Bonne nouvelle Arabie saoudite. Libération de Khaled al Johani, un manifestant de la « journée de colère »

Informations complémentaires sur l’AU 59/12, MDE 23/019/2012, 5 septembre 2012

Khaled al Johani, le seul homme qui soit arrivé sur le lieu de rassemblement pour manifester lors de la « Journée de colère », le 11 mars 2011 à Riyadh, en Arabie saoudite, a été relâché le 8 août dernier.
Khaled al Johani, enseignant de 40 ans, a été arrêté le 11 mars 2011 à Riyadh, la capitale du pays, et placé en détention quelques minutes après avoir accordé une interview à BBC Arabic, au cours de laquelle il a évoqué le manque de libertés en Arabie saoudite. En raison de la forte présence des forces de sécurité ce jour-là, il est, semble-t-il, le seul manifestant à s’être rendu sur le lieu du rassemblement prévu.

On pense que cet homme a d’abord été détenu à la prison d’Ulaysha, à Riyadh, où il aurait passé deux mois à l’isolement. Il a ensuite été transféré à la prison d’al Hair, toujours dans la même ville, où il a pu recevoir la visite de sa famille. Il aurait refusé d’être représenté par un avocat commis d’office, préférant un avocat de son choix, ce qui lui a d’abord été refusé. Khaled al Johani semble avoir été placé à l’isolement une nouvelle fois en février 2012 après une dispute avec des codétenus. Une fois, il a été enfermé dehors alors qu’il faisait froid, sans nourriture ni vêtements chauds. Par ailleurs, il aurait été insulté et menacé par des gardiens, et son état psychologique se serait détérioré.

Au bout de près d’un an de détention, son procès a commencé le 22 février dernier, lorsqu’il a été déféré devant le Tribunal pénal spécial à Riyadh, créé en 2008 pour juger les individus inculpés d’infractions liées au terrorisme. Le procureur général a lu les charges pesant sur le prévenu, qui, d’après des sources sur place, comprenaient le fait d’avoir « soutenu des manifestations », d’avoir « été présent sur le lieu d’une manifestation » et d’avoir « communiqué avec des médias étrangers de façon à nuire à la réputation du royaume d’Arabie saoudite ». La cour a ajourné le procès et permis à Khaled al Johani de choisir son avocat pour la première fois, plus de 11 mois après son arrestation.
Cet homme a été autorisé à quitter la prison le 25 juillet pour 48 heures afin de rendre visite à sa famille. Il a été ramené dans la soirée du 27 juillet.

Amnesty International n’a appris que récemment que Khaled al Johani avait été relâché le 8 août. Il semble qu’il ne fasse plus l’objet de poursuites mais l’organisation ignore quel est son statut juridique.

Aucune action complémentaire n’est requise de la part du réseau Actions urgentes. Un grand merci à tous ceux qui ont envoyé des appels.
Ceci est la première mise à jour de l’AU 59/12. Pour plus d’informations : http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE23/004/2012/fr.

COMPLEMENT D’INFORMATION

Dans le contexte des manifestations et des soulèvements de grande ampleur à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient en 2011, plusieurs Saoudiens ont trouvé le courage de contester l’interdiction permanente des mouvements de protestation dans le pays. La famille royale a d’abord réagi en accordant aux citoyens des avantages d’une valeur équivalant à plusieurs milliards d’euros, notamment sous la forme de 300 emplois créés au sein du Bureau d’enquête du ministère de l’Intérieur et du parquet. Cependant, les autorités ont ensuite durci leur politique.

Début 2011, un groupe anonyme de militants saoudiens ont créé une page Facebook appelée « Les personnes qui veulent renverser le régime ». Ce groupe demandait que les membres du Conseil consultatif soient élus (pour l’instant, ils sont nommés par le roi) et réclamait un pouvoir judiciaire indépendant, la libération de tous les prisonniers politiques, la possibilité d’exercer le droit à la liberté d’expression et de réunion, l’abolition de toutes les taxes et l’instauration d’un salaire minimum. Le 4 mars 2011 à Riyadh, après la prière du vendredi, un rassemblement a eu lieu en guise de répétition avant une manifestation de grande ampleur, la « Journée de colère », prévue le 11 mars. Muhammad al Wadani, enseignant de 25 ans, a été arrêté ce jour-là ; il est toujours en détention.

Des mouvements de protestation menés par la minorité chiite ont également commencé en février 2011, dans la province de l’Est. Face à ces rassemblements et aux autres manifestations prévues pour réclamer des réformes en Arabie saoudite, le ministère de l’Intérieur a publié une déclaration le 5 mars 2011, rappelant que ce genre d’événements étaient interdits. Selon cette déclaration, les forces de sécurité prendraient « toutes les mesures nécessaires » à l’encontre de ceux qui tenteraient de troubler l’ordre public.

Le lendemain, le Conseil des grands oulémas (la plus haute instance religieuse saoudienne), la police religieuse et le Conseil consultatif, qui conseille le roi, ont exprimé leur soutien en faveur de l’interdiction. Ils ont également appelé la population à ne pas participer à la « Journée de colère », et certaines informations publiées par les médias ont laissé entendre qu’environ 10 000 soldats avaient été déployés pour empêcher les protestations.

Les menaces adressées par les autorités semblent ainsi avoir atteint leur but. Khaled al Johani, le seul manifestant qui soit arrivé sur le lieu du rassemblement le 11 mars, a été interpellé le jour-même, quelques minutes après avoir parlé à des journalistes étrangers. Ce jour-là, et durant les jours qui ont précédé ce qui devait être une « Journée de colère », les forces de sécurité auraient arrêté des dizaines de personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’organisation de manifestations prévues à Riyadh ou de vouloir participer à la manifestation du 11 mars. Il semble que la plupart de ces personnes aient été relâchées peu après. D’après les informations dont dispose Amnesty International, quatre autres individus sont maintenus en détention. On ignore si d’autres personnes sont dans ce cas (voir le rapport du 9 mars 2012, Saudi Arabia’s Day of Rage : One year on, http://www.amnesty.org/en/library/info/MDE23/007/2012/en).

Les manifestations se sont poursuivies de manière sporadique, organisées par des personnes qui protestaient contre la détention prolongée sans inculpation d’un proche, dénonçaient les discriminations à l’égard de la minorité chiite, en particulier dans l’est du pays, ou appelaient à des réformes politiques. Dans la plupart des cas, ces rassemblements ont été rapidement réprimés et les personnes arrêtées ont souvent été poussées à jurer de ne pas redescendre dans la rue avant d’être libérées ou détenues au secret pendant de longues périodes. Certains individus auraient subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements. La répression des manifestants rejoint celle qui vise continuellement les défenseurs des droits humains, les dissidents politiques et les détracteurs du régime, dont plusieurs ont été placés en détention, voire jugés et emprisonnés. Bien que ces personnes soient souvent accusées et déclarées coupables d’infractions liées à la sécurité par des juridictions chargées de traiter les affaires de ce type et celles relatives au terrorisme, les faits qui leurs sont reprochés relèvent généralement du simple exercice de leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Pour en savoir plus, consultez le rapport Arabie saoudite. Réprimer au nom de la sécurité, MDE 23/016/2012, 1er décembre 2011, http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE23/016/2011/fr.

Nom : Khaled al Johani

Genre : homme

Informations complémentaires sur l’AU 59/12, MDE 23/019/2012, 5 septembre 2012

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