du prisonnier et éventuellement de sa sensibilité religieuse. À ce propos, il est explicitement déconseillé d’envoyer au Syrien Kamal al-Labwani des cartes avec des motifs à connotation religieuse. Dans d’autres cas, il est déconseillé de mentionner explicitement Amnesty.

L’Opération Isavelives.be est-elle appelée à se généraliser ?
Oui, nous allons essayer d’accélérer sa périodicité et de viser une centaine de cas. Pour ces personnes comme pour nous, il s’agit, sur le plan des relations humaines, d’un plus par rapport aux Actions urgentes.

Propos recueillis par P.F.

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