4.7. Mutilations génitales féminines.

4. 7. Mutilations génitales féminines.

F., une Somalienne âgée de vingt ans et réfugiée en Belgique n’est pas encore délivrée des souffrances consécutives à la mutilation. “ La première fois que l’on m’a cousue, j’avais sept ans. J’ai dû maintenir mes jambes fermées durant plusieurs jours pour que la plaie ne bouge pas, mais plus tard, alors que je jouais avec d’autres enfants, je suis tombée et elle s’est ouverte. Le lendemain, malgré mes pleurs et mes supplications, la femme est revenue pour me ferme une deuxième fois. Depuis lors, j’ai voulu une partie demeure gonflée. Mes parents n’ont jamais voulu que l’on m’ouvre parce que je ne pourrais plus me marier”

Dans presque toutes les cultures du monde, on trouve des formes de violence contre les femmes qui sont presque invisibles tellement elles semblent “normales” ou “habituelles”.
On désigne par mutilations génitales féminines toutes les pratiques impliquant l’ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes et toute lésion provoquée sur les organes génitaux féminins, que ce soit pour des raisons culturelles, religieuses ou tout autre motif non thérapeutique.

Le contrôle de la sexualité des femmes joue un rôle essentiel dans leur subordination. La mutilation sexuelle féminine est une manifestation extrême de la violence infligée pour restreindre l’expression sexuelle féminine.

En Afrique, dans les pays concernés, les mutilations sont pratiquées par des vieilles femmes, des accoucheuses traditionnelles ou des barbiers, parfois par des médecins ou des sages-femmes, dans des conditions d’hygiène souvent inexistantes.

Les mutilations sont pratiquées généralement entre 4 et 14 ans, mais elles peuvent être aussi réalisées quelques mois après la naissance ou juste avant le mariage, selon les cultures. On estime à 130 millions le nombre de femmes concernées par les mutilations sexuelles en Afrique. On retrouve aussi ces pratiques dans la péninsule Arabique et en Indonésie.

Témoignage : Waris Dirie, ancienne mannequin d’origine somalienne, engagée dans la lutte contre les mutilations sexuelles en Afrique

"Quand je suis arrivée en Angleterre pour être domestique, j’ai appris petit à petit que toutes les femmes n’étaient pas excisées... Le secret que j’avais refoulé devenait trop lourd et j’ai senti le besoin de le révéler. Plus tard, en devenant mannequin et en ayant accès aux médias, je me suis dit que je pouvais peut-être témoigner au nom des autres femmes et aider d’autres petites filles. (...) C’est alors que j’ai réalisé l’ampleur de ce que je faisais : révéler au monde entier ma blessure la plus intime... (...) Une fille qui n’est pas excisée est considérée comme sale et malsaine ; elle ne pourra pas se marier. Or une femme non mariée est rejetée de la communauté, elle ne peut même pas rester avec ses parents... Voilà pourquoi les mères ont honte si leur fille ne peut pas trouver de mari. Bien sûr, elles pourraient se révolter, se dire : "si on refuse l’excision, nos filles ne pourront pas se marier ? Et alors ? Nous pouvons nous en passer." Mais non. C’est dans leur culture. C’est comme ça. Cela s’est toujours fait. Elles n’ont aucun point de comparaison. Quant aux filles, elles sont si jeunes, elles n’ont pas la possibilité de s’interroger, encore moins de résister. "

Source : Dominique SIMONNET, Révéler au monde entier ma blessure la plus intime, entretien avec Waris Dirie, Le Vif-L’Express, 20/11/1998.

À travers le monde

Plus de 135 millions de petites filles et de femmes ont subi des mutilations génitales et deux autres millions risquent chaque année de subir le même sort (6000 femmes et fillettes par jour) (Nations unies, 2002) Dans plus de 28 pays d’Afrique, on pratique les mutilations génitales féminines (Amnesty International, 1997)
Au Niger, 76 p. cent des jeunes femmes les plus pauvres seront mariées avant leurs dix-huit ans (Fonds des Nations unies pour la population, 2003)
Des mutilations génitales féminines ont été signalées dans des pays asiatiques comme l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie et le Sri Lanka, ainsi qu’au sein de communautés immigrées d’Australie (Nations unies, 2002)
Des mutilations génitales féminines (MGF) sont pratiquées dans les communautés immigrées au Danemark, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni (Nations unies 2002).
En Belgique, la loi du 28 novembre 2000, relative à la protection pénale des mineurs, punit par son article 29 quiconque aura pratiqué, facilité ou favorisé toute forme de mutilation des organes génitaux d’une personne de sexe féminin, avec ou sans consentement de cette dernière, [...]. La peine sera alourdie s’il s’agit d’une mineure ou si l’acte a été commis par un membre de la famille ou par une personne ayant autorité.

ANALYSE DE TEXTE / COMPREHENSION
Burkina Faso : Seize fillettes excisées à Ouagadougou

OUAGADOUGOU (AFP) - 20/08/2004 07h38 - "Je sais que l’excision est interdite, j’ai voulu rendre service", a simplement déclaré à la télévision Adama Barry les yeux embués de regrets après avoir excisé, cette semaine à Ouagadougou, seize fillettes de 2 à 10 ans.

Cette récidiviste de 63 ans a excisé les fillettes à Tanghin, un quartier à la périphérie de Ouagadougou, semant la consternation au sein de la population de plus en plus hostile à cette mutilation devenue un délit pénal au Burkina-Faso.

"C’est honteux que cela se passe dans la capitale, car nous avons souvent traité les villageois d’ignorants", se révolte Martine, 40 ans vendeuse de bananes, elle-même excisée à 4 ans. "Chaque génération a ses problèmes, les nôtres c’est l’emploi et un bon mari, pas l’excision !", lance Kadi, étudiante en médecine.

Encore sous le choc, des habitants de Tanghin ont expliqué que les 16 enfants ont été excisées l’une après l’autre, sous une pluie battante au petit matin. "Quand nous sommes arrivés vers 9H00, il y avait juste du sang et des saletés sur les lieux", explique Antoine Sanou du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE). "Cela s’est passé dans l’arrière-cour, là où elle égorgeait ses poulets", raconte une voisine. D’après les gendarmes, c’est un appel téléphonique anonyme sur un numéro vert qui a alerté le CNLPE.

Récidiviste, l’exciseuse a déjà purgé des peines de 4 à 6 mois de prison ferme pour excision. "Je suis veuve et nécessiteuse, même la gratification de 250 Fcfa (0,375 euro) par fillette excisée ne m’a pas encore été versée par les parents", se lamente-t-elle à la télévision où parlent régulièrement des personnes impliquées dans ce type d’affaires afin que ces arrestations servent d’exemple. L’exciseuse a indiqué que c’étaient les grand-mères des fillettes qui étaient venues chez elle, avec une lame, la suppliant d’exciser les enfants. "Quand j’ai fini, le sang n’a même pas coulé : j’ai juste coupé les extrémités, puis appliqué une poudre de plantes sauvages pour prévenir l’hémorragie", a-t-elle expliqué.

Toutefois, le gynécologue de la clinique où les victimes ont été admises est formel : "quinze souffrent d’une ablation partielle ou totale du clitoris. Chez celle de deux ans, le clitoris a été enlevé et les petites lèvres ont été emportés" par la lame de rasoir. Ivre de colère, Mme Dialla, mère d’une des victimes, accuse : "c’est la coutume, ce sont les grand-mères qui décident de les exciser, nous on a aucun droit sur nos enfants". Hortense Palm, la secrétaire permanente du CNLPE réclame "la peine maximum" contre la vieille exciseuse et ses complices, toutes des proches des victimes. Elles encourent de 6 mois à 3 ans de prison ferme et des amendes de 150.000 à 900.000 Fcfa (225 à 1.375 euros).

Cette tragédie survient alors que le gouvernement s’était réjoui de la chute en 2002 de 66% à 40% du taux de prévalence de l’excision dans le pays. L’OMS dénonce une "opération barbare" qui touche désormais un nombre croissant de fillettes de 0 à 4 ans. "La gangrène est toujours là", affirme Antoine Sanou, soulignant qu’au moins quatre secteurs de la capitale sont des zones "à risques" où les exciseuses ont pignon sur rue pendant les vacances scolaires. Pour les associations féminines burkinabé, le combat ne doit pas se limiter aux exciseuses traditionnelles, il doit se poursuivre dans les hôpitaux où des personnels pratiquent l’excision dans la clandestinité.

QUESTIONS

Qui est responsable de l’excision des 16 jeunes fillettes ?
Comment explique-t-elle son geste ?
Que risque-t-elle comme punition ?
Quelle a été la réaction des habitants du quartier ?
Qui est chargé de lutter contre l’excision au Burkina Faso ?
Quelle est la situation de l’excision sur le plan légal au Burkina Faso ?
Comment, à votre avis, peut-on mettre fin à la tradition des mutilations sexuelles ?
Pour aller plus loin :
Situez le Burkina Faso sur une carte géographique.
Cherchez des informations sur la situation des femmes dans ce pays.
La polygamie est aussi pratiquée dans beaucoup de pays africains. Faut-il également lutter contre cette tradition ? Comment faire évoluer les mentalités tout en évitant d’imposer à d’autres cultures un schéma culturel occidental ?

Pour en savoir plus :

  Martine VANDEMEULEBROUCKE, Les mutilations sexuelles risquent de tuer Amina, expulsable, Le Soir, 29/10/1999.

  Actes du colloque “ Les mutilations génitales féminines ”, Amnesty International, Bruxelles, février 1998.

  Un site d’information et de ressources pour les femmes d’Afrique francophone : www.famafrique.org

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