1.6) Répression menée contre des mouvements religieux ou spirituels

Il est difficile d’avoir des statistiques sur les
religions en Chine. Le pays est en principe
athée, mais on estime à plus 100 millions
le nombre de “croyants” dont 18% de
musulmans, 10% de protestants, 7,2% de
bouddhistes, 4% de catholiques et 2,5% de
taoïstes.

Dans la tradition chinoise, on parlait
surtout des trois religions traditionnelles,
ou plutôt des « trois écoles » : le taoïsme, le
confucianisme, et le bouddhisme.

Durant la période de la Révolution Culturelle,
de 1966 jusqu’à la fin des années
1970, l’Etat ne tolérait pas la religion et
méprisait les valeurs culturelles traditionnelles
 : destructions de lieux de culte,
arrestation ou déportation de nombreux
croyants et membres des clergés, assassinat,
mépris et destructions systématiques
de celle-ci.

En 1978, la liberté de croire est inscrite
dans la Constitution et cinq religions sont
reconnues et déclarées officielles : le bouddhisme,
le taoïsme, l’islam, le protestantisme
et le catholicisme.

Depuis quelques années, Pékin reconnaît
que la religion fait partie intégrante de la
société chinoise, et le régime accorde
même des subventions pour construire de
nouvelles églises officielles. Dans le même
temps, les autorités ont démantelé des
paroisses clandestines qui attiraient un
nombre croissant de fidèles. La relative
libéralisation qui se poursuit depuis la fin
des années 70 est soutenue du côté des
autorités en partie par la prise de
conscience de l’utilité des religions sur les
plans économique (grâce au tourisme et
aux investissements) et diplomatique (par
exemple avec la poursuite de contacts
culturels et religieux avec Taïwan).

Mais la libéralisation religieuse reste très
relative. Les pratiques sont toujours encadrées
par les associations patriotiques, et à
un plus haut niveau par les organisations
liées au Parti Communiste Chinois (PCC).
Tout culte existant en dehors du contrôle
du Parti est déclaré illégal. Ainsi, la religion
catholique existe officiellement à
travers l’Église catholique patriotique de
Chine, qui est indépendante de Rome et
dont les évêques sont désignés par Pékin, et
non par le pape. En Chine, les Catholiques
qui reconnaissent l’autorité du Pape,
comme tous les autres membres de religions
non reconnues par l’État, sont en
butte à des persécutions extrêmes.

En avril 2001, le PCC lance la campagne
« Frapper Fort » qui vise le renforcement de
la persécution des groupes religieux non
officiels (bouddhistes tibétains, catholiques
reconnaissant le pape, protestants, musulmans
 ouïghours principalement- et les
pratiquants de Falun Gong).

L’absence de liberté de religion encourage
les Chinois à fréquenter les paroisses clandestines,
lesquelles apparaissent non seulement
comme des lieux de culte, mais aussi
comme des bastions de résistance.

On assiste aujourd’hui à une forte progression
de la religion protestante en Chine,
notamment sous sa forme évangélique.
Selon des données gouvernementales
chinoises que s’est procurées le mensuel
hongkongais Chengming, les Eglises protestantes
officielles compteraient aujourd’hui
20 millions de fidèles, et les Eglises clandestines
5 millions. Ces chiffres seraient
toutefois encore inférieurs à la réalité.

Enfin, il faut souligner le grand succès du
Falun Gong, un mouvement spirituel
« syncrétique ».
100 millions de Chinois seraient adeptes du
Falun Gong, ce qui représente plus que les
membres du Parti communiste ! En 2001,
les autorités chinoises lancent un plan
visant la persécution massive des adeptes
de ce mouvement. Le bureau 610 est créé. Il
s’agit d’une sorte de police religieuse
chargée d’éradiquer le Falun Gong. Des
membres sont arrêtés et placés en détention
administrative où ils sont soumis à la
torture ou à d’autres formes de mauvais
traitements.

En 2006, le gouvernement chinois a poursuivi
sa politique de répression de la
pratique religieuse en dehors des circuits
officiels. Des milliers de fidèles d’« églises
domestiques » clandestines protestantes et
de communautés catholiques non officielles
ont été arrêtés ; beaucoup ont été
maltraités, voire torturés en détention.

Sources : Amnesty International, Courrier
International n°735, 2/12/04 et Wikipédia

Bu Dongwei, pratiquant du Fa Lun Gong,
a été astreint en juin 2006 à deux ans et
demi de « rééducation par le travail » pour
« activités liées à une organisation interdite
 », après la découverte par la police de
documents du Fa Lun Gong à son domicile.
Il travaillait pour une organisation humanitaire
américaine.

Zhang Rongliang, pasteur d’une Église
clandestine arrêté et incarcéré à de
multiples reprises depuis 1976, a été
condamné en juin 2006 à une peine de
sept ans et demi d’emprisonnement pour
avoir traversé illégalement la frontière et
pour s’être procuré un passeport par des
moyens frauduleux.

Pour en savoir plus :

Rapports d’Amnesty

 Chine – Liberté religieuse : rien que des
morts, décembre 2004, disponible en cliquant ici

 La répression s’abat sur le Fa Lun Gong
et d’autres « organisations hérétiques »,
mars 2000, disponible en cliquant ici

Témoignage

Extrait d’un témoignage fait au Parlement
européen le 30 mai 2006.

Mme Chen Ying, pratiquante de Falun
Gong qui vit actuellement en France, a
révélé la persécution qu’elle a endurée en
Chine.

« J’ai été forcée à travailler énergiquement
pendant plus de seize heures par jours,
fabriquant des jouets, des cadeaux et des
baguettes de bambou jetables pour l’exportation.
Si je n’arrivais pas à faire ce qu’ils
me demandaient, j’étais privée de sommeil.
En plus des abus physiques, ils m’ont
torturée spirituellement en me forçant à
regarder des programmes TV et lire des
livres qui dénonçaient ma croyance. De
plus, j’étais forcée d’écrire mes réflexions
sur ce que j’avais vu et lu, de chanter les
chansons à la gloire des camps de travaux
forcés, et de me reconnaître coupable. On
m’empêchait aussi de parler aux autres. Ils
m’ont privée de ma dignité et de ma
personnalité humaine, m’ont forcée à
accepter le lavage de cerveau. J’étais sur le
point de m’effondrer mentalement.

La
cruelle torture spirituelle a fait que je me
sentais étouffée, comme si j’allais mourir.
Une telle souffrance sur le long terme m’a
rendue très faible. Le lavage de cerveau de
forte intensité du régime Communiste
Chinois était bien au-delà des limites de ce
que je pouvais endurer spirituellement et
physiquement. Je fus forcée d’abandonner
ma propre croyance et d’agir contre ma
conscience. La souffrance spirituelle résultant
du lavage de cerveau et de la soi-disant
‘’transformation’’ sont au-delà de ce que les
mots peuvent décrire. Je me sentais comme
un cadavre ambulant. »

Voir aussi un autre témoignage ici

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse