Signer en ligne Aucune solution sûre pour les réfugiés de Manus

Dernière mise à jour le 13 novembre 2017

La fermeture du centre de détention de Lombrum le 31 octobre dernier suscite de graves inquiétudes pour la santé et la sécurité de centaines de réfugiés sur l’Île de Manus. Ces derniers se retrouvent avec un accès limité à la nourriture, à l’eau, à l’électricité et aux soins médicaux, en plus d’être exposés à des violences de la part de la communauté locale et des forces de sécurité de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Amnesty International dénonce régulièrement le traitement indigne des réfugiés sur l’Île de Manus : la politique de détention et de traitement des réfugiés mise en œuvre par l’Australie en Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis 2012 est à l’origine de violences systématiques dont sont victimes des centaines de réfugiés et demandeurs d’asile.

Le 31 octobre dernier, le gouvernement australien a supprimé l’ensemble du personnel et des services du centre de détention de Lombrum sur l’Île de Manus, où réfugiés et demandeurs d’asile souffrent depuis bientôt 5 ans de la politique offshore mise en place par le gouvernement australien. Les quelques 600 personnes détenues dans le camps ont reçu l’ordre de se rendre dans un centre dit "de transit" à Lorengau qui est pour le moment surpeuplé et en manque cruel de services de base en termes de sécurité, d’hygiène, d’accès à l’eau et à la nourriture.

Le grave manque d’accès à des soins médicaux et la détérioration rapide des conditions sanitaires soulèvent de graves inquiétudes pour leur santé et leur bien-être. Le centre n’étant plus approvisionné, les hommes ont dû creuser le sol pour trouver de l’eau et recueillir l’eau de pluie dans des poubelles car leurs réserves d’eau s’épuisent. Au cours de la dernière semaine d’octobre, des réfugiés et des demandeurs d’asile ont aussi reçu des médicaments en vrac qui doivent leur suffire pour un mois. Depuis, deux problèmes médicaux ont été signalés à Amnesty International – un cas de crise d’épilepsie et un cas de tentative d’automutilation – et aucune aide médicale n’a été fournie.

De plus, les réfugiés et demandeurs d’asile craignent avec raison leur déplacement vers un tel centre, situé plus près des habitations : des réfugiés ont déjà été attaqués dans la ville de Lorengau par les communautés locales, parfois à coup de machettes, laissant ainsi plusieurs personnes gravement blessées. Ni le gouvernement australien ni celui de Papouasie-Nouvelle-Guinée n’a prise les mesures nécessaires pour assurer la protection des réfugiés contre une telle violence.

Six décès survenus dans des circonstances alarmantes depuis 2014

Fin octobre 2017, un sixième décès survenu à l’Hôpital de Lorengau sur l’île de Manus en Papouasie Nouvelle Guinée reflétait une nouvelle fois la situation dramatique sur l’île pour les réfugiés. Le corps d’un réfugié sri-lankais de 33 ans avait en effet été découvert le 2 octobre dernier dans la blanchisserie de l’hôpital de Lorengau. Il avait été admis sur l’île le 29 septembre afin d’être soigné pour des blessures physiques, causées par des automutilations, et des troubles de santé mentale. La police a ouvert une enquête sur les circonstances de sa mort, laissant entendre qu’il s’agissait d’un suicide. Le gouvernement australien aurait demandé à sa famille de verser 6000 dollars américains (environ 5000 euros) pour que son corps soit rapatrié au Sri Lanka. Il est la sixième personne dont la mort est liée à la délocalisation par l’Australie du traitement des demandes d’asile sur l’île de Manus depuis 2014.

Sa mort survient moins de deux mois après que le corps d’un demandeur d’asile iranien, Hamed Shamshiripour, a été retrouvé dans des buissons près du centre pour réfugiés de Lorengau. Malgré les demandes en faveur d’une enquête indépendante sur sa mort, rien n’a encore été fait et les résultats de l’autopsie n’ont pas été communiqués à sa famille. Amnesty International dénonce la politique australienne de traitement des réfugiés qui expose des centaines de personnes à des soins de santé inadaptés et d’attaques violentes systématiques.

Les cas de violences répertoriés à l’encontre des réfugiés se multiplient

Des centaines de réfugiés et de demandeurs d’asile ayant fui les persécutions sont actuellement pris au piège sur l’île de Manus, où ils risquent d’être victimes de violentes attaques et de mauvais traitements par certains habitants de l’île. Après avoir essayé de demander l’asile en Australie, les réfugiés ont été transférés de force sur Manus par le gouvernement et nombre d’entre eux sont coincés sur l’île depuis plusieurs années. Le système délibérément abusif de l’Australie a entraîné de graves problèmes de santé mentale et des souffrances parmi les réfugiés et demandeurs d’asile.

Les réfugiés ont été victimes d’agressions physiques et de violences verbales de la part des habitants de l’île et des membres de la police et des forces armées. Ils ne peuvent pas quitter l’île, sauf s’ils prennent la décision de rentrer dans le pays qu’ils ont fui, souvent pour des raisons de violences ou parce qu’ils s‘y sentaient menacés.

Amnesty International a recueilli des informations sur plusieurs cas de violences, dont celles du le 14 avril 2017, lorsque des militaires de Papouasie-Nouvelle-Guinée ont tiré plusieurs coups de feu dans le centre de détention. Ces dernières semaines, la situation s’est détériorée et plusieurs attaques menées par des habitants contre des réfugiés ou des demandeurs d’asile ont été signalées. Des personnes auraient été gravement blessées dans ces attaques et auraient dû être hospitalisées.

Exigez du gouvernement australien qu’il prenne ses responsabilités ! Mettons fin au calvaire des réfugiés et demandeurs d’asile de l’Île de Manus !

En Août 2012, l’Australie a mis en place un système de détention des réfugiés hors de ses frontières, dans le cadre duquel toute personne arrivant en bateau sur u n territoire extérieur de l’Australie est placée en détention dans un centre de traitement à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée. À la mi-2013, le pays a adopté une nouvelle loi au titre de laquelle toute personne arrivant en bateau sur le territoire Australien, y compris en Australie continentale, se voit interdire de demander l’asile dans le pays. Les autorités australiennes affirment que cette politique décourage les passeurs et protège les migrants qui, ainsi, n’entreprennent pas la périlleuse traversée pour atteindre le pays. Le gouvernement n’a cependant pas publiquement reconnu que cette politique de détention et de traitement des réfugiés hors de ses frontières représente en réalité une mesure punitive et a eu pour conséquence de soumettre des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à des violences systématiques sur l’île de Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et à Nauru.

L’île de Manus se situe à 300 kilomètres au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Près de 800 réfugiés et demandeurs d’asile s’y trouvent actuellement.

Le 26 avril 2016, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée a statué qu’il était illégal de transférer et de placer des demandeurs d’asile en détention sur l’île de Manus et que cela bafouait le droit à la liberté individuelle garanti par la Constitution de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le ministre de l’Immigration australien a alors annoncé que le centre pour réfugiés de l’île de Manus serait fermé, mais que les personnes qui y étaient détenues ne seraient pas conduites en Australie.

Le centre de transit de Lorengau aurait été construit pour accueillir entre 300 et 400 personnes, or près de 800 personnes se trouvent actuellement au centre de détention. Leur transfert au centre de transit entraînerait une surpopulation dangereuse, mais de plus, le centre de transit de Lorengau se situe plus près des habitants de l’île, dont certains ont mené des attaques contre des réfugiés et demandeurs d’asile.

Les récentes violences ont exacerbé les inquiétudes des réfugiés quant à leur transfert forcé vers le centre de transit. Ils ont organisé des manifestations contre le transfert et ont lancé des appels à l’aide sur les réseaux sociaux. D’après les informations d’Amnesty International, afin de forcer les réfugiés à accepter le transfert, les autorités ont rendu les conditions au centre de détention plus difficiles et ont menacé les réfugiés de les arrêter s’ils ne se rendaient pas au centre de transit de Lorengau. Les autorités n’ont cependant pas confirmé ces informations.

Amnesty International a demandé que le centre de détention pour réfugiés sur l’île de Manus soit fermé et que tous les réfugiés et demandeurs d’asile soient mis en sécurité en Australie. Si la fermeture du centre de détention se traduit uniquement par le déplacement des réfugiés vers un centre de transit en Papouasie-Nouvelle-Guinée, leurs droits seront encore davantage menacés. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a publiquement exprimé ses inquiétudes quant à la détérioration de la situation et a déclaré que « la fermeture du centre de l’île Manus ne doit avoir lieu qu’à la condition que les services vitaux continuent d’être assurés, conformément aux obligations actuelles de l’Australie envers les réfugiés et les demandeurs d’asile que le pays a transférés en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Nauru. »

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