6.1. Violences commisés par l’état ou les groupes armés.

6 VIOLENCES COMMISES PAR L’ETAT OU LES GROUPES ARMES

6.1. Les femmes dans les conflits armés

L’instabilité et les conflits armés entraînent un accroissement de toutes les formes de violence, notamment le génocide, le viol et les violences sexuelles. Au cours des conflits, la violence contre les femmes est souvent utilisée comme arme de guerre, pour déshumaniser les femmes ou persécuter la communauté à laquelle elles appartiennent. Les femmes représentent probablement la majeure partie de la population civile adulte tuée pendant une guerre et visée par les sévices.
Les guerres qui se sont déroulées en Bosnie-Herzégovine et au Rwanda dans les années 90 ont attiré l’attention des opinions publiques sur le degré horrible de la violence perpétrée contre les femmes lors d’un conflit. Le meurtre, le viol systématique et généralisé et d’autres formes de violences sexuelles ont été employés non seulement pour anéantir le moral de l’ennemi, mais aussi pour le décimer littéralement. Les viols en masse sont fréquemment utilisés de façon systématique, comme arme de guerre. De plus, au cours des conflits, de nombreuses femmes sont contraintes économiquement et physiquement à se prostituer, parfois pour pouvoir apporter à leur famille les nécessités de base. La guerre a également un impact sur les femmes d’une autre manière - les femmes et les enfants constituent la majorité des réfugiés et personnes déplacées.

Après la guerre, la violence continue

La violence ne diminue pas nécessairement une fois que le conflit a cessé. Aux États-Unis, la violence et les homicides dans la famille perpétrés par des soldats rentrés des combats sont très inquiétants. Selon une étude réalisée par l’armée américaine, les cas d’“agression grave” contre des épouses sont trois fois plus élevés dans les familles de militaires que dans les familles de civils.
L’Organisation mondiale de la santé relève que “ dans bien des pays qui ont connu des conflits violents, le taux de violence interpersonnelle reste élevé même après la cessation des hostilités, notamment parce que la violence est plus acceptée socialement et parce qu’il est facile de se procurer des armes ”. Une étude réalisée en Irlande du Nord a montré qu’une disponibilité accrue des armes à feu entraînait l’emploi de formes de violence plus dangereuses contre les femmes à l’intérieur du foyer.
Depuis l’Intifada, les femmes palestiniennes sont exposées à un niveau de violence accru, en raison non seulement de la destruction de leurs foyers et de leurs communautés par les forces israéliennes, mais aussi de l’augmentation de la violence domestique. D’après un sondage effectué en 2002 par le Centre palestinien de l’opinion publique, “ 86 % des personnes interrogées ont déclaré que la violence à l’égard des femmes avait sensiblement ou quelque peu augmenté en conséquence du changement des conditions politiques, économiques et sociales que connaissaient les femmes palestiniennes ”, soit 22 points de plus que l’année précédente.

À travers le monde

80 % des réfugiés sont des femmes et des enfants (HCR, 2001).
Des millions de femmes et d’enfants se retrouvent pris dans 34 conflits armés communautaires, ethniques, politiques et/ou internationaux à travers le monde (selon toutes les instances actives d’observation des conflits armés au 1er janvier 2003, CSP - Centre for Systemic Peace).
Des trafics de femmes et de jeunes filles ont été signalés dans 85 % des zones de conflit (Save the Children, 2003).
En République démocratique du Congo, on dénombre 5000 cas de viols, ce qui correspond à une moyenne de 40 par jour, ont été enregistrés dans la région d’Ulvira par des associations de femmes depuis octobre 2002 (Nations unies, 2003)
Au Rwanda, entre 250000 et 500000 femmes, soit environ 20 % des femmes ont été violées durant le génocide de 1994 (rapport de la Croix-Rouge internationale, 2002).
En Sierra Leone, 94 % des foyers déplacés interrogés avaient subi des agressions sexuelles,
notamment des viols et des actes de torture où avaient été soumis à un esclavage sexuel Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de l’homme, 2002).
En Irak, au moins 400 femmes et jeunes filles, certaines âgées de huit ans seulement, auraient été violées à Bagdad pendant ou après la guerre, depuis avril 2003 (enquête de Human Rights Watch, 2003).
Tous les 14 jours une femme colombienne est victime de “ disparition forcée ” selon le rapport 2001 du Groupe de travail sur les femmes et les conflits armés (Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), 2001)
Environ 250000 Cambodgiennes ont été contraintes au mariage entre 1975 et 1979. En moyenne,
deux mariages de groupe pourraient avoir eu lieu dans chaque village cambodgien sous le régime des Khmers rouges (UNIFEM)
En Bosnie-Herzégovine, entre 20000 et 500 femmes ont été violées au cours des cinq mois de conflit en 1992 (IWTC, International Women’s Tribune Centre (Centre de la tribune internationale de la femme, CITF), Women’s GlobalNet #212, 23 octobre 2002.
Dans certains villages du Kosovo, 30 à 50 % des femmes en âge d’avoir des enfants ont été violées par des hommes des forces serbes (Amnesty International, 27 mai 1999).

Violences commises par les agents de l’Etat

Les Etats sont-ils responsables des viols et autres sévices commis par leurs soldats ? Faut-il vraiment mettre en cause les ministres, les présidents, les gouvernements pour ce qui arrive aux femmes pendant les guerres ?
Bien-sûr, en temps de guerre, les soldats sont parfois déboussolés et se comportent différemment qu’en temps de paix. Pourtant, la violence infligée aux femmes lors des conflits n’est pas accidentelle : il s’agit d’une arme de guerre qui peut être employée à des fins diverses, notamment pour semer la terreur, déstabiliser une société et briser sa résistance, récompenser les soldats ou extorquer des informations. La violence à l’égard des femmes, y compris la torture, est l’un des éléments du nettoyage ethnique et du génocide. Dans la plupart des situations sur lesquelles Amnesty International s’est penchée, il est évident que l’armée, comme les groupes armés, ont eu recours à la violence contre les femmes pour réaliser ses objectifs.

Violences commises par les forces internationales de maintien de la paix.

Une tendance nouvelle a récemment été constatée dans les sociétés post-conflictuelles : l’augmentation de la violence contre les femmes liée à la présence de forces internationales de maintien de la paix. L’exemple de l’augmentation de la traite des femmes au Kosovo depuis l’installation des troupes de l’OTAN est à cet égard assez révélateur (voir chapitre 5.3). La police locale est souvent complice de ce phénomène, en protégeant le trafic des femmes, voire en l’organisant lui-même.

En 1993, par exemple, un sergent du troisième bataillon parachutiste de Belgique, stationné en Somalie, aurait fourni une adolescente somalienne en cadeau d’anniversaire à un parachutiste. Elle aurait été forcée de donner un spectacle de strip-tease à la fête d’anniversaire et d’avoir des rapports sexuels avec deux soldats belges. En 1998, un tribunal militaire a condamné le sergent à douze mois d’emprisonnement dont six avec sursis et à une amende ; il a également prononcé son renvoi de l’armée.

Des soldats italiens auraient également commis des violences sexuelles en 1993-1994 alors qu’ils étaient stationnés en Somalie dans le cadre d’une mission de maintien de la paix. Une commission gouvernementale italienne a rassemblé des preuves crédibles sur un certain nombre de cas de viol collectif, d’agression sexuelle et de vol avec violence. Des informations font aussi état de violences sexuelles commises par des soldats italiens chargés du maintien de la paix au Mozambique en 1994.

Violences commises par les groupes armés

Groupes armés : il s’agit des groupes non étatiques qui utilisent la force pour atteindre leurs objectifs. Par exemple, les guérillas, les mouvements terroristes ou les mafias sont considérés comme des groupes armés. Mais il est parfois difficile de distinguer les groupes armés de l’Etat. Ainsi, en Colombie, les groupes paramilitaires sont très proches de l’armée, bien que n’en faisant pas partie. Les groupes armés sont soumis aux mêmes obligations que les Etats : ils ne peuvent pas prendre des civils pour cible, prendre des otages, pratiquer la torture ou infliger des traitements cruels, et ils doivent veiller à ce que les droits humains et les libertés fondamentales soient respectés sur le territoire qu’ils contrôlent. Mais ces règles sont difficiles à contrôler, surtout lorsque ces groupes contrôlent un large territoire et qu’ils disposent de ressources militaires et économiques importantes.
De nombreuses régions d’Afghanistan n’ont ni sécurité ni gouvernement légitime depuis la chute du régime taliban, en novembre 2001. Dans ce vide politique, des groupes armés ont enlevé et violé des femmes et leur ont infligé des sévices en toute impunité. Les faits sur lesquels Amnesty International a recueilli des informations comprennent le viol de quatre jeunes filles par les membres d’un groupe armé. La plus jeune, âgée de douze ans, avait perdu connaissance à la suite de ses blessures lorsque ses parents l’ont amenée à l’hôpital.
Il en va de même en Irak, où chaque jour des groupes armés font régner la terreur en visant des populations civiles, dont des femmes et des enfants.
En Algérie, depuis 1993, des centaines de femmes ont été enlevées et torturées par des groupes armés qui se définissent comme des “groupes islamistes”. Dans les régions rurales, en particulier, des femmes ont été arrachées à leur domicile par ces groupes armés, puis détenues en captivité, violées et soumises à d’autres formes de torture -notamment des passages à tabac, des brûlures de cigarette et des menaces de mort. Un grand nombre d’entre elles ont ensuite été tuées ; d’autres sont restées définitivement handicapées. Il est arrivé que certaines soient violées par plusieurs membres d’un groupe armé.
Les violences sexuelles, notamment le viol, font fréquemment partie de la stratégie des groupes armés visant à instaurer la terreur. En Sierra Leone, pendant une décennie, les forces de l’opposition armée ont entrepris une véritable campagne de mutilation. Des civils ont été amputés d’un membre ou on leur a découpé les lettres RUF (initiales du mouvement d’opposition armée, le Revolutionary United Front, Front révolutionnaire uni) dans la chair. Les enlèvements de jeunes filles et de femmes, les viols et l’esclavage sexuel ont été des pratiques systématiques et généralisées. La plupart des victimes ont contracté des maladies sexuellement transmissibles et nombre d’entre elles ont été enceintes. L’avortement étant illégal en Sierra Leone, ces femmes n’ont guère eu de choix.
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