Signer en ligne Les civils : premières victimes de la guerre oubliée du Yémen

Depuis septembre 2014, le Yémen est frappé par une guerre civile menée par les Houthis, un groupe armé insurgé face au gouvernement du président Hadi, élu suite à la révolution yéménite de 2011. Le conflit s’est internationalisé avec l’intervention d’une coalition de neuf pays menée par l’Arabie saoudite, et s’est aggravé avec les premières frappes aériennes du 25 mars 2015. En résulte la souffrance des populations, piégées entre les attaques terrestres des Houthis et les frappes aériennes des membres de la coalition.

DES VIOLATIONS MASSIVES DU DROIT HUMANITAIRE

La coalition internationale mène des attaques sur des infrastructures civiles au mépris total de leur statut protégé par le droit international humanitaire. Selon le Groupe d’experts des Nations unies sur le Yémen, « 119 frappes de la coalition liées à des violations du droit international humanitaire » ont été recensées. Ces attaques ont pour certaines été commises sans discernement et d’autres semblent avoir délibérément visé des infrastructures fréquentées par des civils, ce qui en ferait des crimes de guerre

Des chercheurs d’Amnesty International confirment les bombardements d’écoles et d’hôpitaux, de marchés ou encore de bâtiments commerciaux. Ces attaques disproportionnées ou aveugles menées par la coalition ne sont ni plus ni moins que des violations au droit international humanitaire qui protège les infrastructures civiles des attaques « stratégiques » liées à un conflit. Les forces de la coalition ont également usé de munitions dévastatrices et imprécises, interdites au niveau international. Ces bombes à sous-munitions sont en effet un risque imprévisible et permanent pour les civils, car elles couvrent des surfaces étendues et n’explosent parfois qu’après le premier impact.

UNE POPULATION DÉCIMÉE

De manière générale, ce conflit a déjà fait plus de 8 400 morts ainsi que 48 000 blessés selon les chiffres de l’ONU en août 2017. Par ailleurs, plus d’un quart de la population yéménite, soit 7 millions de personnes, est au bord d’une famine liée à la poursuite du conflit armé, toujours selon l’ONU. En outre, le pays doit faire face à une épidémie de choléra sans précédent, ayant déjà provoqué la mort de près de 2 000 personnes. Cette maladie va tuer un nombre beaucoup plus important de personnes en raison de l’effondrement des services de santé de base et du fait que près de 15 millions de personnes, soit plus de 55 % de la population, n’ont pas accès à des soins de santé de base ni à l’eau potable.

La distribution de l’aide humanitaire est restreinte intentionnellement par les parties au conflit armé, qui limitent les interventions et les opérations humanitaires. À cet égard, la coalition aurait restreint la distribution de l’aide, notamment par le biais d’un blocus aérien et maritime partiel.

La situation humanitaire désastreuse du Yémen ne résulte donc pas d’une catastrophe naturelle, mais d’un désastre provoqué par l’homme. Le conflit armé persistant et la manière dont il est mené ne font que contribuer à cette crise humanitaire et à l’exacerber.

LA BELGIQUE DOIT PRENDRE SES RESPONSABILITÉS

Le conflit yéménite soulève la question de la responsabilité à l’échelle internationale. L’impunité des attaques contre les civils ne peut être ignorée et Amnesty International soutient l’intervention des organes internationaux dans le règlement de ce conflit dévastateur.

Signez notre pétition pour demander au gouvernement belge de continuer à user de son influence pour que les parties au conflit respectent le droit international humanitaire et pour qu’une aide humanitaire soit apportée. La Belgique doit également soutenir la recommandation du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme pour la création d’« un organe d’enquête international et indépendant qui sera chargé de mener des enquêtes approfondies » au Yémen. La création d’un tel organe permettra notamment de poursuivre les auteurs des exactions commises et de rendre justice aux victimes du conflit.

Et la Belgique dans tout ça ?

À priori, on pourrait penser que nous sommes bien éloignés de cette guerre et du quotidien des Yéménites... Mais ce serait sans compter les importantes commandes d’armes légères et de petits calibres que passe l’Arabie Saoudite à la Wallonie, jusqu’à en faire son premier fournisseur européen en la matière.

La Belgique fait pourtant partie des États ayant ratifié le Traité sur le Commerce des Armes (TCA) le 3 juin 2014, qui vise à “réduire la souffrance humaine” au moyen de nouvelles règles mondiales régissant le commerce des armes. Cet outil de droit international précise que toutes les transactions doivent être évaluées selons des critères stricts, notamment le risque que ces armes soient utilisées pour commettre de graves violations des droits humains ou des crimes de guerre. Par ailleurs, la Belgique a été le premier pays à reconnaître le caractère contraignant du code de conduite de l’Union européenne en matière d’exportation d’armes en l’intégrant dans sa législation en 2003. Mais si la législation européenne est contraignante, il appartient à chaque État membre de décider d’exporter des armes vers un pays tiers. En Belgique, cette compétence a été régionalisée.

RESPECT DU PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Les violations du droit international humanitaire sont constatées quotidiennement au Yémen. Afin de s’assurer que la Région wallonne, dont l’Arabie saoudite est l’un des plus gros clients, ne soit pas involontairement complice de violations des droits humains au Yémen, nous demandons que la traçabilité des armes belges exportées soit améliorée. La législation actuelle ne permet en effet pas de savoir avec précision qui en est le destinataire final, ni quel usage en sera fait dans un futur proche ou éloigné. Nous demandons également une plus grande transparence en matière de transferts d’armes, car la Région wallonne ne publie un rapport sur la question qu’une seule fois par an et de manière très peu détaillée, ce qui rend difficile toute évaluation liée aux exportations d’armes en Arabie saoudite.

En définitive, nous réclamons surtout le respect du principe de précaution. Nous n’avons actuellement aucun moyen de savoir ce que deviennent les armes belges vendues au royaume saoudien. Il n’est pas impossible qu’elles soient utilisées dans le conflit yéménite par l’une ou l’autre partie et qu’elles participent le cas échéant à de graves violations du droit international et des droits humains. Respecter le principe de précaution, c’est affirmer que le respect des droits humains doit être le premier critère à respecter lorsque l’on exporte des armes.

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