Belgique

Des défenseurs des droits humains brutalisés par la police ?

Il est significatif que deux grandes organisations internationales
de défense des droits humains, la Fédération
Internationale des Ligues des Droits de l’Homme
(FIDH) et l’Organisation mondiale contre la Torture
(OMCT), s’inquiètent du sort des défenseurs des droits
humains en Belgique !
En effet, lors de la manifestation organisée le 4 juillet
2006 à Anderlecht
(Bruxelles) contre l’évacuation
de sans papiers
de l’église Notre-Dame
Immaculée, plusieurs
défenseurs des droits
humains ont été molestés
par la police.
Ces deux ONG ont
donc écrit une lettre au
Premier ministre Guy
Verhofstadt pour lui
demander que les autorités
belges garantissent la
protection des défenseurs
des droits humains.
Au nom de l’Observatoire
pour la protection
des défenseurs des droits
de l’Homme -un programme conjoint de la FIDH et de
l’OMCT- ce courrier condamne fermement les « actes de
représailles » constatés lors de la manifestation à Anderlecht.
Lors de cette manifestation à Anderlecht, un juriste de la
Ligue des droits de l’Homme francophone belge, Manu
Lambert, a été frappé par un policier en civil, acte qui a
été photographié par la presse. Un avocat, défenseur des
sans papiers, a également été frappé puis placé en détention
après le dépôt d’une plainte pour « coups et blessures sur policier
 ». Il a été maintenu en détention pendant plusieurs
heures malgré le fait que le parquet ait classé la plainte sans
suite et ordonné sa libération.
D’après le bourgmestre d’Anderlecht, la police avait
rédigé un rapport à la suite de plaintes de riverains pour nuisances,
insalubrité et manque d’hygiène. Il y aurait également
eu des bagarres sur le parvis de l’église. L’évacuation
s’est faite dans un climat extrêmement tendu.


UNE BAVURE POLICIÈRE ?

Cinq avocats ont déposé plainte contre des policiers de la
zone de Bruxelles-Midi pour coups et blessures, abus d’autorité
et menaces et injures, à la suite à l’expulsion de 48
sans-papiers de l’église Notre-Dame Immaculée à Anderlecht.
Selon ces avocats, une vingtaine de sans-papiers transportés
dans un bus vers le centre fermé de Vottem ont reçu des
coups, ont été injuriés ou menacés durant leur transfert vers
le centre fermé de Vottem. Les sans-papiers ont été invités à
descendre sur une aire de parking à proximité de la caserne
de pompiers de l’AZ-VUB à Jette où ils ont dû se mettre à
genoux. Certains auraient reçu des coups, selon les avocats.
Le Ciré (Coordination et initiatives pour et avec les réfugiés et
étrangers) dépose également une plainte. Il s’est entretenu avec
les 25 sans-papiers détenus au centre fermé de Vottem. « A l’issue
de cette visite, il a été constaté que leurs témoignages correspondaient
parfaitement », déclare le Ciré. Ces témoignages sont
confirmés par des certificats médicaux.

AUCUNE BAVURE, SELON LA POLICE

La police de la zone de Bruxelles-Midi considère, quant à elle,
qu’une force strictement nécessaire a été utilisée et dément
toute bavure. Selon elle, les incidents ont été limités. Elle
s’étonne que les avocats et les sans-papiers ne réagissent qu’une
semaine après les faits. La police confirme que les sans-papiers
étaient menottés au moyen de « colson ». Selon la police, les sanspapiers
sont restés calmes durant toute la journée jusqu’à leur
transfert vers Vottem en bus. La police accuse certains sympathisants
d’avoir excité les sans-papiers devant le commissariat à
Anderlecht au moment où ils le quittaient.

INFORMATIONS GENERALES

Patrie reconnue de la bière, du chocolat, et de la bande dessinée,
la Belgique possède également un riche héritage historique
et artistique avec les peintres primitifs flamands
(van Eyck, Memling …), les pionniers de l’art nouveau (Horta,…)
et du surréalisme (Magritte, Scutenaire,…). La population belge
est constituée grosso modo de
60 % de Flamands et de 40 % de
francophones (parmi lesquels il
faut distinguer les Wallons et
les Bruxellois).
La division linguistique du pays
remonte à l’époque où les Germains
s’installèrent au nord du
pays, là où il n’y avait pas de
Romains ni de Gaulois. Une
épaisse forêt séparait le Nord et
le Sud du territoire belge actuel, dont le tracé correspondait
plus ou moins à la frontière linguistique. La Belgique abrite
également le siège de la Commission européenne et de
l’OTAN.

DROITS HUMAINS

La Belgique a été à la pointe dans certains combats pour un
meilleur respect des droits humains. Elle a été très active dans
la lutte contre les mines anti-personnel et contre l’impunité,
avec l’adoption d’une loi de compétence universelle qui lui
permet de poursuivre les responsables de crimes de guerre, de
génocide et de crimes contre l’humanité. La portée de cette loi a
toutefois été nettement amoindrie suite aux pressions internationales,
dont celles d’Israël et des Etats-Unis, qui ont obtenu
que la loi ne s’applique qu’aux personnes ayant un lien avec la
Belgique.
Le gouvernement belge a été critiqué pour ses
livraisons d’armes au Népal, qui connaît actuelle-
ment une guerre civile et dont les autorités se sont rendues
coupables de graves violations des droits humains
(voir fiche Népal). Un contrat de fabrication d’une usine
de munitions en Tanzanie a été rejeté par la Région wallonne en
2005, à cause des risques de voir ces munitions utilisées par des
pays en guerre, comme le Congo (RDC).

La politique belge à l’égard des demandeurs d’asile s’est
durcie ces dernières années, avec le recours de plus en plus fréquent
aux expulsions, même collectives comme ce fut le cas en
octobre 1999 avec le renvoi de Tziganes en Slovaquie et en
février 2001 avec celui d’Ouïghours au Kazakhstan. La situation
des mineurs est également préoccupante. En effet, la Belgique
continue de placer en centres fermés des familles avec enfants,
malgré les protestations de plusieurs associations de défense des
droits humains et les mises en garde de pédiatres. Depuis avril
2006, les sans-papiers se mobilisent, que ce soit par des occupations
d’église ou d’autres bâtiments, par des manifestations, des
actions symboliques ou par des grèves de la faim ou de la soif.
De nombreuses interpellations d’élus ont aussi eu lieu et des
marques de soutien politique ont été données. L’Eglise catholique
a également déclaré qu’elle soutenait la cause des sanspapiers.
L’objectif principal de ce mouvement est de faire pression
sur le gouvernement afin d’obtenir la régularisation
des sans-papiers, présents en Belgique parfois depuis de
longues années. A cette fin, une liste a été mise en place, où des
dizaines de milliers de sans-papiers se sont inscrits. Le but est
également d’inciter le Parlement à définir des critères clairs et
objectifs de régularisation et à instituer une commission permanente
de régularisation qui serait chargée d’entendre les sanspapiers.
Jusqu’à présent, en dehors de quelques cas particuliers,
le Ministre de l’Intérieur Patrick Dewael est resté sourd à ces
appels et veut maintenir une approche au cas par cas. Le
Ministre ne compte pas non plus inscrire de critères précis de
régularisation dans une loi, comme le demandent les organisations
qui soutiennent les sans-papiers. Cette politique ferme a
fait chuter le nombre de demandes d’asile : en avril 2006, seules
870 demandes d’asile ont été introduites dans notre pays, ce qui
constitue le chiffre le plus bas depuis 1997. Si cette tendance se
prolonge dans les prochains mois, la Belgique pourrait comptabiliser
moins de 12 000 demandes d’asile en 2006. Pour information,
il y a eu 42 000 demandes en 2000 avant que ce
chiffre ne tombe entre 15 000 et 17 000 ces trois dernières
années.

Pour plus d’informations : http://www.amnestyinternational.
b...

RACISME

En mars 2005, une femme musulmane a présenté sa démission
du poste qu’elle occupait dans une entreprise de transformation
alimentaire en Flandre occidentale, après que son
employeur eut reçu sept lettres de menace de mort, car l’employée
portait le voile sur son lieu de travail. Malgré ces
menaces, l’employeur a activement soutenu la jeune femme, qui
a repris ses fonctions en avril 2005.

ACTUALITÉ

En trois mois, trois faits divers ont choqué la population en
2006. Bien que n’ayant aucun lien entre elles, ces affaires créent
un sentiment d’insécurité et posent des questions sur la société
belge :
 Le 12 avril 2006, Joe Van Holsbeeck, 17 ans, est poignardé
à mort pour son lecteur mp3, en pleine heure de pointe à
la gare centrale. La police suspecte très vite des jeunes
d’origine maghrébine, créant l’émoi dans toute cette
communauté. Il s’avère que les présumés coupables
étaient en fait deux adolescents d’origine polonaise. Une
manifestation réunissant 80 000 personnes a parcouru les
rues de Bruxelles, en solidarité avec la famille de la
victime.

 Le 11 mai 2006, un skinhead belge de 18 ans a tiré sur plusieurs
personnes dans les rues d’Anvers. Une femme turque
de 46 ans a survécu à ses blessures, mais une Malienne de
24 ans a été tuée, de même que la fillette belge de 2 ans
dont elle avait la garde. Le raid meurtrier a été perpétré
par le neveu d’une élue du parti d’extrême droite Vlaams
Belang.

 La nuit du 10 juin, Stacy et Nathalie, deux fillettes de 7 et
10 ans, disparaissent à Liège. On les retrouvera mortes un
peu plus tard. Ce nouveau crime ravive l’émotion suscitée
par l’affaire Dutroux et relance le débat sur les réponses à
apporter aux crimes pédophiles.

PISTES PÉDAGOGIQUES

 Sur la politique d’asile : faites une recherche sur les
nationalités les plus présentes parmi les demandeurs d’asile.
Quelles sont les raisons qui expliquent ces demandes d’asile ?
Faites le portrait de quelques demandeurs d’asile. Voir le site
du cire : www.cire.irisnet.be

 Sur les défenseurs des droits humains : quelles sont les
personnes en Belgique qui, selon vous, peuvent être considérées
comme défenseurs des droits humains ? Quels sont les
moments clés des progrès pour les droits des femmes, pour
les droits sociaux et pour la démocratie ? Voir le site de la
ligue des droits de l’homme www.liguedh.be

 Sur l’avenir de la Belgique : comparez la Belgique et la
Yougoslavie avant son éclatement (voir fiche Bosnie). Pensezvous
qu’il est possible que la situation se dégrade entre les
communautés flamandes et francophones au point de provoquer
un tel conflit ? Quels sont les facteurs qui pourraient
provoquer un tel risque ? Quelles sont, d’après vous, les
mesures à prendre pour l’éviter ?

 Sur l’art et la littérature : trouvez des exemples de films,
de chansons (ou de groupes), de pièces de théâtre, de romans,
de spectacles, d’expositions,… qui parlent des droits humains
(au sens large) en Belgique. Quels sont les thèmes abordés ?
Comment le public est-il invité à participer à des actions de
solidarité en Belgique ?
Voir le site www.cdkd.be/fr/index.html


Pour aller plus loin sur internet
 :

 www.espace-citoyen.be : un site avec plein d’idées pour agir
en Belgique et dans le monde et pour mieux comprendre l’actualité
sociale, politique et citoyenne.

 www.vivelademocratie.be : un site contre l’extrême droite, le
racisme et l’intolérance. En signant le manifeste « Pour que
vive la démocratie », vous vous engagez à défendre les valeurs
démocratiques.

 www.portaildemocratie.be : explique de façon claire et
ludique le fonctionnement des institutions démocratiques.
Parlement, gouvernement, suffrage,majorité,...

 www.communaute-enjeux.net : Pour mieux comprendre le
fédéralisme, les institutions belges, les élections et la Communauté
française.

 www.mondequibouge.be : met sur le devant de la scène ces
citoyens, enseignants, animateurs, parents, professionnels
divers qui proposent régulièrement des activités et des outils
permettant aux enfants, aux jeunes et aux adultes de prendre
conscience des interdépendances entre le progrès social, le
développement économique et l’environnement (développement
durable).

 www.journalessentiel.be : « L’actualité simple comme bonjour
 », voilà la philosophie du journal « L’Essentiel ». Les faits
d’actualité (politique belge, international, sport, société, culture...)
y sont abordés chaque mois dans la version papier du
journal et sur le net.