II. 5) LE DROIT SYNDICAL

Il n’existe qu’un seul syndicat officiel en
Chine : la Fédération Nationale des syndicats
chinois (ACTFU).

Il existe depuis quelques années des syndicats
indépendants, mais ils sont souvent
soumis à beaucoup d’intimidations de la
part des autorités : leurs chefs se font
arrêter et disparaissent ensuite. Le
gouvernement paye une petite somme aux
autres travailleurs pour acheter leur silence. D’après Han Dongfang, le premier
fondateur d’un syndicat indépendant en
Chine continentale (le Beijing Autonomous
Workers Federation), si le gouvernement
continue d’ignorer les demandes des
travailleurs, la Chine risque de connaître
une importante explosion des revendications
et des luttes pour la justice sociale.
Selon Han Dongfang, surnommé aussi « le
Lech Walesa des Chinois », la création de
syndicats indépendants est vraiment nécessaire
afin de lutter contre l’exploitation.

Dans l’ensemble, les travailleurs n’osent
pas réclamer leurs droits parce qu’ils vivent
dans un climat de peur face aux représailles
des entreprises et du gouvernement.(
4)

Actuellement, la frustration et la colère
augmentent en Chine. Il y a beaucoup de
grèves et d’agitations sociales. Selon Han
Dongfang, « cela a commencé en 1993, avant, les
gens avaient trop peur après Tienanmen. Mais
comme plusieurs entreprises ont commencé à
faire faillite ou ne payaient plus leurs
travailleurs, les grèves ont commencé.
Il existe toujours beaucoup d’abus concernant les
conditions de travail. Les travailleurs ne peuvent
compter que sur le syndicat officiel. Mais leurs
représentants sont des fonctionnaires qui, payés
par l’État, redoutent la création de syndicats
indépendants qui leur feraient concurrence et, à
terme, menaceraient leur emploi. Faute de syndicats
indépendants, les ouvriers ne sont que des
individus sans droits et sans organisation. »
(5)

Selon Pierre Haski, auteur de « Cinq ans en
Chine » (éd. Les Arènes) et ancien journaliste
pour Libération, « la principale activité des
syndicats officiels est de garantir la paix sociale
et l’ordre politique, pas de défendre les droits des
ouvriers. Et quand les ouvriers s’organisent à l’extérieur
de ce cadre, ils sont violemment réprimés :
je reprends dans mon livre le portrait de Yao
Fuxin
, leader des ouvriers révoltés de Liaoyang,
dans le Liaoning, en 2002. Il croupit en prison
dans des conditions lamentables. » (…)

« Yao Fuxin a été condamné à neuf années de
prison à l’issue d’un procès à huis clos (j’ai voulu
y assister et me suis fait expulser de la ville) où
pas un témoin n’a été cité. Lorsque l’avocat a
demandé au juge quand il rendrait son verdict,
celui-ci a rigolé : « parce que tu crois que c’est
moi qui décide »... Une fois le mouvement de
protestation brisé, le gouvernement a fait le
ménage, et arrêté les dirigeants de l’entreprise
dont les manifestants disaient qu’ils étaient
corompus. Le chef mafieux de la ville a même été
condamné à mort et exécuté. Mais les leaders
ouvriers qui n’avaient fait que dénoncer cette situation
sont toujours en prison et leurs familles
harcelées. On attend toujours la réaction du
syndicat officiel.

Yao Fuxin avait l’étoffe d’un vrai syndicaliste,
mais cela, la Chine ne le permet pas. Lorsque
Pékin a signé le protocole des droits économiques
et sociaux de l’ONU, une avancée considérable sur
le plan des droits de l’homme pouvait-on imaginer,
elle a émis une réserve sur l’article le plus
important : la reconnaissance de la liberté syndicale.
 »
(6)

Pour en savoir plus :

Voir les actions urgentes d’Amnesty en
faveur de Yao Fuxin et de ses collègues. CLIQUEZ ICI

Les syndicats chinois entre impuissance et
immobilisme, de Cai Chongguo et Pierre
Conclaldi. CLIQUEZ ICI

Site présentant une étude sur le syndicat
officiel chinois. CLIQUEZ ICI

China Labour Bulletin

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