Signer en ligne Les civils : premières victimes de la guerre oubliée du Yémen

La population yéménite piégée dans un conflit international

Depuis septembre 2014, le Yémen est marqué par une guerre civile menée par les Houthis, un groupe armé insurgé face au gouvernement du président Hadi, nouvellement élu suite à la révolution yéménite de 2011. Le conflit, qui s’est internationalisé suite à l’intervention d’une coalition de 9 pays menée par l’Arabie saoudite, s’est encore intensifié à la suite des premières frappes aériennes du 25 mars 2015. En résulte la souffrance des populations piégées entre les attaques terrestres des Houthis et les frappes aériennes des membres de la coalition. De manière générale, ce conflit a fait 7 400 morts, dont 1 400 enfants, ainsi que 40 000 blessés selon les chiffres de l’ONU. Par ailleurs, plus d’un quart de la population yéménite, soit 7 millions de personnes, est au bord d’une famine liée à la poursuite du conflit armé selon la déclaration du coordinateur humanitaire de l’ONU pour le Yémen du 21 février 2017.

La distribution de l’aide humanitaire est en effet restreinte intentionnellement par les parties au conflit armé qui limitent les interventions et les opérations humanitaires. À cet égard, la coalition aurait restreint la distribution de l’aide, notamment par le biais d’un blocus aérien et maritime partiel.

Violation du droit humanitaire international

La coalition internationale mène des attaques sur des infrastructures civiles au mépris total de leur statut protégé par le droit international humanitaire. Selon le Groupe d’experts des Nations unies sur le Yémen, “119 frappes de la coalition liées à des violations du droit international humanitaire” ont été recensées. Ces attaques ont pour certaines été commises sans discernement et d’autres semblent avoir délibérément visé des infrastructures fréquentées par des civils, ce qui en ferait des crimes de guerre

Des chercheurs d’Amnesty International confirment les bombardements d’écoles et d’hôpitaux, de marchés ou encore de bâtiments commerciaux. Ces attaques disproportionnées ou aveugles menées par la coalition ne sont ni plus ni moins que des violations au droit international humanitaire qui protège les infrastructures civiles des attaques “stratégiques” liées à un conflit. Les forces de la coalition ont également usé de munitions dévastatrices et imprécises, interdites au niveau international. Ces bombes à sous-munitions sont en effet un risque imprévisible et permanent pour les civils, car elles couvrent des surfaces étendues et n’explosent parfois qu’après le premier impact,

Une responsabilité internationale

Le conflit yéménite soulève la question de la responsabilité à l’échelle internationale. L’impunité des attaques contre les civils ne peut être ignorée et Amnesty International soutient l’intervention des organes internationaux dans le règlement de ce conflit dévastateur.

Amnesty International demande par ailleurs aux pays qui fournissent des armes aux belligérants une plus grande transparence dans le processus de transfert, en appliquant notamment le principe de précaution.

Plus encore, Amnesty International soutient le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme dans sa création d’ “un organe d’enquête international et indépendant qui sera chargé de mener des enquêtes approfondies” au Yémen. La création d’un tel organe permettra notamment de poursuivre les auteurs des exactions commises et de rendre justice aux victimes du conflit.

Et la Belgique dans tout ça ?

À priori, on pourrait penser que nous sommes bien éloignés de cette guerre et du quotidien des Yéménites... Mais ce serait sans compter les importantes commandes d’armes légères et de petits calibres que passe l’Arabie Saoudite à la Wallonie, jusqu’à en faire son premier fournisseur européen en la matière.

La Belgique fait pourtant partie des États ayant ratifié le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) le 3 juin 2014, qui vise à “réduire la souffrance humaine” au moyen de nouvelles règles mondiales régissant le commerce des armes. Cet outil de droit international précise que toutes les transactions doivent être évaluées selons des critères stricts, notamment le risque que ces armes soient utilisées pour commettre de graves violations des droits humains ou des crimes de guerre. Par ailleurs, la Belgique a été le premier pays à reconnaître le caractère contraignant du code de conduite de l’Union européenne en matière d’exportation d’armes en l’intégrant dans sa législation en 2003. Mais si la législation européenne est contraignante, il appartient à chaque État membre de décider d’exporter des armes vers un pays tiers. En Belgique, cette compétence a été régionalisée.

RESPECT DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Les violations du droit international humanitaire sont constatées quotidiennement au Yémen. Nous ne pouvons décemment pas demeurer passifs face à cette situation. Nous lançons donc une pétition adressée à la Région Wallonne, et plus particulièrement au Ministre-Président Paul Magnette.

Afin de s’assurer que la Wallonie ne soit pas involontairement complice de violations des droits humains au Yémen, nous demandons que la traçabilité des armes belges exportées soit améliorée. La législation actuelle ne permet en effet pas de savoir avec précision qui en est le destinataire final, ni quel usage en sera fait dans un futur proche ou éloigné. Nous demandons également une plus grande transparence en matière de transferts d’armes, car la Région wallonne ne publie un rapport sur la question qu’une seule fois par an, ce qui rend difficile toute actualisation liée aux exportations d’armes en Arabie saoudite.

En définitive, nous réclamons surtout le respect du principe de précaution. Nous n’avons actuellement aucun moyen de savoir ce que deviennent les armes belges vendues au royaume saoudien. Il n’est pas impossible qu’elles soient utilisées dans le conflit yéménite par l’une ou l’autre partie et qu’elles participent le cas échéant à de graves violations du droit international et des droits humains. Respecter le principe de précaution, c’est affirmer que le respect des droits humains doit être le premier critère à respecter lorsque l’on exporte des armes.

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