5.1. Violences dans le milieu social.

5. VIOLENCES DANS LE MILIEU SOCIAL

5. 1. Le viol

En 2002, en Belgique, pas moins de 2438 viols ont été enregistrés, selon les données de l’institut de Statistique, soit près de 7 viols déclarés par jour. En France, on pense que sur 25 000 cas de viol par an, seulement 8 000 sont déclarés à la police.
En Belgique, des chercheurs ont interviewé 783 femmes, 68% d’entre elles ont déclaré avoir connu la violence physique ou sexuelle.
Le viol constitue une grave atteinte à l’intégrité physique de la femme et peut être utilisé comme une forme de torture. Ce crime est omniprésent dans le monde. Toutefois, les personnes qui en sont victimes le dénoncent rarement par crainte de l’opprobre qu’il génère, et il est encore plus rare que les agresseurs soient sanctionnés. Le viol est également associé aux grossesses non désirées et aux maladies sexuellement transmissibles, notamment le SIDA.
Le viol touche majoritairement les femmes (80 à 90 % des victimes). Les violeurs ne sont ni des pervers, ni des malades, ni des alcooliques, mais plutôt des personnes très bien intégrées à la société, et de toutes classes sociales. Le viol ne constitue pas non plus une pulsion sexuelle incontrôlée, puisque les études montrent que la majorité des agressions sont préméditées. Le viol est bien un instrument de domination, et il a toujours été utilisé comme tel, avec comme paroxysme les viols systématiques lors des guerres (voir chapitre 6.2).

Victime ou coupable ?

Le paradoxe du viol consiste en ce que c’est souvent la victime qui se sent coupable, ce qui est parfois accentué par l’attitude de la justice. L’idée que les femmes incitent à la violence sexuelle par leur façon de s’habiller est très répandue.

En septembre 2003, Nik Aziz Nik Mat, Premier ministre de l’État de Kelantan en Malaisie et chef d’un parti d’opposition islamiste, déclarait que “même” des femmes vêtues de façon pudique pouvaient “provoquer le désir” des hommes en mettant du rouge à lèvres ou du parfum. Il avait auparavant critiqué les jeunes femmes qui portent des vêtements moulants en disant qu’elles incitaient les hommes au viol ou à l’agression.

En Italie, en 1999, la Cour Suprême italienne a cassé une condamnation pour viol au motif que la victime portait lors des faits un jean et que "chacun sait (...) que des jeans ne peuvent être, même en partie, retirés qu’avec la collaboration active de la personne qui les porte". Autrement dit, les filles qui portent des jeans seraient toujours consentantes, même lorsqu’elles sont violées ! Ce jugement a par la suite été cassé, suite à l’indignation générale de l’opinion publique et des mouvements de femmes.

Les femmes et les jeunes filles sont incitées à porter des vêtements à la mode et “sexy” sous la pression de leurs camarades, de l’industrie du vêtement, de la publicité et des médias ; pourtant, c’est elles qu’on rend responsables de la violence dont elles sont victimes si elles s’habillent de façon “provocante”. Les médias véhiculent parfois l’idée que la violence contre les femmes est acceptable et même excitante. Par exemple, une chanson populaire brésilienne qui demande à une femme de danser de façon provocante (Vaia glamorosa) comprend le refrain suivant :
Si te bota maluquinha
(Si tu perds un peu la tête)
Um tapinha eu vou te dar porque
(Je te donnerai une petite fessée parce que)
Dói, um tapinha não doi, um tapinha não doi
(Mal, une petite fessée ne fait pas mal, ne fait pas mal

Le GHB, ou la drogue des violeurs

Cette drogue est parfois utilisée par les violeurs qui s’en servent le plus souvent dans les boîtes de nuit. La poudre est jetée dans le verre de la victime et provoque un état euphorique et de soumission, des nausées, tournis, bourdonnements et surtout des pertes de mémoire. L’usager n’a que des souvenirs parcellaires du temps passé sous l’emprise du GHB, sous forme de "flashs".
Pour en savoir plus : www.casediscute.com/2003/008_viol/dossier/dossier_06.shtml

Que faire après un viol ? (vérifier si ces infos sont exactes pour la Belgique !)

a / Porter plainte
La victime d’un viol dispose d’une durée de 10 ans pour porter plainte. Au-delà, il y a prescription (aucune poursuite n’est plus possible). Si le viol a été commis sur la victime alors que celle-ci était mineure au moment des faits, la prescription de dix ans se compte à partir de la majorité de la victime.
Il est important de déposer plainte au plus vite  : en effet, les chances d’identifier et d’intercepter l’agresseur, d’entendre des témoins, de rassembler toutes sortes de preuves peuvent diminuer avec le temps. La déposition peut se faire avec le soutien du bureau d’aide aux victimes, lequel peut aussi continuer à faire le lien entre la victime et les enquêteurs.

b / Faire un examen médical

  Eviter de se laver avant l’examen car toutes les traces (sperme, sang, peau griffée...) que l’agresseur a laissées peuvent servir de preuve en justice.

  Conserver vêtements, linges souillés, objets... qui pourront servir de preuves ;

  La consultation médicale doit se faire le plus tôt possible, de préférence dans un hôpital ;

  Le médecin procédera à un examen complet et établira un certificat constatant l’état de la victime : prélèvements vaginaux nécessaires pour l’identification du violeur et analyse de toutes traces de l’agresseur (griffures, cheveux....) ;

  Il sera apte à prescrire :
- la "pilule du lendemain", pour éviter ou prévenir une possible grossesse ;
- un traitement contre d’éventuelles MST
- un dépistage contre d’éventuelles MST ;

Il remettra à la victime un certificat qui constate les traces visibles du viol (griffures, traces de strangulations, ecchymoses...), et l’état général après le viol (angoisse, larmes, agitation...).

Conséquences et symptômes : l’après viol

Symptômes de l’état de choc
o doute de soi et des faits ;
o sentiment d’être sale : compulsion à se laver plusieurs fois par jour ;
o troubles du sommeil (cauchemars, difficultés d’endormissement) ;
o repli sur soi, isolement ou besoin de s’étourdir ;
o angoisse ;
o sentiments de honte et de culpabilité ;
o tétanie, spasmophilie, nausées.
o dépression ;
o phobies, peurs ;
o agressivité ;
o troubles de la communication et du langage ;
o peur des contacts physiques et des relations sexuelles : impossibilité d’avoir des rapports ou le contraire ;
o tentatives de suicide ;
o diverses somatisations.

Adresses utiles

  SOS VIOL : Rue Blanche, 24 1060 Bruxelles - Tel : 02/534.36.36 Fax : 02/534.86.67 - E-mail : sosviol@brutele.be

  SOS VIOL LUXEMBOURG : Rue de Bastogne, 46 - 6700 ARLON - Tél:063/233872 - Fax :063/413034

- Services d’aide aux victimes  : existent dans chaque région. Votre commissariat pourra vous renseigner le bureau le plus proche. Ces services apportent une aide psychologique et un soutien dans les démarches à effectuer au niveau des plaintes. Vous pouvez aussi faire appel à la Commission pour l’aide financière aux victimes d’actes intentionnels de violence qui centralise l’ensemble des services d’aide aux victimes.
Adresse postale : Boulevard de Waterloo 115, 1000 Bruxelles
Locaux : Porte de Hal 5-8, 1000 Bruxelles
Tél. : 02/542.72.08 ou 02/542.72.44,
Vous trouverez la liste de tous les services d’aide aux victimes en Belgique francophone en allant sur le site http://www.just.fgov.be/index_fr.htm
Cliquez sur " Justice de A à Z " et choisissez " Aide financière aux victimes " (aller tout en bas au point 9. Adresses utiles).

- Ecoute enfants : 103

- SOS-Enfants
Service pluridisciplinaire pouvant établir un bilan de l’état physique, psychique et social de l’enfant ou de l’adolescent, dans son milieu de vie ; coordonner les actions entreprises et déterminer les rôles précis de chaque intervenant ; réfléchir, avec la famille, à l’opportunité d’une information judiciaire.
http://www.cfwb.be/dgde/sosenfants.html

- Services de l’aide à la jeunesse(SAJ) : http://www.cfwb.be/aide-jeunesse/contacts/z&saj.htm
Site central de l’aide à la jeunesse pour les jeunes et les familles
http://www.cfwb.be/aide-jeunesse/htmlfam/platfam.htm

- Centre psycho-médico-social : ce centre est avant tout un lieu de parole et d’écoute pour les élèves, les parents et les enseignants, peut aider à poser le diagnostic de maltraitance et assurer la guidance de l’enfant ou de sa famille : Ministère de la Communauté française - A.G.E.R.S. - Médiation scolaire - C.A.E. - Bureau 535 étage 2/3- Bd. Pachéco, 19 bte 0 - 1010 BRUXELLES - Tél : +32(02)210.57.10 - Fax : +32(02)210.55.56

Raconter pour réussir à survivre

  Susan BRISON, Après le viol, éditions Jacqueline Chambon
Victime d’une agression sexuelle, une jeune philosophe féministe américaine analyse le processus qui l’a menée à reconstruire son identité perdue.

  Catherine MORBOIS, L’aide aux femmes victimes de viol, Marie-France Casalis, L’Esprit du Temps, 2002. Ouvrage collectif pour dénoncer les violences sexuelles à l’encontre des femmes et venir en aide à celles qui ont été victimes.

  Site de Sud Etudiant, avec un article intéressant sur le viol et des liens vers des associations.
www.sud-etudiant.org/article.php3?id_article=33

CHANSON

“Quand on entend parler de femmes que l’on viole,
Pour beaucoup d’entre nous, ça reste des paroles.
On discute, on s’indigne, on ferme le journal
Puis on finit par trouver ça presque normal.

Hier, j’ai rencontré l’une de ces victimes.
Pour la police, c’est affaire de routine
Et pour les autres, ce n’est guère qu’une histoire.
Moi, j’ai vu la détresse au fond de son regard. ”

Extrait de “Chanson cri” de Georges MOUSTAKI

DEBAT

Trouvez-vous que l’on parle assez du viol à l’école ? Faut-il aborder ce sujet en classe et à partir de quel âge ? Comment aider les personnes qui ont été victimes d’un viol ?