Signer en ligne Le Burundi doit lutter contre l’impunité

Le 26 avril 2015, des manifestations ont éclaté au Burundi après que le président Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il briguerait un troisième mandat. Des opposants politiques ont été pris pour cible et tués par les forces de sécurité. Entre avril 2015 et avril 2016, les Nations unies ont recensé 564 cas d’exécutions extrajudiciaires.

EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES ET IMPUNITÉ

L’enquête indépendante des Nations unies sur le Burundi a conclu que la plupart des victimes étaient des opposants, réels ou supposés, au troisième mandat du président, ou qu’elles étaient des membres de partis politiques d’opposition. Cette enquête a par ailleurs permis d’identifier certains membres des forces de sécurité, souvent soutenus par les Imbonerakure (la branche jeunesse du parti au pouvoir), comme les responsables de ces homicides à grande échelle.

Jean Népomucène Komezamahoro, jeune homme de 15 ans, simple spectateur d’une manifestation étudiante ; Jean Bigirimana, journaliste d’Iwacu ; Zedi Feruzi, président de l’Union pour la paix et la démocratie–Zigamibanga (UPD-Zigamibaga) ; son porte-parole, Patrice Gahungu ; Esdras Ndikumana, journaliste burundais respecté ; Pierre Claver Mbonimpa, un éminent défenseur des droits humains ; son fils Welly Fleury Nzitonda ; Christophe Nkezabahizi, caméraman de la télévision nationale ; Evariste Mbonihankuye, employé de l’Organisation Internationale des Migrations ; Marie Claudette Kwizera, trésorière de l’organisation de défense des droits humains, Ligue Iteka … Tous ont été victimes de la vague de répression qui sévit au Burundi depuis avril 2015. Les enquêtes les concernant n’ont à ce jour pas abouti.

DES INVESTIGATIONS BIAISÉES

Suite aux nombreux appels des lancés par des organisations nationales, internationales et des Nations Unies réclamant que des investigations soient menées sur les violations perpétrées, le gouvernement a publié un rapport visant à « faire la lumière sur le mouvement insurrectionnel qui a commencé en avril 2015 ». Celui-ci conclut que les personnes impliquées dans les manifestations ont organisé une insurrection dans le but de renverser le gouvernement.

De même, la commission d’enquête sur les exécutions extrajudiciaires qui auraient été commises le 11 décembre 2015 et la découverte de possibles fosses communes conclut dans son rapport de mars 2016 que toutes les personnes qui ont été enterrées avaient pris part aux combats. Cependant, les enquêtes d’Amnesty International présentent une version différente qui révèle des échanges de tirs suivis d’une opération de ratissage à l’origine de ce massacre. Une fois de plus, les autorités éludent les allégations selon lesquelles des atteintes flagrantes aux droits fondamentaux auraient été commises par les forces de sécurité ou les Imbonerakure.

Enfin, bien qu’il soit membre du Conseil des droits de l’Homme, le gouvernement ne coopère plus avec les équipes internationales d’investigation. Le 10 octobre 2016, celui-ci a déclaré personae non gratae trois experts indépendants qui étaient membres de l’Enquête indépendante des Nations unies sur le Burundi. Il a également refusé de coopérer avec la Commission d’enquête sur le Burundi créée par le Conseil des droits de l’Homme en septembre 2016.

EXHORTEZ LE GOUVERNEMENT DU BURUNDI À RENDRE JUSTICE

Le gouvernement du Burundi n’a pris aucune véritable mesure pour traduire en justice les responsables d’atteintes flagrantes aux droits humains. Exigez que ces personnes soient tenues de rendre des comptes. Demandez aux autorités burundaises de prendre des mesures pour lutter contre l’impunité au moyen d’enquêtes et de procédures judiciaires indépendantes, impartiales et efficaces.

JEAN NÉPOMUCÈNE KOMEZAMAHORO

Jean Népomucène Komezamahoro, que sa famille et ses amis appelaient simplement Jean Népo, n’avait que 15 ans quand la police lui a pris la vie en l’abattant.

Un manifestant a déclaré à Amnesty International qu’il avait vu la police tirer sur Jean Népo le 26 avril 2015, près de l’Université Espoir d’Afrique à Ngagara 2, un quartier de Bujumbura, la capitale du pays. D’après des témoins et des proches de Jean Népo, il ne participait pas à des manifestations.

« Les manifestants se sont rendus dans le quartier n° 8, avenue Buconyori. La police est arrivée de la direction du quartier de Mutakura avec le commissaire Ayubu et a commencé à tirer. Jean Népo a fui vers une porte. Il n’a pas pu entrer car les gens, effrayés, s’étaient enfermés à l’intérieur. Jean s’est retourné, a trébuché sur des pierres, est tombé et les policiers lui ont tiré une balle dans la tête. Il était à genoux et a dit à la police qu’il ne participait pas aux manifestations. Il n’avait rien à la main. La police lui a tiré dessus et des policiers, dont le commissaire Ayubu, ont fui et sont allés en direction de Kanyoni. La police a tiré sur d’autres manifestants pour les disperser. » – Un manifestant ayant assisté à la scène.

Le certificat de décès indique que Jean Népomucène Komezamahoro a été tué dans une « fusillade ».

Les autorités n’ont mené aucune enquête sur la mort de Jean Népo. Les personnes soupçonnées d’être responsables de sa mort font toujours partie des forces de police.

ZEDI FERUZI

Le 23 mai 2015 vers 19 h 30, Zedi Feruzi, président de l’Union pour la paix et la démocratie-Zigamibanga (un parti d’opposition), et l’un de ses gardes du corps membre des unités de police chargées de l’Appui pour la Protection des Institutions (API) ont été tués à Ngagara, alors que Zedi Feruzi rentrait chez lui à pied. Jean-Baptiste Bireha, un journaliste gravement blessé lors des faits, a déclaré à France Inter lors d’un entretien à la radio que les assaillants portaient des uniformes de l’API.

Deux autres témoins ont confirmé qu’il s’agissait de policiers de l’API. L’un des témoins a reconnu l’un des policiers. Le même jour, un communiqué de presse sur le site du président Pierre Nkurunziza ordonnait aux autorités compétentes de mener une enquête dans les plus brefs délais.

À ce jour, personne n’a été traduit en justice pour la mort de Zedi Feruzi. Sa femme a été forcée à s’exiler.

JEAN BIGIRIMANA

Avant sa disparition, Jean Bigirimana travaillait pour le journal hebdomadaire burundais indépendant Iwacu. Le 22 juillet 2016, Jean Bigirimana a quitté son domicile de Bujumbura, la capitale, pour se rendre à Bugarama, dans la province de Muramvya. Il a disparu en route.

D’après Iwacu, il a quitté son domicile après avoir reçu un appel du Service national de renseignement (SNR).

Trois jours après sa disparition, Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police, a affirmé que les forces de sécurité n’étaient pas responsables de sa disparition. Willy Nyamitwe, alors conseiller en communication du président, a déclaré que le gouvernement menait une enquête sur le sujet. La Commission nationale indépendante des droits de l’homme a mené une enquête sur la disparition de Jean Bigirimana. Le 5 août 2016, la Commission a clos son enquête en déclarant qu’elle n’avait pas réussi à retrouver Jean Bigirimana ou à obtenir plus d’informations sur l’endroit où il se trouvait.

Au cours des six derniers mois, Godeberthe Hakizimana, la femme de Jean Bigirimana, a reçu de graves menaces pour avoir dénoncé la disparition de son mari. En mars 2017, un graffiti menaçant a été découvert sur un commerce devant chez elle dont elle est propriétaire. En juin, Iwacu a indiqué qu’une note lui demandant de cesser de voyager et de dire du mal de son pays aux enquêteurs des Nations unies chargés d’enquêter sur les violations des droits humains au Burundi avait été déposée chez elle.

On est toujours sans nouvelles de Jean Bigirimana. Ses collègues d’Iwacu et sa famille craignent le pire.

ESDRAS NDIKUMANA

Esdras Ndikumana est un journaliste burundais bien connu, correspondant de Radio France Internationale (RFI) et de l’Agence France Presse (AFP). Il a été arrêté par des agents du SNR le 2 août 2015, alors qu’il prenait des photos sur les lieux de l’attaque qui a causé la mort du général Adolphe Nshimirimana. Il a été torturé durant sa détention.

Esdras Ndikumana se préparait à aller à l’église le 2 août 2015 au matin, lorsqu’il a appris la mort du général Adolphe Nshimirimana, ancien chef du SNR. Avant d’aller à l’église, il a décidé de s’arrêter à l’endroit où le général avait été tué. Lorsqu’il est arrivé sur place, un grand nombre de militaires étaient présents et il a donc été prudent et a vérifié s’il pouvait faire son travail en toute sécurité. Il a reconnu deux représentants du gouvernement et des membres des forces de sécurité sur les lieux et a demandé l’autorisation avant de commencer à prendre des photos. Il a alors vu trois hommes qui se parlaient. Les trois hommes ont appelé un agent de rang inférieur et ont montré Esdras Ndikumana du doigt. L’agent a emmené Esdras Ndikumana et l’a embarqué violemment dans un pick-up. Dans le pick-up, Esdras Ndikumana a reçu plusieurs coups de poing, sous les yeux des responsables burundais présents. Il a été placé en détention au siège du SNR à Bujumbura où il dit avoir été torturé pendant environ deux heures.

Les services du président Pierre Nkurunziza ont rapidement condamné les faits dans un communiqué de presse le 13 août. Le communiqué indiquait qu’une enquête sur les allégations de torture d’Esdras Ndikumana au cours de sa détention serait menée et que les auteurs de ces actes seraient poursuivis et sanctionnés. À mesure que le temps passait, Esdras Ndikumana et ses employeurs ont réalisé qu’aucune des actions promises par le président n’avait été entreprise. Ils ont décidé de porter officiellement plainte contre X (ce qui signifie que la victime n’est pas en mesure de nommer les auteurs des violations) auprès du procureur général le 19 octobre 2015. À la fin de l’année 2016, le procureur chargé de l’affaire a demandé à Esdras Ndikumana de fournir les noms des personnes qui l’avaient frappé, afin qu’il puisse ouvrir l’enquête. Cependant, le procureur n’a pas besoin de noms pour lancer des enquêtes dans le cadre d’une plainte contre X.

Esdras Ndikumana est depuis victime d’une campagne de diffamation en ligne lancée par les sympathisants du gouvernement burundais actuel. En mai 2016, le ministre de la Sécurité publique a accusé Esdras Ndikumana de s’être montré partial dans le cadre de ses activités journalistiques, de servir des intérêts étrangers et de promouvoir le crime et la violence au Burundi.

Il vit actuellement en exil.

PIERRE CLAVER MBONIMPA

Le 3 août 2015, Pierre Claver Mbonimpa a survécu de peu à une tentative de meurtre à Bujumbura alors qu’il rentrait chez lui après le travail. Pierre Claver Mbonimpa est le président de l’Association burundaise pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH). Il était l’un des principaux détracteurs de la candidature du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat en 2015. L’attaque a eu lieu le lendemain de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, qui était le chef de la sécurité auprès du président. Dans un état critique après avoir reçu une balle dans le cou, Pierre Claver Mbonimpa a été autorisé à recevoir des soins à l’étranger.

À la suite de la tentative de meurtre en août 2015, plusieurs membres de l’association de Pierre Claver Mbonimpa ont reçu des menaces et ont été surveillés. En octobre 2015, Pascal Nshimirimana, le gendre de Pierre Claver Mbonimpa, a été tué par les forces de sécurité devant chez lui. Un mois plus tard, Welly Fleury Nzitonda, le fils de Pierre Claver Mbonimpa, a également été tué par les forces de sécurité. Il semble que ces meurtres soient liés au travail de Pierre Claver Mbonimpa et de l’APRODH en faveur des droits humains.

À ce jour, les résultats de l’enquête sur cette affaire n’ont pas été révélés et personne n’a été tenu responsable.

Pierre Claver Mbonimpa vit en exil.

WELLY-FLEURY NZITONDA

Le 6 novembre 2015, des policiers ont tué Welly Fleury Nzitonda. Il était le fils de Pierre Claver Mbonimpa, un militant en faveur des droits humains de premier plan au Burundi qui avait survécu à une tentative de meurtre trois mois auparavant.

Le jour où il a été tué, Welly Fleury Nzitonda venait chercher des effets personnels chez lui à Mutakura, dans la région de Bujumbura. Il a été arrêté par des policiers qui effectuaient une patrouille de routine à 11 heures. Lorsqu’ils ont découvert que Welly Fleury Nzitonda était le fils de Pierre Claver Mbonimpa, les policiers l’auraient arrêté. Ils l’ont conduit dans une maison où il aurait été tué par le chef de la police locale. Son corps a été découvert plus tard ce jour-là.

Le meurtre de Welly Fleury Nzitonda a eu lieu après la tentative de meurtre dont a été victime son père le 3 août et le meurtre de son beau-frère le 9 octobre.

Pierre Claver Mbonimpa n’a pas pu assister à l’enterrement de son fils, car il se remettait des blessures provoquées par sa tentative de meurtre. Il a envoyé un message encourageant les Burundais à garder l’espoir que la crise au Burundi prendra un jour fin.

MARIE-CLAUDETTE KWIZERA

Marie Claudette Kwizera, militante en faveur des droits humains et trésorière de la Ligue Iteka, la principale organisation de défense des droits humains du pays, a disparu depuis le 10 décembre 2015. Marie Claudette Kwizera a été enlevée par des personnes qui seraient membres du SNR, près de la polyclinique centrale de Bujumbura.

Le 12 décembre 2015, deux jours après l’enlèvement de Marie Claudette Kwizera, un agent du SNR a informé sa famille qu’elle était détenue dans les locaux du SNR, et a demandé 3,5 millions de francs burundais de rançon. Bien que ses proches aient payé la rançon, ils n’ont jamais su où elle était. Ils ont déposé une plainte à ce sujet et l’agent a été arrêté, mais a ensuite été libéré, d’après la Ligue Iteka. Le 13 janvier 2016, une personne de la famille de Marie Claudette Kwizera s’est rendue aux locaux du SNR et n’a pas été autorisée à entrer.

À la suite de la disparition de Marie Claudette Kwizera, la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH) a lancé une campagne en ligne intitulée #FreeMarieClaudette et #SaveMarieClaudette, demandant une enquête indépendante sur sa disparition.

On ignore toujours où elle se trouve. Beaucoup de personnes craignent qu’elle ait été tuée.

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