7.1. Les mouvements de resistance.

7. LES MOUVEMENTS DE RESISTANCE

7.1. Les ONG et les mouvements de femmes

En Inde, les mahila panchayat sont des collectifs de femmes qui ont leur place dans l’organisation traditionnelle de la communauté, et s’efforcent de résoudre les litiges en évitant le recours à la justice. Ils fournissent aux parties lésées un lieu où s’exprimer librement et négocier un arrangement, y compris dans des cas de violence domestique.
Dans l’État indien du Bengale occidental, Shramajibee Mahila Samity (SMS), une grande organisation indépendante de travailleuses, organise entre 70 et 80 salishi par mois. Les salishi sont des processus de règlement des litiges organisés dans les villages pour rendre justice aux victimes de violence domestique. SMS part du principe que beaucoup de femmes veulent que la violence cesse, mais ne souhaitent pas mettre un terme à leur mariage. Les salishi donnent à ces femmes la possibilité de parler sans honte en public et de négocier une solution.
Depuis 1994, par exemple, le Women’s Center for Legal Aid and Counselling (WCLAC, Centre d’aide et de conseil juridiques pour les femmes) de Jérusalem coopère avec d’autres groupes de femmes pour veiller à ce qu’aucun texte codifiant les “meurtres d’honneur” ne figure dans la législation d’un éventuel État palestinien (140). Devant le manque cruel d’informations fiables, étant donné que la police et les tribunaux tendent à accepter l’explication de la mort par suicide ou par accident, le WCLAC recherche des renseignements exacts.
En 2001, le Women’s International War Crimes Tribunal, une organisation non gouvernementale, a conclu que l’ex-empereur japonais Hirohito et son gouvernement étaient responsables d’avoir réduit des femmes en esclavage sexuel pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a qualifié ces événements de “viol et asservissement cautionnés par l’État”.

Au Sénégal, une organisation non gouvernementale, Tostan (“percée” en wolof), a créé dans les villages un programme d’éducation aux droits humains qui repose sur l’apprentissage participatif. Des villages entiers (hommes, femmes, dirigeants religieux et chefs traditionnels) y ont pris part. Les organisateurs commençaient par enseigner aux villageois leurs droits humains, notamment ceux que garantit la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, puis les sessions portaient sur la résolution des problèmes et sur la santé sexuelle et reproductive.
En 1998 et 1999, plusieurs bureaux régionaux du Fonds de développement des Nations unies pour les femmes (UNIFEM) ont lancé des campagnes régionales pour faire cesser la violence contre les femmes. Ces campagnes ont eu un grand retentissement. Menées d’abord en Amérique latine et dans les Caraïbes, puis en Asie, dans le Pacifique et en Afrique et, dernièrement, en Europe centrale et orientale et en Asie centrale, elles ont suscité un vif intérêt de la part de l’opinion publique.
En 1989, des groupes de femmes du sud de l’Amérique latine ont créé le Réseau du cône austral contre la violence domestique ; en 1990, les représentants de 21 pays ont formé le Réseau latino-américain et caraïbe contre la violence domestique et sexuelle.

Au Cambodge, le Cambodia Women’s Crisis Center (CWCC, Centre d’accueil cambodgien pour femmes en situation de crise) a créé un système de groupes composés de policiers, de membres influents de la société civile et de militants ou d’animateurs formés pour intervenir dans des situations de violence domestique. Les membres du groupe élaborent un contrat entre l’auteur des violences et la victime, et ils surveillent ensemble le respect du contrat par le contrevenant. De cette manière, selon le CWCC, la violence dans la famille n’est plus un problème d’ordre privé que les femmes subissent en silence, mais une affaire publique.

En Italie, par exemple, les juges peuvent ordonner que de l’argent soit versé aux victimes qui manquent de ressources ; la somme est éventuellement retenue sur le salaire de l’agresseur. En Colombie et au Costa Rica, les agresseurs peuvent se voir obligés de suivre une thérapie dans un centre public ou privé.

En Colombie, au Salvador, au Guatémala et au Paraguay, au titre des mesures visant à protéger les victimes de violences, l’auteur des faits peut se voir infliger une interdiction temporaire de rester au domicile familial.

Une loi promulguée en Allemagne en 2001 permet aux tribunaux d’ordonner aux contrevenants de quitter le domicile familial afin que les victimes n’aient pas à chercher refuge dans des centres d’accueil. Entre autres innovations, la loi prévoit d’appliquer cette règle non seulement aux couples mariés, mais aussi aux couples vivant en concubinage.

Au Brésil, on a créé des commissariats de police réservés aux femmes et celles-ci ont de plus en plus souvent la possibilité de faire leurs dépositions en toute confidentialité. Il s’agissait au départ de disposer d’un personnel spécialement formé pour traiter la violence contre les femmes.

Les folles de la Place de Mai et leurs " sœurs " à travers le monde
En Argentine et en Turquie, des femmes ont un jour décidé qu’elles avaient assez pleuré. Puisque les larmes versées en silence ne ramènent pas à elles leurs enfants, leurs frères, leurs compagnons, pudiquement appelés “ disparus ”, elles manifestent régulièrement, espérant obtenir plus de résultats.

Tout a commencé un jeudi de mai 1977 sur la place de Mai à Buenos Aires en Argentine. La dictature militaire qui a débuté en 1976 et qui durera jusqu’en 1983 vit la disparition de milliers d’Argentins. Prétextant une lutte antisubversive qui vise les syndicats, les partis politiques de gauche et d’extrême gauche, l’armée et ses sbires enlèvent, torturent, font disparaître des femmes et des hommes qui s’opposent à eux, ou dont ils pensent qu’ils pourraient s’opposer à eux. Parmi eux, les maris, les pères, les enfants de ces femmes qui, bravant la peur par laquelle la junte impose son pouvoir , commencent à manifester sur une place du centre-ville de la capitale. Elles brandissent des pancartes et des banderoles réclamant des nouvelles des “disparus”. Des policiers viennent les matraquer pour les disperser et le commissaire de police qui supervise l’opération les traite de “folles”. Ainsi les “folles de la place de Mai” entrent dans l’histoire des droits humains.
Vingt ans plus tard, elles tournent encore. Si leur “manège” non-violent a attiré l’attention sur les disparus, il a aussi attiré l’attention des médias sur ces généraux qui ordonnent et couvrent les exactions de leurs subalternes. Les femmes réclament toujours des explications sur les plus de 9 000 cas de disparus encore non résolus.

A Istanbul, le 14 mai 1995, un petit groupe de femmes a célébré à sa manière la fête des Mères : en défilant en silence sur la place Taksim et en offrant des fleurs au passants. Comme les femmes argentines, ces femmes turques sont mères, épouses, sœurs ou filles de disparus. Après leur rassemblement, elles ont invité la presse à une réunion au cours de laquelle elles ont rendu publique une pétition appelant les autorités à mettre fin aux disparitions et aux exécutions extrajudiciaires. Dix mille signatures ont été recueillies et transmises à l’Association turque pour la défense des droits de l’Homme. Depuis, les femmes turques se rassemblent chaque samedi à midi. Elles aussi, comme leurs “consoeurs” argentines, réclament des nouvelles de leurs disparus, souvent des militants d’organisations de l’opposition et/ou membres d’associations soutenant l’autonomie du peuple kurde.

En Turquie, une loi antiterroriste assimile tout écrit ou prise de parole au sujet du peuple kurde à un acte de “propagande séparatiste”. Un samedi d’octobre 1996, à l’initiative d’Amnesty International, des représentantes des “folles de la place de Mai”, des “mères du samedi”, des mères de disparus en Bosnie, au Liban et à Taïwan ont défilé ensemble à Istanbul.

Pour en savoir plus :
Femmes rebelles, Manière de voir, Le Monde Diplomatique, n°68, mars-avril 2003.
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