Signer en ligne La coopération UE-Libye renforcée pour repousser les migrants

Amnesty International demande aux dirigeants de l’Union européenne (UE) d’intensifier les efforts pour sauver des vies en Méditerranée et de cesser de coopérer aux renvois des personnes migrantes en Libye.

De nombreux migrants et réfugiés tentent une traversée périlleuse de la Méditerranée au départ de la Libye, fuyant les conflits et la misère. La route migratoire de la Méditerranée centrale a enregistré des records de flux de départ en 2016 et début 2017. Pourtant, les gouvernements européens ont réduit leurs efforts de patrouille en mer Méditerranée, notamment aux abords des côtes libyennes où des naufrages ont lieu. En 2016, 4 581 personnes ont trouvé la mort dans la traversée dangereuse de la mer Méditerranée alors qu’ils essayaient d’atteindre l’Europe.

une coopération accrue avec les garde-côtes libyens en dépit des droits humains

La coopération des gouvernements européens avec les garde-côtes libyens aboutit à de nombreux abus. En effet, les interceptions de navires en mer conduites par les Libyens violent souvent les conventions internationales, notamment par l’utilisation d’armes à feu. Les réfugiés et migrants interceptés en mer sont reconduits vers la Libye, un pays où la détention systématique, la torture, le viol et les violations des droits humains sont rapportés par notre organisation.

En effet, l’UE participe d’ores-et-déjà à la formation des garde-côtes libyens ainsi qu’au financement de leurs opérations. De plus, le gouvernement italien a récemment décidé d’affréter plusieurs navires de guerres en vue de renforcer les capacités de sauvetage et de secours des garde-côtes libyens. Cette mesure va permettre aux garde-côtes libyens de multiplier les interceptions d’embarcations de migrants et de réfugiés pour les reconduire jusqu’en Libye, exposant ainsi plus d’hommes, de femmes et d’enfants à d’horribles abus tels que la torture, le viol, la détention arbitraire et indéfinie.

Les ONG de secours et sauvetage en Méditerranée centrale mises à mal

Les ONG de secours et de sauvetage opérant en Méditerranée centrale font l’objet d’une campagne d’une diffamation. En Belgique, le Secrétaire d’État à l’asile et la migration Théo Francken les a notamment accusés en mars dernier d’engendrer davantage de morts en mer.

À ce jour, ces ONG pallient la présence insuffisante de navire dans les zones maritimes où les naufrages sont courants et préviennent le renvoi des réfugiés et migrants vers la Libye, où ils subissent des violations des droits humains.

Les lacunes en matière de protection créées par la présence insuffisante de navire dans ces zones maritimes, couplées d’une coopération accrue des gouvernements européens avec les garde-côtes libyens, mettent plus que jamais en danger les vies des migrants et réfugiés.

Le ministre italien de l’Intérieur a notamment imposé aux ONG un code de conduite - qui restreint par exemple le transfert des personnes secourues d’un navire à un autre - pouvant ainsi nuire à l’efficacité de leurs opérations. De surcroît, la Libye a récemment délimité sa propre zone de secours maritime - sans fondement légal - et menacé les ONG présentes dans les eaux internationales proches de ses côtes. C’est dans ce contexte que plusieurs d’entre elles ont décidé de suspendre temporairement leurs activités de recherche et de sauvetage.

Sauvez des vies ! Interpellez le Premier Ministre belge

Sauver des vies ne se limite pas aux seules activités de secours et sauvetage en mer, mais implique également la reconduite des personnes secourues, en besoin de protection, en lieux sûrs où elles peuvent être assistées et protégées.

Sauver des vies devrait être une priorité ainsi qu’une obligation morale et légale pour tous les gouvernements. Ceci inclut de freiner toute coopération qui renforcerait le système de détention en Libye et toute complicité avec les abus dont souffrent les réfugiés et migrants en Libye.

Interpellez le gouvernement belge pour sauver des vies ! Signez notre pétition.

 

Amnesty International est particulièrement concerné par la stigmatisation, le harcèlement et la criminalisation constante du travail humanitaire mené par les ONG qui secourent les migrants et réfugiés en Méditerranée Centrale. La campagne calomnieuse contre les ONG a atteint un niveau inégalé dans les semaines récentes, en particulier en Italie.

Introduction d’un code de conduite pour les ONG de recherche et sauvetage

Dans ce contexte, le Ministre de l’Intérieur a imposé la signature du Code de conduite aux ONG, imposant de nouvelles règles à respecter lors des opérations de sauvetage - notamment des restrictions concernant le transfert des personnes secourues d’un navire à l’autre - dont l’application à l’aveugle pourrait réduire la capacité des ONG à patrouiller et secourir de la façon la plus efficiente.

Renforcement des capacités des garde-côtes libyens

Si l’Italie entrave le travail humanitaire des ONG, elle participe également au renforcement des capacités des garde-côtes libyens à intercepter les personnes en mer en leur fournissant des moyens d’interventions. Le 1er août dernier, le Parlement italien a voté l’affrètement de plusieurs navires de guerre aux garde-côtes libyens rendant ainsi possible davantage d’interceptions de migrants et réfugiés en mer et de retours vers la Libye. Cela fait de l’Italie et de l’UE les complices des abus infligés aux réfugiés et aux migrants débarqués en Libye.

Déclaration d’une zone maritime de secours libyenne

Les autorités libyennes ont annoncées la création de leur propre zone maritime de secours - une mesure applaudie par le Ministre de l’Intérieur italien - d’où serait exclue les ONG conduisant des opérations humanitaires - et ont ouvertement menacée celles-ci. Bien qu’il n’existe pas de base légale à cette interdiction, les ONG humanitaires estiment que la sécurité de leurs opérations et de leurs équipages ne peut plus être assurée dans de telles circonstances. La déclaration d’une zone maritime de secours par la Libye constitue une étape supplémentaire dans la stratégie d’externalisation poursuivi par les autorités italiennes et européennes.

Suspension temporaire des opérations de recherche et de sauvetage menées par les ONG

Dans ce contexte, plusieurs ONG ont annoncé la suspension de leurs opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée centrale dont Médecins Sans Frontière, Save the children, et Sea Eye pour des raisons sécuritaires.

Les menaces des garde-côtes libyens envers les ONG s’ajoutent à un contexte de campagne diffamatoire visant à criminaliser les ONG qui sauvent des vies et qui se sont engagées pour pallier aux manquements des gouvernements EU. En l’absence d’opérations navales européennes dédiées aux activités de recherche et de sauvetage, la suspension des activités des ONG créera une brèche fatale dans les capacités de recherche et de sauvetage, causant par conséquent plus de morts en mer.

Plusieurs incidents ont illustré l’incapacité des garde-côtes libyens à conduire des opérations de sauvetage et de secours qui ne mettent pas en danger des vies. Les ONG à présent écartées, les garde-côtes libyens vont probablement multiplier les interceptions d’embarcations de migrants et de réfugiés pour les reconduire jusqu’en Libye, exposant ainsi plus d’hommes, de femmes et d’enfants à d’horribles abus tel que la torture, le viol, la détention arbitraire et indéfinie.

Amnesty International dénonce la stratégie des gouvernements italiens et européens qui consiste, d’une part, à repousser les ONG de la zone de la Méditerranée centrale et de ses côtes libyennes, et d’autre part, à former et équiper les gardes-côtes libyens facilitant ainsi les interceptions et les renvois des réfugiés et migrants vers la Libye.

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