4.9. LES MINORITES ETHNIQUES ET RELIGIEUSES

GÉOGRAPHIE / ÉTUDE DU MILIEU

Le groupe des Han représente l’immense
majorité de la population chinoise. Le
gouvernement reconnaît le statut de
« nationalités minoritaires » aux autres
groupes qui se distinguent par leur mode
de vie, leurs coutumes, leur religions, leur
langue. La Constitution leur accorde les
mêmes droits de citoyens qu’aux Han…
Mais dans la pratique, ces minorités
doivent faire face à de nombreuses discriminations.

Les Han représentent 92% de la population
chinoise. Les 8% restants se répartissent en
55 minorités ethniques. Certaines, comme
les Zhuang, dans le Sud-Ouest, comptent 16
millions de personnes ; d’autres, moins de
50 000 individus (les Dulong du Yunnan
sont 7000, les Lhoba du Tibet 3000).
Le gouvernement chinois a distingué cinq
régions où les minorités ont plus d’autonomie
pour gérer leurs affaires internes,
mais toujours sous le contrôle de fonctionnaires
chinois. Il s’agit du Tibet, de la
Mongolie-Intérieure, du Xinjiang (minorité
ouïghoure), du Ningxia (minorité hui) et
du Guangxi (minorité zhuang).

[Source : La
Chine et les Chinois, de Liliane et Noël
Dutrait, éd. Milan Jeunesse, coll. Les Encyclopes.]

Recherche

Demandez à un groupe d’élèves de chercher
des informations sur les différentes
minorités ethniques vivant en Chine et de
présenter à la classe leurs coutumes, leurs
spécificités religieuses, culturelles ou historiques.
(Par manque de place, nous ne
détaillons ici que les deux minorités les
plus exposées aux discriminations, à savoir
les Tibétains et les Ouïghours).

LES OUÏGHOURS

La minorité ethnique des Ouïghours, qui
sont essentiellement musulmans, vit principalement
dans la région autonome du
Xinjiang. Ils constituent aujourd’hui la
plus importante (officiellement, près de 9 millions) des minorités nationales reconnues
de cette région de Chine, que les
Ouïghours appellent le Turkestan oriental.

Les Ouïghours sont d’origine turque qui
pratiquent la religion musulmane et possèdent
leur propre langue, notée en alphabet
arabe. La région du Xinjiang (qui signifie
« nouvelle frontière »), située à l’extrême
limite de la Chine vers l’Ouest, est essentiellement
désertique. Elle est réputée pour
les productions fruitières de ses oasis. Le
Xinjiang entretient une frontière avec huit
pays différents, dont la Russie, le Pakistan
et l’Inde.

RÉDACTION / RECHERCHE

Vous pouvez demander à vos élèves d’effectuer
des recherches sur cette minorité
ethnique qui devra répondre aux questions
suivantes « qui sont les Ouïghours ? Que
signifient les mots « séparatistes » et « extrémistes
religieux » ? Qu’entend-on par « le
massacre de Gulja » ?

Voici un témoignage de Rebiya Kadeer.

Vous pouvez demander à votre classe d’effectuer
des recherches sur cette femme et
d’établir sa biographie. Vous pouvez
ensuite leur demander de raconter à leur
tour, à partir de recherches, sous forme de
rédaction, de pièce théâtrale ou de poème,
ou encore sous la forme d’un dialogue
entre plusieurs personnes de la classe.


MES GEOLIERS CHINOIS, PAR REBIYA KADEER

Mercredi, 30 mai 2007

« Rien n’égale les souffrances d’une mère quand
ses enfants souffrent. L’angoisse est encore plus
forte lorsque cette souffrance est infligée à titre
de vengeance par un gouvernement vindicatif
déterminé à punir ceux qui lèvent la voix contre
ses multiples violations des Droits de l’Homme.
Sortie de prison en 2005, après cinq années d’incarcération
en Chine, j’avais été prévenue par les
autorités chinoises de ne plus aborder publiquement
le sujet des Droits de l’Homme. Il me fût
rappelé que j’avais une famille en Chine.
Le gouvernement chinois a tenu parole. Ma
famille a subi une pression constante de la part
des autorités et mes enfants ont été régulièrement
détenus, torturés ou emprisonnés. Aujourd’hui
mon fils Ablikim Abdureyim a rejoint en prison
son frère cadet Alim. Ablikim a été condamné à
neuf ans d’incarcération pour avoir « incité et
mené des activités sécessionnistes ».

La véritable raison de cette condamnation est ma
propre activité de défense des Droits de l’Homme
au nom des 10 millions de Turcs Ouïgours qui
vivent en Chine dans la région autonome du
Xinjang Ouïgour, l’ancien Turkestan de l’est.
L’arrestation, la détention, le procès et la condamnation
d’Ablikim (ci-dessous) violent la constitution
chinoise. Mon fils n’a même pas pu avoir
l’aide d’un avocat. Son procès aurait dû être
public, pourtant même aucun membre de notre
famille ne fût admis. En fait nous ne fûmes même
pas averti de l’existence de ce procès…
Malheureusement mon cas n’est pas unique. De
nombreuses familles Ouïgours ont été confrontés
à la définition vague des « crimes contre la sécurité
de l’État » qui sert de prétexte au parti
communiste. La même semaine et au même
tribunal que mon fils, Huseyn Cecil citoyen
Ouïgour et Canadien a été condamné à la prison
à vie sous prétexte d’ « activités terroristes » et de
« complot sécessionniste ». Aucune preuve ne fut
présentée et Pékin, ici, a clairement agi en violation
des lois internationales en refusant de reconnaître
la citoyenneté canadienne de Mr Cecil et
l’assistance de son consulat.

Ces dernières années, et particulièrement à l’approche
des Jeux Olympiques de Pékin, les dirigeants
chinois font régulièrement état de progrès
en matière de Droits de l’Homme. Le Président Hu
Jintao a maintes fois souligné l’importance du
respect de l’état de droit, pierre angulaire d’une
Chine nouvelle et meilleure. Dans son discours à
l’université de Yale, l’an passé, il a promis de
« protéger la liberté du peuple, la démocratie
et les Droits de l’Homme selon la
loi ».

Cependant, un véritable état de droit digne de ce
nom reste inconnu en Chine pour tous les
groupes ethniques, y compris la majorité Han. Le
gouvernement continue d’emprisonner son propre
peuple, de lui dénier ses droits légaux afin d’éliminer
la dissidence. À Pékin, des politiciens habitués
à la diplomatie internationale répètent ce
que le Monde veut entendre, tandis qu’au niveau
local d’autres violent allègrement la constitution.
Trop souvent la communauté internationale se
complait à écouter ces fausses promesses et ignore
la réalité misérable des Droits de l’Homme en
Chine.

La Chine ne deviendra une grande nation, méritant
le respect du monde, que lorsqu’elle respectera
d’abord les Droits de l’Homme sur tout son
territoire et le garantira à ses citoyens. Si Pékin
souhaite vraiment montrer son sérieux quant aux
Droits de l’Homme, remettre en liberté mes deux
fils serait un bon début ».

Rebiya Kadeer est présidente de l’association
Ouïgour Américaine et du
congrès Ouïgour mondial.

LES TIBÉTAINS

Le Tibet est une région très pauvre, mais
qui occupe une place stratégique importante
 : situé à la frontière du Népal, c’est
au Tibet que les plus grands fleuves de
Chine prennent leur source (voir chapitre
2.6. Impacts sur l’environnement).
MATHÉMATIQUES / POURCENTAGES
Actuellement, environ 135 000 Tibétains
sont réfugiés dans le monde :
100 000 en Inde, 15 000 au Népal, 1 500 au
Bhoutan, 2 300 en Suisse, 2 000 aux USA et
au Canada, 100 en Grande-Bretagne, 200 en
France.
La population chinoise (Han) au Tibet
aurait depuis peu dépassé le nombre de
Tibétains. Il y aurait 6,1 millions de Tibétains
contre 7,5 millions de colons chinois.
Énoncé : Vous pouvez demander aux
élèves de transformer ces données en pourcentages
et de les mettre sous forme de
graphique en camembert. Demandez-leur
ensuite d’analyser ces résultats.
Débat sur le Tibet
Comparez les arguments pro-chinois et protibétains,
en vous basant sur plusieurs sites
internet.


SITES PRO-TIBÉTAINS :

Site du gouvernement tibétain en exil

Site de la campagne internationale pour
le Tibet (en anglais)

Site officiel du Dalaï-Lama

http://www.tibet-info.org

http://www.tibet.be/

http://www.solidaritetibet.org/

SITES PRO-CHINOIS :

http://www.china.org.cn/fabook/
me...

http://french.peopledaily.com.cn/fr...

http://www.china.org.cn/fa-xizang/
...

Site de l’Ambassade de Chine en France

Site du gouvernement de la région autonome
du Tibet (traduction du chinois
par Google)

LITTÉRATURE

Les larmes de Nyima Tsering , de Woeser

Le lama Nyima Tsering se tenait devant la porte
d’entrée du Potala. Il était prêt à répondre aux
questions de touristes venus de loin, en anglais
ou en chinois. Car c’était son travail. Mais il était
surtout connu de la population pour ses fonctions
officielles : il était membre permanent de l’assemblée
populaire de la ville de Lhassa. On le voyait
souvent à la télévision tibétaine. Avec toujours
cette même attitude calme et digne.
Un jour, on lui demanda de remettre deux photos
aux autorités : il fallait lui faire un passeport.
D’ici quelques jours, il allait devoir partir à Pékin
pour y rejoindre les représentants d’un certain
ministère, avant de partir avec eux en Norvège
pour participer à une conférence internationale
sur les droits de l’homme. Nyima Tsering était
ému, et inquiet. […]

Quelques jours plus tard, il s’envolait pour la
Norvège. C’était la première fois qu’il quittait son
pays. Dans cette délégation d’une dizaine de
personnes, il était le seul Tibétain, le seul lama en
robe.
Le premier jour de la conférence, on se rendit à
l’ambassade pour un banquet. L’ambassade de
Chine, bien sûr. Quand la voiture s’arrêta, il
entendit un cri, un cri lancé par de nombreuses
personnes massées sur le trottoir : “Lama gyami
(en tibétain : chinois), lama gyami, lama communiste…”
[…]

Le troisième jour, Nyima Tsering fut invité à
prendre la parole à la conférence. Il était là pour
témoigner, en tant que moine, de la bonne protection
des droits de l’homme au Tibet. […] Soudain,
un délégué américain demanda : “Avez-vous la
liberté de voir le dalaï-lama ?” Nyima Tsering
sursauta. Il était préparé à ce genre de question,
mais en entendant le mot “dalaï-lama” il
sursauta quand même. Il répondit de manière
astucieuse : “C’est une question politique, à
laquelle je ne répondrai pas.” […]

Le quatrième jour, alors qu’il se promenait dans
un parc, une jeune fille en jean vint à lui. Il vit
immédiatement qu’elle était tibétaine. Elle lui
tendit les deux mains avec une expression de
familiarité. Nyima Tsering les prit. C’est alors
qu’elle se mit à pleurer à grand bruit. “Que faitesvous
ici, à suivre ces Chinois ? Vous êtes tibétain,
lui cria-t-elle, ne restez pas avec eux”…
Le jour du départ arriva enfin. Il restait deux
heures à attendre à l’aéroport. Les cadres de l’ambassade
étaient partis. Nyima Tsering marchait
librement, portant ses pas où il voulait. A un
moment, une idée traversa son esprit : et si je ne
repartais pas avec eux ? J’ai mon passeport, assez
d’argent… Bien sûr, ce ne fut qu’un éclair. On l’a
déjà dit, Nyima Tsering est quelqu’un de calme et
de digne. C’est pourquoi il repartit avec les
autres. Mais, lorsque l’avion décolla, deux coulées
de larmes glissèrent lentement sur son visage
amaigri.

Extrait d’une nouvelle de Woeser, Courrier
International, n°745, février 2005.

Analyse de cet extrait

Que ressent le Lama tibétain ?

En quoi cette nouvelle exprime la difficulté
des Tibétains de vivre leur culture et leur
religion en Chine ?

Recherche
Qu’est-ce qu’un Lama ? Faites le portrait de
Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï-Lama.

POUR EN SAVOIR PLUS

CHANSON

Étudier les paroles de la chanson « Seven
years in Tibet » de David Bowie.
Voir les paroles, cliquez ici

Le clip de la chanson est disponible sur
youtube.

FILMS

- Sept ans au Tibet, de Jean-Jacques
Annaud (1997).

Le film raconte l’histoire de Heinrich
Harrer entre 1939 et 1951.
Heinrich Harrer, alpiniste autrichien,
fait partie d’une expédition germanoautrichienne
visant à gravir le Nanga-
Parbat, un sommet inviolé de l’Himalaya,
situé en Inde, au moment même
où éclate la Seconde Guerre mondiale,
en abandonnant sa fiancée enceinte en
Autriche. Fait prisonnier par les Anglais
avec ses compagnons, Harrer réussit à
s’évader en 1944. Commence alors une
longue errance qui le mènera, avec son
ami Peter Aufschnaiter, à Lhassa, la capitale
du Tibet, où il fera la connaissance
du XIVe Dalaï Lama, alors âgé de 6 ans,
dont il deviendra l’ami. Cette rencontre
le transformera. L’invasion du Tibet par
la Chine en 1950 l’obligera à fuir. Par la
fin, il voit pour la première fois son
fils... qui lui partagea sa passion d’alpiniste.

- Kundun de Martin Scorsese, retrace la
jeunesse de Tenzin Gyatso, le XIVe Dalaï
Lama, de sa naissance paysanne à son
exil vers l’Inde, en 1959.
Ce qu’il reste de nous, film documentaire
réalisé par Hugo Latulippe et François
Prévost en 2004.
Déjouant la douane et la sécurité
chinoise, une jeune femme originaire
du Tibet réfugiée au Québec se rend
dans son pays d’origine avec les deux
réalisateurs. Porteuse d’un message
d’encouragement filmé du Dalaï-Lama à
son peuple, ils rencontrent en secret des
Tibétains qui visionnent le message. Au
fil de leurs rencontres de personnes
issues de différents milieux et dans de
multiples situations, se brosse un
portrait de cette population opprimée
par l’occupation chinoise. Ce film documentaire
québecois a remporté de
nombreux prix, dont le prix Jutra (prix
du cinéma québecois) du meilleur documentaire
en 2005.

ROMANS

 Dans la gorge du dragon par Eliot Pattison
et Freddy Michalski, éd. Livre de Poche,
2004. (Prix Edgar Award 2000)

Ce roman policier permet Pour avoir
mis trop d’obstination à résoudre une
affaire impliquant un dirigeant du Parti
communiste, Shan Tao Yun, ancien
inspecteur chinois, endure l’épuisement,
la faim et la peur depuis trois ans
dans un camp de travaux forcés au
Tibet. Après la découverte du corps décapité
d’un Américain aux abords du
camp, ses codétenus, des moines tibétains,
refusent de reprendre le travail,
au péril de leur vie. Sur ordre de l’abject
colonel Tan et pour sauver ceux qui sont
devenus ses amis, Shan accepte de
mener l’enquête. Elle le conduira, envers
et contre tous, jusque dans l’antre du
dragon...

- Au Royaume des Femmes
, d’Irène Frain, éd.
Fayard, 2007.

Un roman policier plein de suspense,
qui permet de découvrir le peuple tibétain
et sa religion, ses rituels, ses superstitions
et la réalité de l’occupation
chinoise. Joseph Rock, explorateur et
botaniste des années 20, est prêt à tout
pour devenir celui qui découvrira la
montagne la plus haute de l’Everest.
D’après les confidences d’un vieil officier
britannique qui lui parle d’un
mystérieux peuple d’Amazones caché
dans les pentes de cette montagne, Rock
va traverser la Chine et le Tibet. Flanqué
de douze serviteurs, muni d’un gramophone,
d’une baignoire gonflable et de
sa précieuse argenterie, le voici parti à
l’assaut de la légende. Mais ce royaume
existe-t-il vraiment ?

- Les pavots rouges, d’Alai, éd. du Rocher,
coll. Terres étrangères, 2003.

La famille Maichi, dont le père est chef
de clan, vit au Tibet, juste avant l’invasion
des troupes de la Chine communiste.
Nous découvrons avec stupeur des
coutumes ancestrales : difficile de se
croire au XXe siècle au vu de traditions
que nous qualifierions de "barbares" et
de façons de vivre dignes du Moyen Age !
Un livre passionnant, couronné par le
prix "Mao Dun", la plus haute distinction
littéraire de Chine (ce qui n’est pas
étonnant, puisqu’il donne une vision
plus proche du régime que celle d’habitude
véhiculée en Occident sur le Tibet).

ESSAIS / DOCUMENTAIRES

- Dix ans avec Alexandra David-Néel
, de
Marie-Madeleine Peyronnet (Plon)

La vie d’Alexandra David-Néel racontée
par sa secrétaire. Cette exploratrice d’exception
fut orientaliste, chanteuse
d’opéra, journaliste, écrivain et la
première femme d’origine européenne à
séjourner à Lhassa, qui était la capitale
interdite.

- Tibet, otage de la Chine de Claude B.
LEVENSON, éd. Picquier poche Poche n°
225, 2004.

Biographe du dalaï-lama, auteur de
nombreux livres sur le Tibet, l’auteur a
volontairement écarté ici toute démonstration
polémique pour confier ce
qu’elle a vu, senti, entendu, dans une
narration d’une grande richesse de
coeur et d’émotion.

- Le Tibet est-il chinois ? de Anne-Marie Blondeau
et Katia Buffetrille, éd. Albin
Michel, 2002.

Cet ouvrage ne cède à aucun parti pris
et recherche seulement l’objectivité. La
genèse de l’ouvrage est liée à une réaction
de spécialistes occidentaux à la
publication en 1988 d’un pamphlet
chinois intitulé Le Tibet, cent questions
et réponses. Ce document affirmait
présenter le résultat des recherches des
tibétologues chinois sur les points
controversés de l’histoire tibétaine et de
la politique chinoise au Tibet.
Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille,
les éditrices, ont conservé le plan
du pamphlet et ont placé en regard des
réponses des savants chinois celles des
savants occidentaux pour chacun des
thèmes traités. L’éventail est vaste, de
l’histoire à l’éducation, de la médecine à
la démographie en passant par les
émeutes, la folklorisation de la culture
tibétaine, etc...