Signer en ligne Des milliers de disparus face à l’oubli en Syrie

Depuis 2011, plus de 82 000 Syriens ont disparu sans laisser de traces. Les familles de ces personnes ne demandent qu’une seule chose : connaître les lieux où se trouvent leurs proches.

En Syrie, les campagnes de disparitions forcées disséminent la peur et l’angoisse collective auprès de la population et permet de supprimer toute forme d’opposition. Activistes pacifistes, avocats, journalistes, docteurs et travailleurs humanitaires sont systématiquement visés pour le simple fait de contredire le régime.

« Les journées sont très longues et difficiles. L’espoir me fait tenir et me pousse à travailler dur pour leur libération. Je ne perds jamais espoir de les voir revenir. J’imagine sans cesse le moment où j’apprendrai qu’ils ont été relâchés. » Fadwa Mahmoud, militante syrienne dont le fils et le mari ont disparu

Au cours du mois de juillet 2018, des centaines de familles syriennes ont appris la mort de leurs proches disparus dans les tristement célèbres prisons syriennes, par la publication de dossiers par le gouvernement. Ni les raisons de la disparition ni les causes de décès n’ont été précisées ; les dépouilles ne sont pas restituées et les lieux d’inhumation sont gardés secret.

Une menace qui n’émane pas seulement du régime de Damas

Si la grande majorité des personnes qui ont disparu en Syrie se sont évaporées dans le réseau de centres de détention du gouvernement, plus de 2 000 personnes ont disparu après avoir été arrêtées par des groupes armés d’opposition et le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI).

Selon Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International :

« Les responsables présumés des disparitions forcées en Syrie jouissent d’une impunité totale. La communauté internationale doit s’intéresser à cette question à chaque occasion, notamment lors des pourparlers de paix à Genève et Astana. Sinon, les générations futures en paieront les conséquences et les perspectives de cicatrisation et de réconciliation seront compromises ».

La communauté internationale sans réaction

Depuis 2014, les enjeux liés à la détention, aux enlèvements et aux disparitions forcées en Syrie font l’objet d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui appelle à mettre fin à la torture et autres maltraitances en détention, à la disparition forcée et à la libération des personnes détenues arbitrairement et enlevées.

Les Nations Unies dénoncent également la passivité de la communauté internationale face aux crimes de guerre et aux crimes contre l’humanité commis par le gouvernement syrien en centre de détention ainsi que par d’autres parties prenantes du conflit

C’est la raison pour laquelle la Russie, la Turquie et l’Iran, en particulier, doivent user de leur influence pour faire pression respectivement sur le gouvernement syrien et les groupes armés d’opposition, afin de permettre à des observateurs indépendants de se rendre dans les lieux de détention, de dévoiler les noms des personnes privées de liberté et le lieu où elles se trouvent, et de permettre à tous les détenus de communiquer avec leurs familles.

Il demeure difficile d’évaluer dans quelle mesure l’augmentation de la pression publique et politique a pu servir l’amélioration des conditions de ces personnes étant donné que les autorités ont refusent l’accès aux centres de détention à des organes indépendants.

Lorsque les négociations entre les parties syriennes sous les auspices de International Syria Support Group (ISSG) ont eu lieu en 2015, la crise humanitaire en cours dans les centres de détention et les crimes de guerre contre l’Humanité commis dans ces établissements ont été ignorés.

Parallèlement, les négociations prédominantes se sont centrées sur un cessez-le-feu et l’instauration d’un couloir humanitaire. De la même manière, la seule discussion tenue à Genève et Astana sur la problématique de la détention était liée à l’échange de prisonniers, marginalisant la situation des détenus qui sont pris pour cible à cause de leurs activités liées aux droits humains.

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