Guatemala

Dominga Vásquez, maire
d’un village et militante
des droits du peuple maya.

Dominga Vásquez est maire d’une
localité de l’ouest du pays et
membre de la Fundación Maya
(FUNDAMAYA, Fondation maya), un
groupe de défense des droits des
peuples indigènes. Avec son mari
Alfonso Guarquez, journaliste, et un
autre membre de l’association, elle a été menacée de mort.
Apparemment, le but de ces manoeuvres d’intimidation était
de les empêcher de s’opposer à l’expansion de l’industrie
minière dans leur région.
En mars 2005, Carlos Humberto Guarquez, un des
membres de Fundamaya, retrouve sa voiture en feu. Autour
du véhicule, on a retrouvé cinq lettres de menaces. L’une
d’elle disait : « Tout ça, M. Carlos Humberto, c’est parce que tu t’es
mêlé de ces conneries sociales, demain, ce sera ton tour de disparaître
de ce monde. On finit toujours par saigner les porcs, c’est ce qui va
arriver à Mme Dominga [Vásquez] et à son mari Alfonso Guarquez. »

Pour en savoir plus, se référer à l’action urgente du 5 avril
2005 disponible sur
http://web.amnesty.org/library/Inde...

La question des peuples indigènes et de
la répartition des terres

« Un des problèmes fondamentaux que rencontrent les peuples
autochtones est celui qui touche au droit à la terre. Privés
d’accès à la terre, attendant en vain la résolution des
actions qu’ils mènent sur le plan agraire, contraints de constater que
les territoires traditionnels, tels que les forêts communales, ne sont pas
respectés, déplacés contre leur gré par des projets de développement
économique et confrontés aux problèmes causés par la perte de leurs
terres à la suite du conflit armé, les autochtones vivent dans un climat
de tensions sociales de plus en plus vives. Les femmes, tout particulièrement,
connaissent une situation éminemment précaire. »

(Extrait du rapport de la mission effectuée en 2002 au
Guatémala par le Rapporteur spécial sur la situation des
droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations
autochtones).

L’inégalité foncière est criante au Guatémala. En 2000, 1%
de la population occupait près des deux tiers des terres. Les
familles rurales constituent 93% des personnes considérées
comme extrêmement pauvres. Les conflits autour de la terre
sont fréquents. Selon l’agence gouvernementale de résolution
des conflits fonciers, 1052 cas litigieux étaient en instance
dans tout le pays en décembre 2005.
Depuis que le président Óscar Berger est entré en fonction
en janvier 2004, des milliers de familles indigènes et de
travailleurs agricoles ont été chassés de leurs foyers. La plupart
d’entre eux vivaient sur des terres dont la propriété était
contestée, et certains avaient occupé des terres pour protester
contre les violations de leurs droits. Les membres des forces
de sécurité ont, dans bien des cas, fait un usage excessif de la
force lors des expulsions : ils ont battu les habitants et les ont
maltraités, ont détruit les habitations et les biens, et plusieurs fois tué certains d’entre eux.

Amnesty International estime que le fait de ne pas garantir aux populations indigènes
et aux travailleurs agricoles un accès équitable et garanti à la
terre empêche les communautés rurales d’exercer leur droit à
un niveau de vie décent, et notamment à la nourriture et au
logement, ce qui les condamne à la pauvreté et les expose à des
violences.


RIGOBERTA MENCHU

Rigoberta Menchú est une indienne
quiché du Guatémala. Elle a consacré
sa vie à la défense des droits des
peuples autochtones. Lors de la guerre
civile guatémaltèque, malgré les menaces
qui pesaient sur elle, Rigoberta Menchú a
dénoncé les exactions commises par les
forces armées. Prix Nobel de la Paix en 1992, ambassadrice de
bonne volonté de l’UNESCO depuis 1996, elle a participé à l’élaboration
de la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones
adoptée par le Conseil des Droits de l’Homme en juin 2006.

INFORMATIONS GENERALES

Au XVIe siècle, après les victoires des troupes espagnoles de
Cortès sur les Quichés, un groupe ethnique maya, le Guatémala
devient une province de la Nouvelle-Espagne. En
1821, il accède à l’indépendance, mais est immédiatement intégré
au nouvel Empire Mexicain d’Iturbide. Il fait sécession en
1823 pour former les Provinces Unies d’Amérique Centrale, une
république fédérale réunissant le Guatémala, le Honduras, le
Salvador et le Costa-
Rica. Les dissensions
politiques entre les
provinces ont raison
de leur union et la
fédération se démantèle
en 1839, donnant
naissance aux
cinq États d’Amérique
centrale que
nous connaissons
actuellement.
Le Guatémala
connaît alors une
suite de dictatures.
Justo Rufino Barrios
est au pouvoir
de 1873 à 1885, Manuel Estrada Cabrera de 1898 à 1920 et
Jorge Ubico Castañeda de 1931 à 1944. Chacun d’eux
ouvre toujours un peu plus le pays aux entreprises
américaines et surtout à la United Fruit Company (UFCO).

Cette compagnie spécialisée dans la production et le
commerce de la banane est fondée en 1899 par un
jeune entrepreneur, Minor Keith. Présente dans la plupart
des pays d’Amérique latine, elle multiplie ses relations avec
les régimes dictatoriaux de l’époque et devient de plus en plus
puissante. Elle établit son siège au Guatémala et s’impose
comme un acteur majeur de la vie politique, économique et
sociale guatémaltèque. Au milieu du XXe siècle, elle est le principal
employeur du pays, possède les meilleures terres arables et
contrôle la quasi-totalité du réseau de transport et de communication
local.

Opprimés, exploités par des compagnies agricoles étrangères,
les Guatémaltèques se soulèvent en 1944 et renversent le
Général Castañeda. Un groupe de militaires dissidents, dirigé
entre autres par Jacobo Arbenz, assure temporairement le pouvoir
et organise les premières élections démocratiques du pays.
L’élection de Juan José Arevalo en 1945 marque le début d’une
période de prospérité et de démocratisation que les historiens
appellent « les dix années de printemps ». Arévalo lance plusieurs
programmes de réformes sociales et autorise la création
de nouveaux partis et de nouveaux syndicats.
En 1951, Jacobo Arbenz lui succède démocratiquement. Ce
dernier fait adopter une réforme agraire de redistribution des
terres en jachère. Cette réforme qui menace les intérêts de
l’UFCO et les relations qu’entretient Arbenz avec les partisans
communistes guatémaltèques inquiètent les États-Unis. La CIA,
appuyée par des membres de l’administration Truman, met en
place différents plans afin de destituer Arbenz, ou même d’éliminer
certains membres de son gouvernement. Arbenz démissionne
au profit d’Armas qui asseoit son autorité en faisant systématiquement
supprimer ses opposants. De nouveau, les
dictatures militaires se succèdent. C’est dans ce contexte
qu’éclate, en 1960, la guerre civile guatémaltèque.

Le conflit oppose les troupes gouvernementales et les
groupes armés d’extrême droite (la Mano Blanca, la Main
Blanche) à différents groupes rebelles : les Fuerzas Armadas
Rebeldes (FAR, Forces armées rebelles), le Ejército Guerrillero del Pobre
(EGP, Armée de Guérilla des Pauvres) et l’Organización Revolucionaria
del Pueblo Armado (ORPA, Organisation Révolutionnaire du
Peuple en Armes). En 1982, les rebelles s’unissent pour former
la Unión Revolucionaria Nacional Guatemalteca (URNG, Union Révolutionnaire
Nationale Guatémaltèque). Les gouvernements militaires
de Fernando Lucas Garcia et celui du général Efrain
Rios Montt sont considérés comme les plus sanglants du Guatemala.
La guerre dure 36 ans et fait environ 200 000 victimes. En
1984, le Général Mejía permet une démocratisation progressive
lorsqu’il autorise la création d’une assemblée constituante dont
les membres sont élus librement. Une nouvelle Constitution est
adoptée en 1985 et le président Vinicio Cerezo est élu en 1986.
En 1994, les forces rebelles et les autorités guatémaltèques
acceptent le processus de paix négocié par les Nations-unies. En
1994 et 1995, plusieurs accords sur les droits de l’homme, sur
les personnes déplacées et sur les droits des minorités autochtones
sont signés. Le processus découle sur la signature d’un
accord de paix en 1996.
Alors que la Mission de Vérification des Nations Unies au
Guatémala (MINUGUA) estime que le cessez-le-feu est respecté, le
pays est encore en proie à une grave violence. Ces dernières
années, les cas de lynchages, de morts violentes et de tortures se
sont multipliés.

DROITS HUMAINS

L’impunité règne encore, même si des efforts ont été
déployés par la société civile et, dans une certaine mesure, par le
gouvernement. La Commission de Clarification Historique (CCH)
prévue lors du processus de paix a été mise en place en 1994 et a
rendu son rapport Guatémala : Mémoire du Silence en 1999. Selon la
Commission, les forces de sécurité guatémaltèques sont responsables
de 93% des violations des droits de l’homme commises
pendant la guerre civile et 83% des victimes identifiées sont des
indiens mayas. Ce constat conduit la Commission à qualifier les
exactions commises par les forces gouvernementales d’actes de
génocide. Les responsables de ces crimes n’ont toujours pas été
déférés en justice.

Peu des recommandations faites par la CCH ont été mises en
oeuvre par les autorités. Le gouvernement a toutefois demandé
pardon publiquement dans quatre affaires de violations des
droits humains commises pendant le conflit armé interne. Dans
le cas du massacre de Plan de Sánchez de 1982, au cours duquel
plus de 250 indigènes avaient été tués par les forces armées guatémaltèques,
ces excuses avaient été exigées par la Cour interaméricaine
des droits de l’homme.
Un nombre record de meurtres de femmes a été recensé en
2005. Les mesures prises par les autorités pour répondre à ces
violences restent inefficaces et inadaptées, et les poursuites
engagées contre les auteurs présumés aboutissent rarement. Les
défenseurs des droits humains font l’objet de nombreuses
menaces et manoeuvres d’intimidation. Plusieurs centaines de
litiges entre des communautés rurales et des propriétaires terriens
ne sont toujours pas résolus.

Pour plus d’informations, se référer au Rapport 2006 d’Amnesty
International, disponible sur :
<http://web.amnesty.org/report2006/g...>

Un nouveau rapport d’Amnesty sur les défenseurs des droits
humains au Guatemala vient de paraître (en anglais). Voir
<http://web.amnesty.org/library/inde...>

PISTES PÉDAGOGIQUES

 Sur le droit à la terre, comparer les situations du Brésil,
du Zimbabwé et du Guatemala (voir les autres fiches).

 Dresser un portrait détaillé de Rigoberta Menchu.
Aborder les contestations dont elle fait l’objet.
Se référer aux ouvrages suivants :

. David Stoll, Rigoberta Menchù and the Story of All Poor Guatemalans,
Harper Collins Publisher, 2000.

. Rigoberta Menchú, Moi, Rigoberta Menchú, Gallimard, 2001.
Consulter le dossier pédagogique de la Markkula School for
Applied Ethics qui est consacré à Rigoberta Menchú, disponible
sur :
<http://scu.edu/ethics/architects-of...>

 Introduction à la civilisation maya quiché. Lire et étudier
Popol Vuh : Le Livre des Indiens Mayas Quichés, la traduction
française du manuscrit contenant la genèse du monde selon
les mayas quichés.

 Réaliser un exposé sur la United Fruit Company et les
conséquences politiques, économiques et sociales de son
implantation dans l’Amérique du Sud et dans les Caraïbes.

Se référer aux articles et ouvrages suivants :

. Pierre Gilhodès, La Colombie et l’United Fruit Company, Revue
Française de Science Politique, 1967, 17 (2), p. 307-317, disponible
en ligne à partir de : <www.persee.fr>

. Stephen E. Schlesinger, Stephen Kinzer, Bitter fruit : The
Story of the American Coup in Guatemala, Rockefeller Center for
Latin American Studies, 1999

. Alejandra Batres, « The Experience of the Guatemalan United
Fruit Company Workers, 1944-1954 : Why Did They Fail ? », Texas
Papers on Latin America, Paper No. 95-01, disponible sur :
<http://lanic.utexas.edu/project/ete...>

. Pablo Neruda, La United Fruit Co., Canto General, 1950, disponible
sur : <http://www.mi.unierlangen.de/~plaum...>

 Projeter et étudier Le Pays Hanté, Mary-Ellen Davis
(2001), retraçant la rencontre de deux hommes pendant la
guerre civile. Consulter le site du Comité contre l’Impunité
au Guatémala, disponible sur :
<http://www.chaotikimage.com/guatema...>