4.2. La liberté d’expression

« Toute personne a le droit à la liberté d’expression
et d’opinion, ce qui implique le droit de ne
pas être inquiété pour ses opinions et celui de
chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations
de frontières, les informations et les idées
par quelque moyen d’expression que ce soit ».

Article 19 de la Déclaration Universelle des
droits de l’Homme

La liberté d’expression est essentielle… Elle
fait partie de la nature humaine : depuis
que l’être humain s’est organisé en société,
il a cherché à comprendre le monde qui
l’entoure et à l’améliorer, notamment
grâce au langage, qui le distingue des
animaux.

La liberté d’expression est également essentielle
au bon fonctionnement de la démocratie.
En effet, sans elle, pas moyen d’être
informé de ses droits et de ses obligations.
Pas moyen non plus de dénoncer les injustices
et d’y remédier.

C’est pourquoi les journalistes jouent un
rôle essentiel dans la défense des droits
humains et que la presse est devenue « un
quatrième pouvoir », car le seul fait d’accéder
à l’information et de la diffuser
permet d’influencer la vie sociale et politique
d’un pays, voire d’un continent ou
même du monde, grâce à l’apparition des
nouvelles techniques de communication
(internet, télévision…).

« Une chose dont on ne parle pas, n’a
jamais existé. C’est l’expression seule qui
donne la réalité aux choses ».

Oscar Wilde (1856-1900)


RECHERCHE

Demandez à vos élèves de chercher dans
l’actualité des conflits dont on ne parle
jamais et dont ils n’ont jamais entendu
parler dans la presse ou à la télévision.
Comment expliquent-ils ce phénomène ?
Et chez nous, en Belgique, y a-t-il à leur avis
des thèmes dont on ne parle pas ? Pour
quelles raisons ?

EXPRESSION ECRITE, ARGUMENTATION

Lettre d’un ami chinois

Gao Zhisheng, connu sous le sobriquet
d’« avocat aux pieds nus », doit sa notoriété à
ses prises de position pour les droits de
l’homme et à ses remarquables lettres
ouvertes à M. Hu Jintao et à M. Wen Jiabao,
les dirigeants du Parti communiste. Il écrit,
dans sa troisième lettre :

« M. Hu Jintao et M. Wen Jiabao, permettez-moi de dire avec respect
que nous devons avoir le courage et la moralité
d’admettre que la machine politique, qui a brutalement
torturé notre nation pendant un demisiècle,
est entachée du sang et des larmes de
personnes innocentes et que la piteuse destinée du
peuple chinois, du fait de la coercition et l’oppression
de milliers d’années de tyrannie, n’a pas
encore pris fin. Nous devons reconnaître que notre
nation, notre peuple, ont le droit de vouloir la
démocratie, la liberté, un Etat de droit et des
droits de l’homme et que ce désir n’a jamais été
aussi fervent qu’aujourd’hui. Toute tentative
actuelle d’obstruer la quête des droits susmentionnés
s’avèrera vaine. Je vous prie de pardonner
ma franchise mais toutes les dettes de sang se
sont gravées dans les yeux, l’expérience et les
souvenirs salis des gens. Messieurs, ce n’est que
lorsqu’on a au coeur la sécurité des personnes
souffrantes qu’on peut trouver une vraie sécurité.
De même, c’est seulement lorsque vous vous
soucierez du futur de notre nation que vous aurez
aussi un bel avenir ! »

(Le 12 décembre 2005).

Analysez cette lettre avec vos élèves. Sur
quels principes l’auteur base-t-il ses arguments
 ? Quels sont les risques auxquels
s’expose le signataire de cette lettre ?

Vous pouvez demander à vos élèves d’écrire
une lettre aux autorités chinoises afin de
demander un plus grand respect des droits
humains. Demandez-leur d’imaginer et de
rédiger la lettre argumentative à partir
d’une situation décrite dans ce dossier.
Voir aussi la vidéo parlant de l’arrestation
de Gao Zhisheng sur Youtube (en
anglais), cliquez ici.

LA CENSURE EN QUESTION

« Toute personne a droit à la liberté d’expression ;
ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir
et de répandre des informations et des idées
de toute espèce, sans considération de frontières,
sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique,
ou par tout autre moyen de son choix. »

Article 19 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, signé par la
Chine en octobre 1998.

Il s’agit d’un article du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques. Vous
pouvez demander à vos élèves de
commenter cet article. Vous pouvez aussi
leur demander de le reformuler avec leurs
propres mots.

La Chine a signé ce traité il y a plusieurs
années. Pourtant, ce pays a mis en place
tout un système de censure, qui touche les
journalistes, les internautes, les éditeurs…
Recherche : sur base des informations
données dans le Chapitre 1.2 sur la liberté
d’expression, comparez la censure en
Chine avec celle exercée en Tunisie ou dans
d’autres pays autocratiques (pour votre
recherche, consultez les sites d’Amnesty et
de Reporters sans frontières).

Débat / Recherche

Posez à vos élèves la question suivante :
qu’évoque la censure pour vous ? Pensezvous
qu’elle est nécessaire au bon fonctionnement
d’un régime ? Pourquoi ?

Développez votre réponse avec des
exemples précis.

Que désigne le mot chinois Dazibao ? En
quoi est-il lié à la propagande ou à la
liberté d’expression ?

Débat / Dissertation

 Proposez à vos élèves d’écrire une dissertation
sur la liberté d’expression à partir du
cas de Shi Tao et de l’intervention de
Yahoo. Posez-leur les questions suivantes
pour alimenter leur réflexion :

 Qui porte la responsabilité de l’arrestation
de Shi Tao ?

 Est-ce qu’Internet en Chine est un outil
pour la défense des droits humains ou
au contraire un outil au service de la
censure et de la répression politique ?

 Peut-on accepter l’argumentation
chinoise, selon laquelle il y a des secrets
d’Etat que l’on ne peut divulguer ?

 Les journalistes ont-ils le droit ou le
devoir de tout dire ?

 Selon vous, faudrait-il apporter certaines
limites à la liberté d’expression ? Si oui,
lesquelles ?

Résumé de « l’affaire Shi Tao ».

Shi Tao, un journaliste chinois, a reçu en
juin 2007 la Plume d’or 2007, un prix qui
récompense les défenseurs de la liberté de
la presse.

Ce cyber-dissident chinois a été condamné
à dix ans de prison en Chine pour « divulgation
illégale de secrets d’Etat à l’étranger ». Dans
les faits, il a envoyé par mail à un site basé
à l’étranger un document officiel montrant
comment le gouvernement chinois muselait
la presse au sujet du quinzième anniversaire
du massacre de la place Tian-anmen.

Il a été repéré par la police chinoise
grâce à l’assistance du bureau de Yahoo
basé à Hong Kong (voir chapitre 1.2. sur la
liberté d’expression et le chapitre 2.3. sur
le rôle des multinationales).

La très officielle Association de la Presse
Chinoise est rapidement intervenu en
exigeant que le prix lui soit retiré, arguant
que le journaliste avait été condamné légalement
pour « divulgation de secret d’Etat ».
Georges Bloch, président du WEF (le World
Editors Forum, ou congrès international de
la presse), a répondu : « si cette loi rend
possible d’envoyer un journaliste en prison pour
une telle raison, elle devrait être immédiatement
abolie vu qu’elle est en contradiction avec toutes
les conventions internationales sur la liberté d’information
et les droits de l’homme. »
Il a
continué en affirmant que la liberté de
parole n’existait pas en Chine : « si elle existait,
ni Shi Tao, ni des dizaines d’autres journalistes
ne seraient en prison »
.

De son côté, la WAP (la World Association
of Newspapers, l’Association Mondiale des
Journaux, qui a décerne les plumes d’or) a
déclaré : « les autorités chinoises qui ont puni de
dix ans de prison un jeune journaliste doivent
revoir au plus vite cette décision. Shi Tao est innocent.
Nous appelons la communauté internationale
à redoubler d’efforts pour faire libérer Shi
Tao et les 80 autres journalistes et internautes
détenus en Chine ».

Lettre ouverte des écrivains chinois

À un an des Jeux olympiques, des écrivains
chinois ont écrit une lettre courageuse,
dans laquelle ils osent demander des
réformes au gouvernement.

En voici un extrait :

« Aujourd’hui, un an avant
la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à
Pékin, le CIO de Pékin a publié son slogan « Un
monde, un rêve ». Les citoyens chinois comme nous
devraient être fiers de pouvoir organiser cette fête
qui symbolise la paix, l’amitié et la justice. Mais,
avec regret, quand on voit la réalité, même au
cours de la préparation de cet événement, on est
obligé de se demander comment ce slogan décrit
le monde, et pour qui ce rêve se réalise-t-il ?
Comment faire pour que la Chine puisse organiser
une vraie fête dans l’esprit Olympique, qui
sera la fierté de tous les citoyens chinois, et appréciée
par le monde entier ?
Nous vivons dans un monde de plus en plus
globalisé, mais ce monde n’est guère paisible. La
confrontation entre les riches et les pauvres, la
violation des droits de l’homme par la dictature,
et la menace de la vie par la violence, sont à la
une de l’actualité quotidienne. Les peuples qui
ont échappés à la guerre, à la pénurie ou aux
malheurs dûs à la politique, sont de plus en plus
conscients que les droits de l’homme sont des
valeurs universelles. Ceux-ci jouent un rôle important
pour amener un monde de paix, de liberté
et de justice. Le monde qui est décrit dans ce
slogan est certainement un monde où tous les
gens jouissent des droits de l’homme. Un monde
qui ne respecte pas les droits de l’homme, ne peut
être qu’un monde brisé ou la dignité, l’égalité et
l’harmonie se font rares. Ainsi, le même rêve
décrit dans ce slogan, devrait être juste ce que
réclame la Déclaration universelle des Droits de
l’Homme et ce qu’affirme la Loi constitutionnelle
de la république populaire de Chine : les Droits de
l’Homme.

C’est pour cette raison, que nous conseillons au
CIO de Pékin de rectifier ce slogan en rajoutant
les éléments des droits de l’homme, ce qui correspond
plus à l’esprit olympique. À cette occasion,
le gouvernement chinois devrait montrer une
belle image comme la plupart des pays civilisés,
en respectant les Droit de l’Homme promis dans
la loi constitutionnelle, et tenant compte de son
engagement d’amélioration des droits humains
au moment de la demande de l’organisation des
jeux olympiques. Le slogan olympique de Pékin
devrait être : Un monde, un rêve, et les droits de
l’homme universels.

Avec ce slogan, tous les citoyens chinois seront
encouragés par cet événement, ce serait une
opportunité réelle pour le progrès de la Chine,
pour l’harmonie de la société. Y a-t-il un autre
rêve plus merveilleux que "le même monde, les
mêmes droits de l’homme" ?

Nous avons ce rêve, mais nous avons aussi des
inquiétudes. Ces dernières années, bien que le
gouvernement chinois répète ses engagements
dans la protection des droits de l’homme, ainsi
que l’abolition du système de “détention et rapatriement”
en 2003, et l’inscription dans la loi
constitutionnelle de la clause "protection des
droits de l’homme" en 2004, le gouvernement
chinois n’a pas pris des mesures réelles pour
prouver ses efforts pour l’amélioration des droits
de l’homme. Au contraire, ce que nous avons vu,
entendu et vécu, c’est le détournement des informations
et la répression de la liberté d’expression.

Les défenseurs des droits de l’homme sont de plus
en plus opprimés, les critères des droits de
l’homme reconnus internationalement sont
déformés, les actes de violence contre les pauvres
sont de plus en plus fréquents et atroces. Même la
préparation des Jeux Olympiques devient une
excuse pour le gouvernement afin de violer les
droits des pauvres gens. Tous ces faits sont
contraires à l’esprit Olympique, la Chine perd sa
crédibilité devant la communauté internationale
et devant ses propres citoyens.

Le gouvernement est conscient de la gravité de ces
faits, c’est pour cela que le pouvoir central a
annoncé une politique "basée sur l’humain" et
une "société harmonieuse". Mais, l’essentiel n’est
pas d’annoncer des slogans, il faut prendre des
mesures concrètes. Si les droits de chaque citoyen
ne peuvent pas être respectés, même si on mobilise
toutes les ressources pour peindre les façades
des villes, pour construire des batiments pharaoniques,
ou décrocher de nombreuses médailles, on
ne peut pas cacher la réalité : la Chine est un pays
qui ignore les droits de l’homme.

Comment la
flamme olympique peut déguiser une société si
conflictuelle, et camoufler l’environnement gravement
pollué ? Si le gouvernement agit ainsi,
comment ses propres citoyens peuvent-ils
partager le même rêve ?

En tant que citoyens de la Chine, et citoyens du
monde dans une époque globalisée, nous espérons
que les problèmes des droits de l’homme peuvent
être résolus définitivement, que les jeux olympiques
puissent se dérouler dans des conditions
libres et paisibles, que les étrangers puissent
apprécier notre pays qui respecte les droits
humains. Mais la réalité de la Chine nous déçoit,
et nous met en colère. Nous savons que sur le
sujet des droits de l’homme, notre gouvernement
devrait et pourrait faire mieux, mais nous avons
perdu petit à petit l’espoir et la confiance dans
notre gouvernement qui est en crise de légitimité.
(...) »

Pour voir la lettre dans son intégralité, cliquez ici.

Mise en scène / Happening

Proposez à vos élèves de faire connaître
cette lettre de façon originale :

 inventez une mise en scène, avec des
écrivains prenant la parole, puis la
police chinoise qui intervient afin de les
faire taire…

 action Dazibao : affichez la lettre ainsi
que des slogans sur les JO partout dans
l’école, comme les Dazibao, ces journaux
muraux qu’utilisaient les étudiants
chinois lors des manifestations de la
place Tienanmen en 1989. Proposez
ensuite un débat avec la vision d’un
reportage (par ex avec le DVD sur la
peine de mort en vente chez Amnesty).

ANGLAIS
Étude d’une chanson

Proposez à vos élèves de traduire cette
chanson écrite par un dissident chinois.
Demandez-leur en même temps de faire
une recherche sur les événements de la
place Tiananmen, en juin 1989, lorsque
l’armée chinoise a réprimé les manifestations
étudiantes.

CHANSON POUR LES ETUDIANTS DE
TIANANMEN

To the Students at Tiananmen
by WANG YU

From the time you gathered at Tiananmen
Our daylight dissolved into your midnight
To become a white night enmeshed in nightmares
As twilight descended upon your shoulders
Dawn’s light slowly ascended
Our terrified eyes
Irrepressible cries of horror
As yet another white night arrived
We lived in
A nightmare between
The eastern and western hemispheres
Between one night and the next and one dream
and the next
The direction shifted
And crisis concealed itself beside you
From the first it was a group of you
Betraying yourselves
Beware !
Youth of China
History bowed its head in shame
The badge of revolution rusted
And warped
A thief’s cunning
A butcher’s treachery
Exhausted
We glued our eyes to the news
On the glittering screen
In the newspaper
We joined our hearts to your bodies
The white night scorched us
At some unknown time
The troops appeared
And shouted with rage—
Your echo
Resounded across the globe
You were our hope
China’s future
In the heart of the motherland
With youth you attacked
Withered arteries
And transplanted them with living
Democracy and freedom
In May 1989
The world watched you in hope
Youth of China
As you shed your light on the darkness
And lit a lantern in the heart of the motherland
Where darkness transited into white night
Hope battled despair
Blind to the tanks
Blind to recklessness
Have no fear that someone will oppose the future
An eternally unobstructable willpower
Is passed from one generation to the next
Youth of China
Marching heroically toward
The breach of dawn.
Composed June 3, 1989

LITTÉRATURE / FRANCAIS

Dès 1978, de jeunes poètes crient leurs
doutes envers la société communiste. Bei
Dao devient, dans les années 70, le porteparole
d’une génération sacrifiée par la
Révolution culturelle et se retrouve rapidement
frappé d’une interdiction de publier
en Chine. Il s’exile alors vers l’Europe et les
Etats-Unis mais continue d’écrire dans sa
langue maternelle.

Il faut que je te dise,
Monde,

Je n’y crois pas !

Je ne crois pas que le ciel soit bleu,

Je ne crois pas à l’écho du tonnerre,

Je ne crois pas que les rêves soient faux

Je ne crois pas que la mort ne soit pas récompensée.

Bei Dao

Un Nobel de langue chinoise

En 2000, le prix Nobel de littérature est
attribué à Gao Xingjian. C’est la première
fois en 100 ans qu’il récompense un écrivain
de langue chinoise. À Stockholm, dans
son discours de réception du prix, Gao
Xingjian, français depuis 1998, adresse de
sévères critiques au régime communiste.
Pour lui, l’écrivain a besoin d’une totale
liberté pour exercer son art.

HISTOIRE / SCIENCES SOCIALES

Sur base des affiches de propagande
chinoise et de témoignages de victimes,
demandez à vos élèves de présenter la
période de Révolution Culturelle en Chine.
Vous trouverez sur ce site les illustrations
d’affiches de propagande :

www.iisg.nl/~landsberger/