Equateur

Wilman Adolfo
Jiménez Salazar :
risque la prison pour
avoir défendu des
paysans contre une
compagnie pétrolière.

Le défenseur des droits
humains Wilman Jiménez
Salazar a été libéré sous caution
le 6 juillet 2006. Il était
détenu dans la caserne d’une brigade
militaire de la province de Pastaza. Amnesty International
est cependant très préoccupée à l’idée que cet homme ne
soit jugé par un tribunal militaire, ce qui serait contraire aux
normes internationales d’équité.
Wilman Jiménez Salazar a été arrêté le 19 juin 2006,
alors qu’il photographiait des policiers et des militaires
occupés à réprimer une manifestation de paysans
contre les répercussions sur l’environnement des activités
d’une compagnie pétrolière installée à Payamino, dans
la province d’Orellana (Est de l’Équateur). La police et l’armée
auraient utilisé du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc
afin de disperser les manifestants, blessant Wilman
Jiménez Salazar et un autre homme.
Selon certaines informations, la compagnie pétrolière
a accusé Wilman Jiménez Salazar de « terrorisme » et de
« sabotage », et les autorités judiciaires militaires auraient
ouvert une enquête sur lui. Il semble que ces investigations
aient pour objectif d’intimider Wilman Jiménez Salazar,
afin que celui-ci cesse ses activités légitimes de défenseur
des droits humains. Si les autorités militaires retiennent
des charges contre cet homme, il sera jugé par un tribunal
militaire, ce qui ne garantirait pas un procès équitable.

Pour plus d’informations, se référer à l’action urgente
Amnesty du 13/07/06 sur
http://web.amnesty.org/library/Inde...


María Diocelinda Iza Quinatoa, menacée

María Diocelinda Iza Quinatoa, présidente indigène de
la section des femmes de l’Unión de Organizaciones
Campesinas del Norte de Cotopaxi (UNOCANC, Union
des organisations paysannes du nord du Cotopaxi), est en
butte à une campagne d’intimidation et de menaces qui ne
cesse de s’intensifier et qu’Amnesty International pense liée à
ses activités de militante contre la signature d’un accord de
libre-échange entre l’Équateur et les États-Unis. L’organisation
est inquiète pour la sécurité de cette femme ainsi que
pour celle de sa famille et des membres du personnel de
l’Unión de Organizaciones Campesinas del Norte de Cotopaxi
(UNOCANC, Union des organisations paysannes du nord du
Cotopaxi).

María Diocelinda Iza Quinatoa a coordonné la participation
des communautés indigènes du Cotopaxi à des manifestations
de masse contre l’accord de libre-échange à
Quito, la capitale, en mars et avril 2006. Les organisations
indigènes pensent que cet accord aura un impact négatif sur les
producteurs et le commerce locaux. Le 10 avril, après avoir
assisté à une réunion avec d’autres leaders indigènes à Quito,
María Diocelinda Iza Quinatoa aurait été menacée à l’arme
blanche par deux inconnues, alors qu’elle marchait dans la rue.
L’une des femmes lui aurait demandé : « Tu reviens pour organiser
les manifestations ? ». Elles auraient volé son sac à dos, qui
contenait des documents confidentiels ainsi que ses papiers
d’identité.
María Diocelinda Iza Quinatoa a signalé ces faits le jour
même à la police judiciaire nationale à Quito. Bien qu’elle ait
insisté sur le fait qu’elle avait été victime d’un vol, le policier qui
a enregistré sa plainte l’aurait classée dans la catégorie des documents
perdus. Le 12 avril, elle a de nouveau signalé les faits à la
police judiciaire nationale du Cotopaxi, où, là aussi, le fonctionnaire
de service a rempli un formulaire de perte de papiers
d’identité. Amnesty International sait qu’aucune enquête n’a été
ouverte sur ces événements et est préoccupée à l’idée que la
plainte déposée par María Diocelinda Iza Quinatoa n’ait pas été
prise au sérieux.

Pour plus d’information, se référer à l’Action Urgente d’Amnesty
International, AU 134/06, disponible sur :
<http://web.amnesty.org/library/Inde...

INFORMATIONS GENERALES

L’Équateur, le plus petit des pays andins partage avec le
Pérou l’héritage inca, qui y a laissé de nombreuses traces.
Les vertigineux volcans enneigés et la jungle amazonienne
se côtoient à l’intérieur d’un périmètre équivalent à la moitié
de la France et 9 fois la Belgique. Au large, dans le Pacifique, les
îles Galápagos s’éparpillent sur 50 000 km2, à quelque
1 000 km de la côte.
La culture équatorienne est très diversifiée puisque ce fut sur la côte que les conquistadores colonisèrent
le pays, laissant les Amérindiens de la Sierra
pratiquer leurs traditions autochtones.
Bénéficiant de ressources pétrolières, ce pays est situé
comme son nom l’indique sur l’équateur, en Amérique du Sud.
Il possède également un potentiel agricole important, et a pu
développer l’exportation de bananes. Mais la situation des paysans,
notamment des Indiens des hauts plateaux andins, n’a
cessé de se dégrader, alors que le pays doit faire face à une forte
dette extérieure. Les années 1980 ont été marquées par des élections
régulières, mais aussi par une lutte contre la production
de drogue. En novembre 2002, Lucio Gutierrez est élu président
grâce au soutien des « descaminados », les « sans chemises
 », ceux qui appartiennent aux classes sociales défavorisées.
Ancien colonel de l’armée, Gutierrez a participé en 2000 à un
putsch (coup d’Etat) avec un mouvement populaire indien, qui
renversa le président élu, Jamil Mahuad. Le nouveau président
s’est engagé à combattre la corruption administrative et à offrir
la gratuité du système de santé aux pauvres (environ 80% de la
population). Il suit pourtant les recommandations du FMI, tout
en refusant d’intégrer la Zone de libre-échange des Amériques
(ZLEA) prônée par les USA.

Le pays reste fracturé, dominé par des intérêts des grandes
compagnies qui voient d’un mauvais oeil la politique du gouvernement.
Le 20 avril 2005, le président est destitué par un vote du
Congrès et remplacé par le vice-président Alfredo Palacio. En
octobre 2005, Gutierrez est arrêté à son retour de Colombie et
inculpé de corruption et d’atteinte à la sécurité de l’État.
Comme en Bolivie, les Indiens s’affirment de plus en plus
sur le plan politique. Leur principale organisation politique, le
Pachakutik, a des chances d’emporter les prochaines élections,
avec leur candidat Luis Macas, le premier député indigène du
pays, qui fut aussi brièvement ministre sous le précédent gouvernement.
L’Equateur entretient des relations difficiles avec le
Pérou, notamment à cause de disputes territoriales le long
de la frontière, en pleine forêt amazonienne. Les réfugiés
colombiens fuyant le conflit armé dans leur pays sont de plus
en plus nombreux ; selon certaines informations, 20 000
demandes d’asile ont été déposées entre janvier et octobre 2005.
Les forces armées colombiennes et des groupes d’opposition
armés auraient pénétré dans les zones frontalières de l’Équateur,
de plus en plus militarisées. A l’heure de la rédaction de ce
dossier, les résultats des élections présidentielles et législatives
d’octobre et novembre 2006 ne sont pas connus.


DROITS HUMAINS

Des opposants au gouvernement ont été menacés. Dans les
zones d’extraction du pétrole, des affrontements ont régulièrement
lieu entre les paysans et les forces de l’ordre. L’état d’urgence
a été proclamé en mars 2006 dans les provinces d’Orellana,
de Napo et de Sucumbios, à la suite d’importantes
manifestations contre l’impact sur l’environnement des compagnies
pétrolières. Au cours de ce mouvement de protestation, de
violents affrontements ont opposé les manifestants aux forces
de sécurité. L’état d’urgence, toujours en vigueur aujourd’hui, a
suspendu les droits à la liberté d’expression, de mouvement
et d’association, et confère aux forces de sécurité le
pouvoir de fouiller des lieux de résidence et d’arrêter des
personnes sans mandat judiciaire.


TORTURE ET IMPUNITÉ

Au mois de novembre 2005, le Comité contre la torture [ONU]
a fait part de sa préoccupation quant au nombre élevé d’allégations
d’actes de torture et de mauvais traitements infligés
en particulier à des indigènes, à des femmes et à des personnes
lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres. Le Comité
s’est aussi dit vivement inquiet devant le fait que les plaintes
pour atteintes aux droits humains commises par les forces de
sécurité continuaient à être examinées par des tribunaux militaires
et de police, qui n’étaient ni indépendants ni impartiaux.

ENFANTS

En juin 2005, le Comité des droits de l’enfant [ONU] a relevé
avec inquiétude la discrimination dont faisaient toujours l’objet
les autochtones et les Afro-Équatoriens, y compris les enfants ;
les restrictions à l’exercice du droit à l’éducation et à la
santé par les enfants indigènes pauvres ; et l’insuffisance
des politiques visant à combattre le problème généralisé
de la maltraitance et de la violence au sein de la famille. Le
Comité était également préoccupé par le nombre élevé d’enfants
qui travaillaient ou qui étaient victimes d’exploitation
sexuelle à des fins commerciales.

PISTES PÉDAGOGIQUES

 Faire une présentation de la civilisation inca et de ses
apports, notamment dans le domaine de l’astrologie.
voir le site <http://www.e-equateur.com/histoire....>

 Présentation du pays dans ces différents aspects, à partir
de contes, d’un documentaire sur la vie des Amérindiens, :
voir le dossier pédagogique « En route pour… l’Équateur » proposé
par les Iles de paix. Plus d’infos sur <http://www.ilesdepaix.
org/nord/fi...
>
Sur le rôle des « Indigènes », se référer à Michel Faure, Les
Indiens, force émergente en Équateur, Le Monde, 13/07/06.
Sur l’histoire de la conquête des Amériques et sur la culture
amérindienne, voir « 40 enfants découvrent l’Amérique », une
cassette vidéo pour le primaire éditée par Amnesty (accompagnée
d’un dossier pédagogique).

Littérature :

. Luis Sepúlveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, Seuil,
1997 : Roman écologique évoquant la vie des Indiens Shuars
dans la forêt amazonienne de l’Équateur, entre l’Équateur et
le Pérou. Ce premier roman de l’auteur est dédié à Chico
Mendez, dont Sepúlveda a partagé la lutte.

. Jorge Icaza, L’homme de Quito, Albin Michel, 1993 : raconte
les aspirations sociales et les cruelles déconvenues d’un métis
(chullo).