Dossier pédagogique sur les droits des femmes

Dossier pédagogique

Pour l’enseignement primaire (5ème et 6ème années) et le premier degré du secondaire (1ère et 2ème année).

Sommaire

Introduction : Les rapports hommes- femmes dans l’histoire

1)La situation générale des femmes dans le monde
2)Egalité hommes-femmes
3)L’esclavage domestique
4)La traite des êtres humains
5)Les femmes en temps de guerre
6)Les femmes et l’Islam
7)Le port du voile à l’école
8)« Les crimes d’honneur »
9)Les femmes en Afghanistan
10)Les femmes en Arabie Saoudite

Introduction : Les rapports hommes-femmes dans l’histoire

Ce n’est pas nouveau, c’est une histoire vieille comme le monde : partout dans le monde, toutes les minutes, des femmes sont abusées, humiliées, agressées, violées, battues, exploitées, tuées, le plus souvent par les hommes qui les entourent. D’où vient cette idée que les femmes sont dangereuses, qu’il faut donc se méfier d’elles, les mettre à l’écart de la société ?

La femme apparaît comme mystérieuse, car elle seule peut donner la vie et mettre un enfant au monde. En Occident, sous l’influence de la religion chrétienne, des milliers de femmes ont été brûlées comme « sorcières ». Différentes civilisations, religions et coutumes enferment ces « diablesses » : voiles, tchadors, burkas, pieds atrophiés des Chinoises (serrer les pieds jusqu’à ce que les orteils rejoignent les talons), gynécées (appartements des femmes dans les maisons grecques et romaines), mutilations sexuelles… Comme s’il fallait sans cesse se protéger des femmes en les rendant invisibles.

Mais y a-t-il tant de différences entres les hommes et les femmes ?

Selon les clichés les plus répandus, les femmes seraient plus tournées vers les professions liées au contact humain (infirmières, gardiennes d’enfants, instituteurs,…) tandis que les hommes seraient plus attirés par le pouvoir (politique, police, armée, chasse,…). Mais faut-il accepter ce genre d’idées toutes faites ? Pourquoi les hommes n’auraient-ils pas droit à la tendresse, à l’émotion, à l’éducation ou aux tâches ménagères ? Et pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas diriger des grandes industries, s’occuper de la vie politique et de la sécurité ?

Sommes-nous enfermés dans « une nature », comme les animaux , ou sommes nous vraiment libres de faire un choix dans notre vie ?

Activité

 Dans quelles circonstances utilise-t-on des expressions telles que

« Montre que tu es un homme »
« Ne fais pas la fille »
« Quelle fillette ce garçon ! »

« C’est un garçon manqué »

 Que ressent-on lorsque l’on entend ce type de réflexion ?

 Décrivez vos jouets préférés. Classez-les en jouets pour filles ou jouets pour garçons.

Y a-t-il des jouets qui sont impossibles à classer, car ils peuvent plaire aux deux sexes ?

Comment expliquez-vous le fait que l’on trouve beaucoup moins de femmes parmi les « hommes célèbres » (compositeurs, peintres, philosophes,…) ? (Voir chapitre 1 sur l’éducation des filles).



1) La situation générale des femmes dans le monde


Naissances

Dans certains pays d’Asie comme la Chine ou l’Inde, il y a un déséquilibre croissant entre le nombre de filles qui naissent par rapport aux garçons. Il arrive que des familles profitent des échographies (tests qui permettent de détecter le sexe de l’enfant durant la grossesse) afin de pratiquer un avortement s’il s’agit d’une fille. Dans Le siècle après Béatrice, Amin Maalouf, un écrivain d’origine libanaise, a imaginé une société où les hommes seraient beaucoup plus nombreux que les femmes, en raison des ces traditions culturelles qui donnent plus de valeur à la naissance de garçons. Cette situation provoque de graves conflits et déstabilise complètement les relations hommes-femmes.

La réalité dépasse-t-elle la fiction ?

Les statistiques officielles en Chine montrent que sur une moyenne de 100 filles naissent 116,9 garçons. Cela est notamment dû à la politique de l’enfant unique en Chine : traditionnellement, les familles chinoises préfèrent élever des garçons, pour des raisons de patrimoine et pour perpétuer la lignée familiale. Certaines familles n’hésitent pas à vendre leurs filles dans les filières de traite des êtres humains ou les abandonnent à leur sort. Cela est particulièrement vrai à la campagne, où les hommes effectuent des travaux agricoles assez durs et assument la charge des parents âgés.

Education des filles

Dans la plupart des pays en développement,beaucoup moins de filles vont à l’école que de garçons.
Dans le monde, une femme sur trois ne sait ni lire, ni écrire. Les chiffres sont de un sur cinq chez les hommes.

Pourquoi cette différence ?

Dès leur plus jeune âge, les filles assument une part des responsabilités de la maison.
Elles doivent s’occuper des petits frères ou petites soeurs, des malades, des personnes âgées et de bien d’autres tâches (corvées d’eau, de bois, vaisselle, cuisine, linge). Ces activités ne leur laissent pas beaucoup de temps pour fréquenter l’école.
Dans de nombreux cas, la fille quittera sa famille pour se marier. Par conséquent, s’ils sont pauvres, les parents ne veulent pas dépenser pour sa scolarisation à leurs yeux inutile. C’est ce qui explique que, dès l’école primaire, on remarque dans les pays en développement une grande différence entre filles et garçons dans la fréquentation scolaire.

Les filles sont les premières exclues de l’éducation, surtout dans les pays pauvres.

Pauvreté

70pc du 1,2 milliard de personnes vivant dans la pauvreté absolue (moins d’1 dollar par jour) sont des femmes, a rappelé Odile Sorgho-Moulinier, directrice du Pnud. Le travail des femmes représente 2/3 du volume de travail et elles ne perçoivent qu’1/10 du revenu mondial.


Réfugiés

Il y a environ 50 millions de déracinés dans le monde, réfugiés ou personnes déplacées dans leur propre pays. 75 à 80 % sont des femmes et des enfants. Les femmes et les enfants représentent 80% des personnes blessées ou tuées par des armes légères, bien plus que les militaires.

Violence contre les femmes

La Banque mondiale estime que la violence contre les femmes a fait plus de décès que le cancer, la malaria ou les accidents de voiture.
Une femme sur cinq dans le monde a été violée, souvent par un proche. De 40 à 60% des victimes des agressions sexuelles sont des jeunes filles de moins de 16 ans.
Un tiers à un quart des femmes dans le monde ont été brutalisées par leur mari ou leur compagnon. Seuls 44 pays protègent spécifiquement les femmes contre la violence domestique (à la maison).
En France, une enquête a révélé qu’une femme sur cinq a été au moins une fois victime de violence en douze mois. Ce problème de violence concerne une femme vivant en couple sur dix (pour la France).

Mutilations sexuelles

En Afrique, au Moyen-Orient mais aussi en Occident, 2 millions de petites filles sont chaque année mutilées dans des conditions atroces, privées à vie de plaisir sexuel, livrées à la domination de l’homme. Ces pratiques ne sont pourtant prescrites par aucune religion.

Santé

Généralement, les femmes sont moins bien soignées ou plus fragiles que les hommes. Ainsi, en Afrique sub-saharienne, les jeunes filles ont cinq fois plus de risques d’être contaminées par le sida que les garçons. Cela est dû au fait que les femmes sont toujours maintenues dans une soumission par les hommes. Elles n’osent pas se refuser aux hommes, étant donné leur statut social inférieur.

Le mariage forcé

Le mariage forcé n’est pas une pratique spécifique à une région du monde. On le trouve dans quasiment toutes les cultures , encore à l’heure actuelle. Pourtant, le drame du mariage forcé est assez méconnu du grand public et fait rarement les gros titres des journaux.. Ces dernières années, beaucoup de filles issues de l’immigration maghrébine, turque ou africaine sont concernées par ce problème. Un soir, en rentrant à la maison, elles apprennent qu’elles ont été mariées à un homme du village de leurs parents, souvent un cousin germain du père. L’union est parfois promise depuis la naissance de l’enfant. L’objectif de ces mariages forcés est de transmettre la lignée, de maintenir les traditions.

La vie des jeunes filles « promises » devient complètement bouleversée. En Belgique, une jeune fille d’origine turque, âgée de 23 ans, s’est récemment suicidée dans son appartement de Saint-Josse (Bruxelles). Selon la justice, ce suicide est dû à un mariage forcé avec un homme dont elle ne voulait pas. Autre exemple : Une jeune fille marocaine vivant en Belgique parvint à échapper à la surveillance de sa famille qui l’emmenait vers le Maroc pour épouser un cousin. Au cours du voyage, alors qu’ils se trouvaient en Espagne , la jeune fille n’hésita pas à sauter de la voiture, à courir à toute vitesse vers un commissariat de police et à dénoncer sa famille. Aujourd’hui, ses parents sont poursuivis par la justice espagnole.

Mais les mariages forcés sont encore plus courants dans les pays en voie de développement. Ils peuvent parfois déboucher sur de véritables drames.

Côte d’Ivoire : l’histoire de Fanta

A Abidjan, capitale de la Côte d’Ivoire, Fanta Keita a été arrêtée pour le meurtre de son mari. Elle avait 15 ans lorsque son père l’a donnée à Seydou Cissé, un de ses cousins d’une trentaine d’années. Fanta a eu peur quand son père lui a annoncé son mariage, mais elle s’est laissée habiller pour la cérémonie. Le lendemain, le couple est parti pour vivre dans un des faubourgs populaires d’Abidjan. La première nuit, son mari l’a laissée dormir, mais le lendemain matin il a voulu consommer le mariage. Comme elle refusait de faire l’amour, il l’a battue puis violée.
Elle a ensuite tenté de s’enfuir et a rejoint son village où les hommes de sa famille l’ont également battue puis ramenée à son mari. Un soir, après un nouveau viol, Fanta a égorgé son mari avec un couteau de cuisine. Depuis, elle est en prison, rejetée par sa famille, seule au monde.

Questions :
Qu’aurais-tu fait à la place de Fanta ?
A-t-on le droit, dans notre pays, de se marier avec qui on veut ? Cela a-t-il toujours été le cas ? Y a-t-il eu des mariages forcés aussi dans des familles belges ? Pour quelles raisons ?

2) Egalité entre hommes et femmes


L’égalité entre hommes et femmes n’est pas encore acquise. Si les femmes ont obtenu le droit de vote dans la plupart des pays européens après la seconde guerre mondiale, il reste encore bien des domaines où elles sont désavantagées par rapport aux hommes :

 les femmes ont souvent des salaires moins élevés que les hommes pour une même fonction

 il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes qui occupent des postes de direction

 en politique, les femmes sont beaucoup moins représentées que les hommes

Afin de changer cette situation, certains gouvernements mettent en place une politique de « discrimination positive », qui donne par exemple des avantages aux employeurs qui engageraient une femme pour une fonction où elles sont sous-représentées.

Dans la même optique, les pays nordiques et la France ont défini des quotas pour une meilleure représentativité des femmes dans la vie politique. En Belgique, depuis janvier 2001, les partis sont tenus de placer 50% de femmes sur leurs listes électorales. Mais la loi ne précise pas dans quel ordre cela doit se faire. Il faudra attendre 2005 pour voir l’obligation d’une alternance homme - femme sur les deux premières places de la liste électorale.

Recherche : demandez à votre grand-mère quels sont ses souvenirs sur la vie de sa maman ou de sa grand-mère. Quels ont été les principaux changements pour la femme depuis lors ?

Poème écrit par deux élèves d’un lycée (école secondaire en France)

Féminin pluriel


Elles doivent débarrasser
Nettoyer, balayer,
Faire les courses, faire les lits
La vaisselle, le ménage,
Laver le sol, passer l’aspirateur.
Elles ne sortent jamais
En paix.
Soit c’est leurs petits frères
Qui leur collent au derrière
Soit c’est leurs grands frères
Qui leur fichent tout par terre
Elles n’ont pas la liberté
De faire ce qu’elles voudraient.
Elles aimeraient être des garçons
Qui, eux, s’amusent comme dans un feuilleton.

Souria Benarab et Maria Fouiriss
(« Crame pas les blases« de Boris Seguin et
des élèves du collège Jean-Jaurès de Pantin)

Questions

 Qui sont ces « elles » dont parle ce poème ?

 Pensez-vous qu’il est normal que les filles travaillent plus à la maison que les garçons ? Pourquoi ?

 Inventes toi aussi un poème sur le thème de l’égalité entre hommes et femmes.



Débat : d’accord ou pas d’accord ?

Que pensez-vous de cette phrase ? A votre avis, de quelle époque date-t-elle ? (voir réponse ci-dessous)

« La constitution délicate des femmes est parfaitement appropriée à leur destination principale, celle de faire des enfants. Sans doute la femme soit régner à l’intérieur de la maison, mais elle ne doit régner que là. Partout ailleurs, elle est déplacée. »

Honoré-Gabriel Mirabeau, homme politique français.

Honoré-Gabriel Mirabeau était un noble qui participa à la Révolution Française. Il participa à la Décalration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789… Comme quoi, à l’époque, on ne considérait pas les femmes comme des sujets de droits, capables de choisir leur propre avenir.

Jeu de rôle


 Lisez ou demandez aux élèves de lire le texte « Elle ne travaille pas » (voir ci-dessous). Posez la question : dans quelle partie du monde cette histoire se déroule-t-elle ? (Réponse : Afrique)

 Divisez vos élèves en groupes de deux et demandez -leur d’imaginer le même dialogue pour une femme européenne.

 Demandez à chaque groupe de jouer son dialogue devant la classe.

Variante du même exercice en dessins : Demandez à vos élèves de compléter les cases de la feuille afin de décrire une journée type d’une femme en Europe (voir ci-contre).

 Avec tout le groupe, faites une liste rapide de toutes les tâches que les femmes exercent à la maison et dans la vie de tous les jours.

 Faites une comparaison entre la situation d’une femme belge et d’une femme africaine.

 Collectez toutes les raisons pour lesquelles les hommes pensent que le travail ménager ne représente pas un « travail ». Exemples : est-ce parce que ce travail n’est pas payé, ou parce que les hommes pensent que leur travail est plus dur ?

 Collectez toutes les raisons pour lesquelles les responsabilités des femmes doivent être considérées comme un travail. (ex : une journée de travail plus longue, compétences particulières…)

Elle ne travaille pas

Dialogue entre un homme et son Docteur

• Avez-vous beaucoup d’enfants ?, demande le Docteur.
• Seize enfants sont nés, mais seulement neuf d’entre eux vivent., répond-il.
• Est-ce que votre femme travaille ?
• Non, elle est femme au foyer.
• Je comprends. Comment passe-t-elle ses jours ?
• Bien, elle se lève à quatre heure du matin, va chercher l’eau et le bois, fait le feu et prépare le petit déjeuner. Ensuite, elle va à la rivière faire la lessive. Après quoi elle va en ville pour obtenir du maïs et faire le marché. Puis elle prépare le repas de midi.
• Est-ce que vous rentrez chez vous à midi ?
• Non, non. Elle m’apporte la nourriture au champ, à environ 3 km de la maison.
• Et après ça ?
• Bien, elle prend soin des poulets et des porcs. Et bien sûr elle veille chaque jour sur mes enfants. Ensuite elle fait en sorte que le dîner soit prêt au moment où j’arrive à la maison.
• Est-ce qu’elle va au lit après le dîner ?
• Non. Elle a des choses à faire autour de la maison jusqu’à 9 heures.
• Vous dites cependant que votre femme ne travaille pas ?
• J’ai répondu que non. Elle est femme au foyer.

Source : Siniko, manuel d’Amnesty International pour l’éducation aux droits humains en Afrique.

Enquête

Faites une enquête dans votre école :

 Qui prépare les repas dans votre maison ?

 Est-ce que les hommes et les enfants participent à l’entretien de la maison ?

 Que font-ils ?

 Combien de temps prennent les travaux ménagers ?

 Les femmes ont-elles d’autres travaux supplémentaires ?

Trouvez éventuellement d’autres questions, avec des réponses à choix multiples pour faciliter le traitement des données.

Après l’enquête, posez les questions suivantes :

 Avez-vous découvert quelque chose de surprenant ?

 Est-ce que ces découvertes ont changé votre opinion sur le travail que fait la femme ? Pourquoi ? Pourquoi pas ?

 Avez-vous découvert des tâches qui ne pouvaient être exécutées que par des hommes ? Ou d’autres que par des femmes ?

 Accepterez-vous en tant que garçon de faire un « travail propre aux femmes » ?Pourquoi ? Pourquoi pas ?

 Que faut-il faire pour que l’homme et la femme aient un traitement égal et un partage des tâches ?

Autres outils

Vous trouverez sur le site www.ducotedesfilles.org dans la partie « contes » l’histoire animée « Un heureux malheur ». Visionnez cette histoire avec vos élèves et demandez-leur de noter les changements dans l’attitude du père avant et après le « déluge ».


3) L’esclavage domestique

L’esclavage n’a pas disparu. Il se pratique désormais surtout à l’intérieur des maisons et concerne essentiellement les femmes.

Une récente étude de l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) évalue entre 12000 et 14 000 le nombre d’Ethopiennes travaillant actuellement au Liban, principalement comme employées de maison, sans la moindre protection et soumises à toutes sortes de mauvais traitements. En deux ans, au moins 67 de ces femmes sont mortes dans des conditions suspectes, alors que beaucoup d’entre elles n’ont jamais plus donné signe de vie.

Depuis quelques années, l’esclavage domestique (qui se passe à l’intérieur d’une maison) a fait son apparition en Europe. La plupart des victimes de cet « esclavage moderne » sont des femmes. Ainsi, certains diplomates ou fonctionnaires internationaux n’hésitent pas à faire venir des domestiques pour les exploiter, sans payer leur travail, en sachant qu’ils sont protégés par l’immunité (comme les hommes politiques, les diplomates peuvent dans certains cas échapper à la justice).

Les victimes sont surtout des femmes, venues d’Asie, d’Afrique ou du Proche-Orient. On leur promet un travail et un logement en Europe, mais à l’arrivée elles deviennent des bonnes à tout faire. Elles sont séquestrées, privées de papiers, elles travaillent 15 à 18 heures par jour, 7 jours sur 7, sans congé, ni salaire.

Un exemple parmi tant d’autres : l’histoire de Safia

Safia Kharun revient de loin. Elle a maintenant 20 ans et est somalienne. Elle est arrivée en France en 1991, lorsqu’elle était jeune adolescente. Pendant 4 ans, elle a travaillé pour une maîtresse tyrannique. En 1995, après plusieurs tentatives, elle réussit à s’enfuir et des policiers la découvrent sur la voie publique, le visage ensanglanté. Ils la conduisent à l’hôpital où on découvre des traces de coups, des carences alimentaires et une infection tuberculeuse. Depuis, elle va mieux : elle loge dans un hôtel social et fréquente un centre d’accueil pour personne en difficultés. Mais rien ne lui fera oublier l’horreur qu’elle a vécue.


Haïti : les restaveks, esclaves dans les maisons

En Haïti, la pauvreté à la campagne oblige de nombreuses familles à envoyer leurs enfants, parfois âgés de sept à huit ans à peine, travailler en ville comme domestiques non rémunérés. Les parents ne sont généralement pas payés. Ils espèrent simplement que l’enfant sera bien nourri.

La plupart de ces restaveks travaillent pour des ménages pauvres, à peine plus favorisés qu’eux au plan économique. Ils travaillent durement pendant de longues heures, faisant le ménage, la cuisine et allant chercher de l’eau et de la nourriture à des kilomètres sous une chaleur écrasante. Souvent, ce sont des filles. Leur nourriture se résume en général aux maigres restes laissés par la famille, et ils n’ont pas le temps de jouer ou de se faire des amis. Nombre d’entre eux sont battus et maltraités, et ceux qui tentent de s’échapper sont sévèrement punis.


4) La traite des êtres humains


Les femmes sont les premières victimes de la traite des êtres humains, notamment pour l’exploitation sexuelle. Elles sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont peu protégées et sont plus fragiles sur le plan économique et social. Les pays d’Asie du Sud et du Sud-Est ainsi que les pays d’Europe centrale et de l’Ex-URSS sont les principaux pourvoyeurs de ces esclaves des temps modernes. Elles sont le plus souvent enlevées, quand elles ne sont pas vendues par leur propre famille.

L’histoire de Karina et Marina

Karina et Marina sont deux jeunes albanaises qui ont quitté leur pays et qui font commerce de leur corps sur les boulevards parisiens.
Marina quitte ses parents à l’âge de 20 ans au bras d’un jeune homme rencontré au lycée. Ils partent en Italie pour construire leur vie nouvelle. Marina pense trouver un boulot dans un restaurant. Son ami, lui, sait très bien vers quel enfer il la mène. Arrivés à Milan, ils s’installent chez de la "famille". Très vite, Marina remarque que les autres filles du groupe sortent le soir pour ne revenir qu’au petit matin. Elle commence à comprendre ce à quoi elle est destinée et demande de repartir. Trop tard : son avenir est déjà tracé. Comme elle refuse de recevoir ses clients , elle se fait tabasser. "Il me frappait dès que je parlais de repartir. Il prenait tout l’argent."
C’est dans cette famille qu’elle rencontre son amie Karina qui a, elle aussi, débarqué aux bras d’un autre "frère". Karina accepte moins facilement de se mettre au travail. Pour l’habituer, deux hommes du réseau la violent et la battent, pour la détruire moralement.
Karine et Marina sont emmenées à Anvers où elles commencent à travailler en vitrine. Là, elles travaillent jour et nuit pour rapporter plus d’argent. Mais les contrôles de police sont stricts et elles doivent finalement partir pour Paris. Là, elles trouvent une place sur le trottoir de la porte de Vincennes. Elles sont logées dans un hôtel où elles ont juste de quoi payer la chambre, le taxi et de quoi manger. Tout est conditionné pour les empêcher de retourner dans leur pays. N’ayant pas de papiers, elles n’ont droit à aucune protection ni au droit d’asile.

Esclavage sexuel

Chaque jour dans le monde, des femmes et des enfants font l’objet d’un trafic qui les mène le plus souvent dans des réseaux de prostitution.

« Ma vie a basculé un mardi matin. Une femme que je ne connaissais pas est arrivée dans mon village, elle a voulu parler à ma famille. J’ai trois frères et deux sœurs. Mes parents sont très pauvres et ils ont accepté que j’accompagne cette dame à Saïgon, où elle disait posséder un restaurant où je pourrais travailler comme serveuse. Pour preuve de sa bonne foi, elle a versé mes six premiers mois de salaire à ma famille. Mais c’est ici que j’ai abouti ». Ici, c’est la zone de Toul Kok, Phnom Penh, le quartier chaud de la capitale cambodgienne.

Témoignage de Pom, Vietnamienne, 13 ans

5) Les femmes en temps de guerre

Les femmes et les enfants représentent 80% des personnes blessées ou tuées par des armes légères, bien plus que les militaires.

SIERRA LEONE- Histoire de Mabinti

Je viens de la Sierra-Léone, d’un village appelé Mamamah, j’aimerai vous raconter une belle histoire où tout est bien, tout est beau, mais ce ne serait qu’un mensonge, un mensonge énorme. Je vais vous parler d’une réalité, la réalité de mon pays, de ma vie d’adolescente, de mon malheur.
La Sierra-Léone subit depuis 9 ans maintenant une guerre civile, une campagne d’atrocité.
Pourquoi je vous parle d’une campagne d’atrocité ? Parce qu’ils commettent des meurtres, enlèvements, mutilations, viols sur des civils, des innocents tout comme moi.
Un jour, ils ont attaqué mon village, j’essayais de me dire que ce n’était qu’un mauvais rêve, que lorsque je me réveillerai tout serait comme avant, mais non, ils étaient là, bien vivants.
J’avais peur, je tremblais, je voulais fuir. Un homme m’a attrapé, il m’a violée, puis un autre, et encore un autre, ça n’en finissait plus. Je ne sentais plus mon corps, j’avais mal, je voudrais m’endormir à tout jamais.
Papa et maman sont morts, je suis seule maintenant. J’ai été contrainte de suivre les rebelles jusqu’au Nord du pays. Je voudrais mourir pour ne plus sentir leur corps se frotter contre le mien, je n’ai plus la force de les repousser, de toute façon, si je ne me laisse pas faire, je suis battue et privée de nourriture, je souffre déjà assez. Je suis même devenue la femme de l’un de ces hommes. Je suis tombée enceinte, enceinte d’un homme que je n’aime pas, que je haïs, alors, ils m’ont ramené dans mon village et abandonnée, je ne sais pas si ça me réconforte de me dire que je ne suis pas la seule, que des tas de femmes sont passées par là, que des enfants ont disparu, que des milliers de gens sont morts. Il faut que ça cesse !
Quelques mois plus tard, ils sont revenus. La peur m’envahissait de nouveau, je ne veux plus subir leurs atrocités, alors j’ai fui avec ma grand-mère. J’ai marché et marché 40 km, vous ne pouvez pas vous imaginer ce que c’est avec un bébé dans le ventre, une grand-mère à bout de force, pieds nus, dans la terre, ça a duré des jours, des nuits, je ne sais plus, je ne pensais qu’a une chose, marcher, marcher le plus vite possible, oublier qu’ils sont peut-être là juste derrière. Et ce camp où est-t-il ? J’ai l’impression que je n’y arriverais jamais.
Sauvé ! Le voilà enfin, ce fameux camp, là, je sais qu’on sera à l’abri, mais pour combien de temps ? Ca, je ne le sais pas.
Malgré l’accord de paix qui a été signé, ils continuent, rien n’a changé.
Je vis toujours dans la crainte, la crainte qu’ils nous attaquent à nouveau.
Faites qu’ils nous laissent tranquille. Faites enfin la paix.

Activité

Ce texte a été écrit par Angélique, une jeune inscrite à l’atelier théâtral du Théatre du Copion, sur base de l’histoire vraie de Mabinti. Essayez de le lire à haute voix, de le déclamer.

Faites le même exercice à partir d’un autre cas de femme proposé par Amnesty. (voir le site www.droitsdesfemmes.net).

Le viol en temps de guerre

Le viol est une des méthodes les plus couramment utilisées par les soldats pour torturer ou punir les femmes. Il est utilisé comme une stratégie guerrière. L’ennemi profite de la vulnérabilité des femmes pour les violer et les rendre "impures" aux yeux de leur mari ou famille. Elles seront alors obligées de se taire pour ne pas être rejetées.

Cette horrible « technique » de guerre a notamment été utilisée lors de la guerre en ex-Yougoslavie, lors du génocide rwandais ou encore dans le conflit de Tchetchénie. Plus de 20 000 Bosniaques musulmanes ont été violées en 1992.

6) Les femmes et l’Islam

On entend souvent dire que l’Islam est la religion la plus intolérante par rapport aux femmes.

Il faut d’abord préciser que toutes les religions ont connu des époques d’intolérance et de violence à l’égard des femmes. L’apparition de l’Islam au VIIème siècle de l’ère chrétienne, alors que l’Eglise chrétienne doutait encore que les femmes aient une âme, améliora considérablement la situation des femmes : Mahomet naît dans une société patriarcale où les femmes ne sont que des bouches à nourrir qu’on élimine, en cas de trop-plein, en les enterrant vives. Elles ne sortent de l’esclavage et deviennent libres que lorsqu’elles deviennent mères.
L’Islam offre pour la première fois aux femmes la chance d’être considérée , devant Dieu, comme l’égale de l’homme. Le prophète Mahomet interdit le meurtre des petites filles, ordonne au mari de subvenir aux besoins de sa femme, crée pour la fille une part d’héritage… Au cours de ses exploits spirituels et guerriers, Mahomet a toujours une femme à ses côtés. Au mont Hira, où Dieu lui dicte le Coran, c’est Khadidja, une femme, qui est le premier témoin de la révélation musulmane. Aux yeux du prophète, les croyantes autant que les croyants sont promis au même paradis… Certains versets sont d’ailleurs très en avance pour leur époque : « Les femmes sont l’autre moitié de l’homme », « Le meilleur parmi vous est le meilleur envers son épouse »…

Bref, l’Islam au départ n’est pas contre les femmes. Comme pour les autres religions, tout est question d’interprétation des textes sacrés. Le droit islamique a durci les dispositions du Coran, y intégrant des traditions spécifiques aux tribus de la Péninsule Arabique. Puis ce droit s’est figé au Xième siècle, autorisant toutes les dérives…

Il faut souligner la grande diversité des pratiques religieuses à l’intéreur de l’Islam. Le texte du Coran a beau être le même, on l’interprète différemment selon qu’on le lit en Afrique, en Europe ou en Asie, ou selon qu’on appartient à tel ou tel courant religieux. Entre une Sénégalaise et une Koweïtienne, entre une Turque et une Pakistanaise, les différences de statut et de mode de vie sont immenses. Le pire a été atteint sous le régime des Talibans en Afghanistan, où les femmes étaient réduites à l’état d’animaux de compagnie… (voir chapitre 7)

(Source : Dossier du Monde sur les femmes et l’Islam, 16 et 17/12/01).

La répudiation

Histoire de Soad Ben Abdelkader, femme d’origine marocaine vivant en Belgique.

« Ma chance, c’est de ne jamais avoir eu l’exemple d’une mère soumise. Lorsque j’ai appris que mon mari avait une maîtresse, je l’ai mis à la porte. Une semaine après cette dispute, mon beau-père partait au Maroc avec une procuration de mon mari pour me répudier. (…) Lorsque j’ai été convoquée au consulat (Ambassade) du Maroc, à Bruxelles, je me suis fait accompagner de mon
grand-frère et d’un homme de mon quartier, et j’ai refusé la répudiation, en disant que je n’étais pas mariée avec mon beau-père. (…) Mon mari voulait me donner une leçon. Je devais rester chez moi et attendre qu’il revienne. L’homme a le droit de revenir durant les trois premiers mois après la répudiation. Il rejette, il reprend. On est une chose, pas un être humain. » (Le Vif-L’Express, 06/07/2001)

Répudiation : système de divorce par lequel les hommes, dans certains pays musulmans, peuvent rejeter leur femme, sans justification.
Pays : Algérie, Maroc, Syrie, Egypte, Pakistan…
Les systèmes varient selon le pays : ainsi, au Pakistan, la « répudiation immédiate et définitive » est interdite depuis 1961.

Est-ce la faute de l’Islam ?

Tous les pays musulmans n’appliquent pas la répudiation.
La Turquie, la Tunisie, le Sénégal ou le Mali interdisent cette pratique.
Même dans les pays où existe la répudiation, certains musulmans s’y opposent. Ainsi, selon les féministes marocaines, les femmes comme les hommes pouvaient demander le divorce à l’époque du Prophète Mahomet. Selon ces femmes, la lecture actuelle de l’Islam au Maroc est misogyne (contre les femmes).
Pour ces femmes marocaines qui défendent leurs droits, le devoir d’obéissance des femmes à leur mari « n’existe pas dans l’islam qui parle d’amour et de solidarité ». Elles pensent donc qu’elles peuvent rester fidèles à leur religion tout en étant égales aux hommes.

Exemples de discrimination à l’égard des femmes dans certains pays musulmans :


 En Iran, les femmes ne peuvent fumer en public. La police iranienne a lancé une campagne contre les femmes qui découvrent leur cheveux. La police a déclaré qu’il est interdit de servir des femmes qui ne portent pas la tenue islamique. Le fait de porter une tenue légère ou de se maquiller est strictement interdit pour les employées du secteur public.

 En Irak, 130 femmes au moins ont eu la tête tranchée en 2000. Au nom de la lutte contre la prostitution, la police s’acharne contre les opposantes ou les femmes de ceux qui refusent la dictature.

 En Arabie Saoudite, la police religieuse est accusée d’avoir empêché l’évacuation d’étudiantes de leur école en feu, parce qu’elles ne portaient pas le voile.

 Au Nigéria, deux femmes ont été condamnées à mort par lapidation pour « crime d’adultère »

 Au Maroc, une mère célibataire est considérée comme une prostituée. La loi les condamne à deux à six mois de prison, les familles les renient, la société les rejette. Sans emploi ni logement, elles n’ont d’autre choix que d’abandonner leur enfant et de vivre dans la rue, ce qui les conduit souvent à se prostituer.

7) Le port du voile à l’école

Avertissement  : Si vous pensez que ce thème risque de mettre mal à l’aise certaines de vos élèves, il est peut-être préférable de ne pas l’aborder en classe, ou du moins de « préparer le terrain ». Vous pouvez aussi consulter ces élèves avant le cours pour avoir leur sentiment sur le fait d’aborder ce thème en classe.
Un débat secoue en ce moment le monde politique sur le thème du port du voile à l’école. Faut-il l’interdire ? Faut-il l’autoriser sous certaines conditions ? Le Ministre de l’enseignement secondaire penche plutôt pour la première solution. Le gouvernement de la Communauté Française de Belgique n’a pas encore adopté de position commune sur le sujet, mais le ministre-Président a fait connaître sa position : le port du voile à l’école devrait, selon lui, être autorisé à trois conditions :

 il ne peut servir à du prosélytisme (c’est-à-dire à faire la promotion de la religion islamique)

 il doit être le résultat d’un choix libre de l’élève et non résulter d’une pression

 il ne doit pas perturber des principes essentiels tels que la mixité des cours.

Le ministre-Président insiste aussi pour dire que le port du voile pourra être limité pour des raisons techniques dans certaines activités, comme les séances de photographie ou les cours de gym.

Il faut noter que l’interdiction pure et simple du voile à l’école serait en contradiction avec l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme. Cette Convention proclame que toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Vous pouvez pratiquer librement votre religion chez vous et en public, et changer de religion si vous le souhaitez.

Quelques réflexions sur le port du voile à l’école :

Nabela Benaïssa, sœur de la petite Loubna enlevée et tuée par le pédophile Derochette. Extrait de son livre " Au nom de ma sœur " :

"Ma vision du voile, mon interprétation du Coran sont tout à fait libres et personnelles. Elles ne correspondent en rien à une obligation prônée par les mouvements intégristes. En voulant obliger toutes les femmes à porter le voile, ils font une très mauvais lecture des textes et préceptes religieux. Ce que le Prophète a enseigné qui est le plus important, c’est ce qui se trouve dans le cœur, ce que l’on ressent à l’intérieur de soi-même. Se couvrir de haut en bas d’un immense voile n’est qu’une apparence. Jamais, jamais, je n’ai lu dans le Coran que le voile devait être imposé. J’ai lu et relu les textes dans tous les sens. Le voile n’a de valeur que comme un choix personnel et libre."

En ce qui concerne le port du voile à l’école, elle a aussi son opinion.

" A l’école, je ne peux pas le porter. La direction m’a dit : « C’est une école laïque et donc personne ne montre son appartenance à quoi que ce soit." Je trouve cela dommage parce qu’on perd une grande richesse, une grande diversité. Si les élèves entraient à l’école l’une avec le voile, l’autre avec une casquette, d’autres avec des tee-shirts de Bob Marley, d’autres avec une croix ou une étoile de David, sans rien revendiquer d’autre que de montrer leurs idées de manière visible, peut-être que nous essaierions de nous comprendre davantage, d’aller l’un vers l’autre, de nous tolérer. Nous serions plus riches en sortant de l’école que maintenant où elle nous apprend à être tous les mêmes, faits dans le même moule. C’est comme une usine remplie de petits robots. Il n’y a pas cette richesse qui naît de la différence acceptée."


Voici un autre point de vue défendu par Hanifa Cherifi, membre du Haut Conseil de l’intégration en France :

" A partir du moment où une élève porte le voile, elle n’est plus une élève comme les autres mais bien une femme musulmane. Cela provoque des comportements particuliers de la part des gens qui l’entourent, aussi bien de la part des élèves que des profs. De plus elle ne s’assied qu’à côté de filles, elle ne va pas à la gym pour ne pas montrer son corps,… Le voile devient un piège qui isole et marginalise. Les filles qui le portent ne sont pas spécialement conscientes de ce processus d’enferment et d’exclusion. Si elle veut enlever le voile, on la menace, on lui dit qu’elle va brûler en enfer. Il faudrait mettre en place dans les écoles, des cours qui expliquent la signification du voile et ses conséquences."

(Extraits d’un interview paru dans le dossier du Monde sur les femmes et l’Islam, 16 et 17/12/01).

Débat :

Toutes les femmes musulmanes ne portent pas le voile. Cela dépend des traditions familiales, culturelles et du régime politique. Dans certains pays, comme en Iran ou en Afghanistan (à l’époque des Talibans), le voile était obligatoire sous peine de sanction.
Interdire le port du voile, ne serait-ce pas tomber dans l’extrémisme inverse ? Un Etat peut-il décider comment on doit ou on ne doit pas s’habiller ?

8) « Les crimes d’honneur »

Dans des pays comme le Pakistan, la Jordanie, l’Irak, la Turquie…, des femmes et des fillettes subissent des violences pour des questions d’honneur. Elles sont accusées d’avoir, par leur comportement, déshonoré leur famille et leur communauté.

Parfois, cela peut partir d’un fait tout-à-fait anodin, comme bavarder avec un voisin de l’autre sexe. Mais le plus souvent, ces femmes sont accusées d’avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage , d’avoir refusé les « avances » de leur mari (ou celui qu’on a choisi pour elles) ou d’avoir été violées par un étranger.

Le code de l’honneur est implacable : les femmes qui sont soupçonnées n’ont aucune possibilité de se défendre et, pour les membres de leur famille, la seule solution socialement acceptable consiste à rétablir leur honneur en les attaquant.

Dans les crimes d’honneur, la femme victime de l’agression est considérée comme la coupable ; l’homme à qui elle "appartenait" est partie lésée et bénéficie du soutien de la population.

En Jordanie, les crimes d’honneur ont diminué, sans doute parce que la famille royale les dénonce ouvertement et avec force.


9) Afghanistan : un pays anti-femmes qui change petit à petit.

La situation des femmes afghanes

Sous le régime des Talibans, les femmes ont connu un véritable « apartheid », c’est-à-dire que tout était fait pour les maintenir à l’écart de la société.

Le travail des femmes a été très limité, les écoles pour filles ont été fermées, l’ensemble de la population féminine a été obligée de porter la burqua (vêtement qui recouvre tout le corps, même le visage), les femmes ne pouvaient sortir dans les rues qu’accompagnées d’un parent masculin… La musique, la télévision, la vidéo et les fêtes de mariages ont été également interdites.

Depuis la chute du régime des Talibans, la situation des femmes en Afghanistan s’améliore, tout doucement.

Plusieurs femmes sont retournées à l’université de Kaboul pour y passer l’examen d’entrée, renouant avec un droit qui leur était refusé pendant les 5 années du régime des Talibans. Environ 500 étudiantes se sont retrouvées avec 3500jeunes gens sur le campus.

"Nous voulons à présent libérer le campus du conflit idéologique et le consacrer à la transmission du savoir et à la recherche" a déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur, Rasul Amin.
Mais beaucoup de femmes sont encore totalement couvertes par leur burqua lorsqu’elles se baladent en ville, par habitude ou par crainte du regard de certains hommes.

Les lois anti-femmes imposées par les Talibans :


1. L’interdiction totale du travail des femmes hors de chez elles, y compris pour les enseignantes, les ingénieurs et la plupart des professions. Seules quelques femmes médecins et infirmières sont autorisées à travailler dans quelques hôpitaux de Kaboul.
2. L’interdiction totale de l’activité des femmes hors de chez elles si elles ne sont pas accompagnées par un mahram (parent masculin).
3. L’interdiction pour les femmes de traiter avec les marchands masculins.
4. L’interdiction pour les femmes de se faire soigner par un médecin homme.
5. L’interdiction d’aller à l’école, à l’université ou dans quelque autre organisme éducatif. (Les talibans ont converti les écoles de filles en séminaires.)
6. L’obligation de porter un long voile (Burqua), les recouvrant de la tête aux pieds.
7. Les femmes qui ne portent pas ce voile ou ne sont pas accompagnées d’un mahram sont fouettées, battues et insultées.
8. Les femmes dont on voit les chevilles sont fouettées en public.
9. La lapidation publique des femmes accusées de relations sexuelles extra-maritales. (Nombre d’entre elles ont été lapidées jusqu’à ce que mort s’en suive.)
10. L’interdiction de se maquiller. (On a tranché les doigts de beaucoup de femmes aux ongles vernis.)
11. L’interdiction de parler ou de serrer la main d’hommes autres que les mahram.
12. L’interdiction de rire de manière audible. (Aucun étranger à la famille ne doit pouvoir entendre la voix d’une femme.)
13. L’interdiction de porter des chaussures à talons, pour ne pas faire de bruit en marchant. (Un homme ne doit pas entendre les pas d’une femme.)
14. L’interdiction de se déplacer en taxi sans un mahram.
15. L’interdiction d’être présentes à la radio, à la télévision ou lors d’événements publics d’aucune sorte.
16. L’interdiction de faire du sport ou d’entrer dans un club ou un centre sportif.
17. L’interdiction de faire de la bicyclette ou de la mobylette, même accompagnées d’un mahram.
18. L’interdiction de porter des habits aux couleurs vives. Les talibans sont d’avis qu’il s’agit de "couleurs qui incitent au sexe".
19. L’interdiction de se rassembler lors de fêtes populaires ou pour tout motif récréatif.
20. L’interdiction de laver le linge près des rivières ou en public.
21. La modification de tous les noms de lieux comportant le mot "femmes". Par exemple, "jardin des femmes" a été renommé "jardin printanier".
22. L’interdiction d’apparaître au balcon de leur maison ou appartement.
23. L’obligation de peindre toutes les fenêtres, pour éviter que les femmes soient vues de l’extérieur.
24. L’interdiction pour les tailleurs hommes de prendre les mensurations d’une femme ou de lui coudre des habits.
25. L’interdiction pour les femmes de se baigner en public.
26. La séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun. Les bus portent la mention "réservé aux hommes" ou "réservé aux femmes".
27. L’interdiction de porter un pantalon large, même sous la burqa.
28. L’interdiction de photographier et de filmer les femmes.
29. L’interdiction d’imprimer des photos de femmes dans les journaux et les livres ou d’en accrocher sur les murs des maisons ou des magasins.

Activité  : recherchez les similitudes entre le régime des Talibans et le conte « La fille du prince ». Quels sont les points communs dans les interdictions faites aux femmes ?

Un pays à reconstruire

Aujourd’hui, une femme médecin, Sima Samar, est revenue dans son pays pour devenir ministre de la condition féminine et améliorer le sort des femmes.

Son histoire ressemble à celle de son pays : Lorsque l’Armée rouge (Armée de l’URSS, un des plus grands pays dirigés par les communistes) envahit l’Afghanistan en 1979, elle se lance dans la résistance avec son mari. Malheureusement, celui-ci est arrêté et tué par les communistes. Elle décide de continuer ses études de médecine et continue a aider, en tant que médecin, ceux qui résistent contre l’occupation soviétique (de l’URSS). En 1984, comme des milliers d’Afghans, Sima quitte son pays en guerre pour se réfugier à la frontière pakistanaise. Là, dans les camps de réfugiés, elle décide d’aider son peuple en ouvrant des hôpitaux et une cinquantaine d’ écoles dans la campagne afghane. Quand les Talibans prennent le pouvoir en 1996, Sima ne se laisse pas intimider par les interdictions imposées aux femmes de travailler, d’étudier, d’être soignées par des hommes… Elle continue de lutter malgré les nombreuses menaces de mort. Au risque de sa vie, elle parvient à faire fonctionner ses hôpitaux et ses écoles, même si deux de ses hôpitaux ont été détruits par les Talibans en 2000. Aujourd’hui, elle est une des deux femmes ministres du nouveau gouvernement afghan. Sa priorité est de remettre sur pied le système d’éducation et de permettre aux femmes de retrouver leurs droits. « Sous les Talibans, les femmes ont été humiliées, battues, exécutées en public, dit-elle. Cet enfer ne doit plus jamais se reproduire. »

10) Les femmes en Arabie Saoudite

On a beaucoup parlé de la situation des femmes en Afghanistan. …mais beaucoup moins de celle en Arabie Saoudite, un pays protégé par les grandes puissances, car très riche en pétrole . Même si leur situation s’améliore progressivement -elles viennent d’obtenir le droit de posséder des papiers d’identité-, il reste encore beaucoup d’injustices commises à leur égard.

Voici un petit aperçu des restrictions imposées aux femmes dans ce pays :

1) Pour se rendre à l’étranger, une femme doit obtenir l’autorisation d’un homme qui en est responsable (son frère, son mari ou son père).
2) les femmes ne peuvent sortir que voilées et en groupe ou accompagnées d’un homme de la famille. Si elles ne respectent pas cette règle, elles risquent d’être soupçonnées de prostitution et de se faire arrêter. Après, elles peuvent être condamnées à la flagellation (recevoir des coups de fouets sur le corps).
3) la femme adultère est condamnée à mort par lapidation (tuée à coup de pierres).
4) aucune femme n’exerce la profession de juge
5) les femmes n’ont pas le droit de conduire une voiture ni d’autre véhicule.
6) il existe deux fois plus d’analphabètes chez les femmes que chez les hommes
7) les femmes représentent 5% de la main-d’œuvre
8)les femmes ne peuvent participation à la vie politique (pas de droit de vote)
9) aucune pratique religieuse publique tolérée sinon l’Islam sunnite wahhabite
10)beaucoup de femmes d’origine asiatique (Philippines, Indonésie,…) sont engagées comme domestiques par des familles riches d’Arabie Saoudite. Elles sont souvent victimes d’abus et n’ont pas les moyens pour se défendre en justice.