Signer en ligne Arrestation de l’éminent défenseur des droits humains Ahmed Mansoor

Ahmed Mansoor, éminent blogueur et défenseur des droits humains émirien, a été arrêté le 20 mars 2017 à son domicile à Ajman, aux Émirats arabes unis. Jusqu’à son arrestation, il était l’un des derniers défenseurs des droits humains à pouvoir s’exprimer indépendamment depuis l’intérieur de son pays.

Vers minuit le 20 mars 2017, 12 membres des forces de sécurité sont entrés dans son domicile et l’ont fouillé. Ils ont confisqué les téléphones et les ordinateurs d’Ahmed et de sa famille. Après avoir fouillé son domicile pendant plus de trois heures, ils l’ont emmené dans un lieu inconnu. Depuis son arrestation, il n’a reçu que deux visites de sa famille, sous surveillance, le 3 avril et le 17 septembre 2017. À chaque fois, il a été transféré au bureau du procureur à Abou Dhabi, où il a vu brièvement ses proches.

Harcèlement et violences systématiques

Depuis son arrestation et son emprisonnement en 2011 pour son travail de défenseur des droits humains, Ahmed Mansoor est victime d’intimidations, d’agressions et a reçu de nombreuses menaces de mort. Il a notamment été contraint d’arrêter ses études de droit à l’Université d’Ajman suite à deux agressions en septembre 2012.

Particulièrement actif sur les réseaux sociaux, son compte twitter ainsi que son ordinateur, son téléphone et son courriel ont tous été piratés, le plaçant sous surveillance électronique. À cette surveillance s’ajoute une surveillance physique et des actes d’intimidation, de harcèlement et des menaces de mort de la part des sympathisants du gouvernement.

Les représailles des autorités émiriennes sont nombreuses. Parmi elles, l’impossibilité pour Ahmed de travailler, car le gouvernement ne lui a pas fourni le “certificat de bonne conduite” nécessaire pour l’obtention d’un emploi aux Émirats arabes unis. Il est également interdit de voyage depuis plusieurs années et son passeport lui a été confisqué lors de son arrestation en 2011. En 2015, on lui a remis le prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains, mais il n’a pas pu assister à la cérémonie de remise du prix.

Enfin, ses plaintes contre le harcèlement dont il est victime ne sont pas prises en compte par les autorités à l’instar de sa plainte contre le vol de sa voiture en janvier 2013. Alors qu’il déposait une plainte pour le vol d’une grosse somme d’argent, sa voiture, garée devant le bâtiment du palais de justice, a été volée. Une nouvelle plainte est déposée sans suite sans que la police ne fournisse le rapport nécessaire au remboursement du véhicule par la compagnie d’assurance.

Bien qu’il ait déposé plusieurs plaintes auprès de la police et d’organes officiels, il n’a obtenu aucune information sur la progression des enquêtes sur les agressions, les menaces de mort et les autres actes de harcèlement.

Prisonnier d’opinion

Plusieurs heures après son arrestation, Emirates News Agency, le site internet d’information officiel géré par l’État, a annoncé qu’Ahmed Mansoor avait été arrêté sur l’ordre du parquet responsable de la cybercriminalité et qu’il était détenu dans l’attente d’un complément d’enquête. D’après cette déclaration, les autorités l’accusent d’« utilisation des réseaux sociaux [notamment Twitter et Facebook] pour publier des informations fausses et trompeuses qui nuisent à l’unité nationale, à l’harmonie sociale et à la réputation du pays » et de « promotion de pensées incitant à la haine et à l’intolérance religieuse ».

Le 29 mai 2018, la Chambre de sûreté de l’État de la Cour d’appel fédérale d’Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, a condamné Ahmed Mansoor à 10 ans d’emprisonnement et à une amende d’un million de dirhams émiriens (environ 270 000 dollars US). La Chambre a également ordonné son placement sous surveillance pendant trois ans après sa libération. Ahmed Mansoor a été jugé et condamné pour diverses infractions, notamment pour « atteinte au statut et au prestige des Émirats arabes unis et de leurs symboles », « publication de fausses informations dans le but de nuire à la réputation des Émirats arabes unis à l’étranger » et « présentation des Émirats arabes unis comme une terre sans loi ». Ahmed Mansour est détenu à la prison de al-Sadr et a interjeté un recours en appel à sa peine.

Amnesty International considère Ahmed Mansoor comme un prisonnier d’opinion.

Fait commun aux Émirats arabes unis, Amnesty International craint qu’il ne soit exposé à des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements.

Éminent blogueur et défenseur des droits humains

Ahmed Mansoor est un éminent défenseur des droits humains et l’un des derniers à s’exprimer indépendamment depuis l’intérieur de son pays. Depuis 2006, il rassemble des informations sur la situation des droits humains aux Émirats arabes unis et s’exprime publiquement par le biais de son blog, des réseaux sociaux et des entretiens donnés dans les médias internationaux en faveur des normes internationales relatives aux droits humains.

Ahmed Mansoor est également membre du Comité consultatif de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG Human Rights Watch, et membre de la Commission consultative du Centre du Golfe pour les droits de l’homme.

Le 3 mars 2011, Ahmed Mansoor a cosigné une pétition adressée au président des Émirats arabes unis, réclamant une réforme politique dans le pays, notamment la mise en place du suffrage universel et l’attribution de pouvoirs législatifs au Conseil national fédéral, organe quasi parlementaire. Il est arrêté un mois plus tard par les autorités émiriennes qui le détiendront arbitrairement jusqu’à un procès à l’iniquité flagrante. Il y sera déclaré coupable d’avoir “insulté publiquement le président, le vice-président et le prince héritier d’Abou Dhabi”. Il bénéficiera finalement d’une grâce présidentielle.

En 2015, Ahmed Mansoor gagne le prestigieux prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains en récompense de son travail courageux.

Soutien de la communauté internationale

Le 28 mars 2017, plusieurs experts onusiens sur les droits humains ont condamné au sein d’une déclaration publique la détention d’Ahmed Mansoor et ont demandé sa libération immédiate : “[cette arrestation] est une attaque directe à l’encontre du travail légitime de défenseur des droits humains aux Émirats arabes unis”. Ils rappellent que “ [le] travail remarquable [d’Ahmed Mansour] de protection des droits humains et de promotion de la démocratie, tout comme sa collaboration avec l’ONU au sein des mécanismes des protections des droits humains, est d’une grande valeur, non seulement pour les Émirats arabes unis mais également pour la région”.

Les experts soulignent leur inquiétude sur la nature de cette arrestation qui semble être un acte de répression à l’égard de son engagement à l’ONU au sein des mécanismes des protections des droits humains, pour le point de vue qu’il exprime sur Twitter et pour son engagement au sein d’organisation de protection et de défense des droits humains.

Le 4 octobre 2018, le Parlement européen a adopté une résolution condamnant le harcèlement, les persécutions et la détention de Ahmed Mansoor et appelant à sa libération. La résolution indiquait également pour la première fois qu’il avait fait appel et qu’il était détenu à la prison d’al-Sadr à Abou Dhabi. Son lieu de détention n’a pas encore été vérifié de manière indépendante, la poignée de visites de sa famille ayant eu lieu dans les locaux du parquet.

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