Introduction

Pour sa neuvième édition, les Papiers Libres d’Amnesty abordent un
sujet à première vue éloigné de ses thématiques habituelles : les
Jeux Olympiques. Sauf que cette année, les JO ne se passent pas
n’importe où, mais en Chine !

Et alors ? Faut-il mélanger les sports et les droits humains ? Les
J.O. sont-ils un événement purement sportif ? Pourquoi Amnesty
profite-t-elle de cet événement pour parler des droits humains en
Chine ?

Commençons par préciser qu’Amnesty ne demande pas le boycott
de ces J.O.
Mais pour Amnesty International, on ne peut passer sous silence les
graves violations des droits humains qui se déroulent dans le pays
le plus peuplé du monde. L’avenir de la Chine concerne en effet le
monde entier –tant sur le plan démographique, économique, écologique
que politique- et les Jeux Olympiques de Pékin représentent à
la fois un espoir et une menace pour les droits humains.
Les J.O., un tremplin pour les droits humains en Chine ?

Après l’attribution des Jeux à Pékin en 2001, les responsables olympiques
et chinois ont déclaré que la situation des droits humains
en Chine allait s’améliorer.

Ainsi, Jacques Rogge, président du CIO a déclaré : « Nous sommes
convaincus que les Jeux olympiques amélioreront la situation des
droits humains en Chine » ; et Wang Wei, secrétaire général du
Comité organisateur de la ville de Pékin a déclaré : « Nous croyons
que le fait d’accueillir les Jeux est non seulement favorable à notre
économie mais que cela va aussi permettre de faire avancer les
droits humains ».

Amnesty est loin d’être convaincue de l’idée que les J.O. auront
automatiquement un impact positif sur les droits humains.
Au contraire, la réinstallation forcée de quartiers entiers dont les
habitants ont été sommés de partir, avec peu ou pas de compensation,
pour faire place aux installations olympiques est un exemple
de la façon dont les droits humains se sont, de fait, détériorés en
relation directe avec les préparations olympiques.
Parmi les projets de construction pour lesquels les autorités de
Pékin ont lancé des appels d’offre, sous le slogan « De nouveaux
Jeux, un nouveau Pékin – Une occasion pour la Chine et pour le
monde », on trouverait une chambre d’exécution dans laquelle les
personnes condamnées à la peine capitale par le tribunal populaire
supérieur de Pékin seront mises à mort par injection mortelle.
Il semble que les autorités chinoises se servent des J.O. comme d’un
test afin de voir jusqu’où la communauté internationale acceptera
de fermer les yeux sur les violations des droits humains qu’elles
commettent.
Cela dit, la Chine montre également quelques signes d’ouverture.
Ainsi, elle a quelque peu allégé son soutien inconditionnel au
Soudan, un gouvernement ami de Pékin qui participe aux
massacres dans la région du Darfour, en armant les milices
Janjawid.
Il faut dire que plusieurs personnalités menaçaient de boycotter les
J.O. si la Chine continuait à mettre son veto à toute résolution
visant à envoyer des casques bleus pour pacifier le Darfour… Mais
ce petit pas ne sera sans doute pas suffisant pour faire de la Chine
un acteur soucieux des droits humains, tant sur le plan interne
que sur la scène internationale.

Une Chine vraiment au top ?

La Chine occupe une place à part dans le monde : elle rassemble
un cinquième des habitants de la planète et a acquis le statut d’une
hyper puissance, tant sur le plan économique que sur son
influence politique et militaire.
Pour Amnesty, le progrès ne peut se faire sans les droits humains.
La guerre contre le terrorisme, la course au développement ou les
différences culturelles ont souvent servi de prétextes à certains
pays, dont la Chine, pour mettre les droits humains de côté.

La Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête en
2008 le 60ème anniversaire, a défini ces droits comme universels et
interdépendants. On ne peut les considérer comme un luxe de pays
riches et occidentaux ! Autrement dit, ces droits appartiennent à
l’humanité tout entière.
Il est donc de la responsabilité de l’ensemble des nations de veiller
à ce qu’ils soient respectés chez eux mais également chez les
autres.

Il est également de la responsabilité des pays démocratiques
d’adopter une politique étrangère favorisant les droits humains.
Cela vaut aussi pour la Belgique, qui n’a pas hésité à « conseiller » au
Dalaï Lama d’annuler une visite en Chine afin de ne pas froisser
Pékin, à la veille d’une mission économique belge de premier plan
dans l’eldorado chinois…
On ne peut à la fois condamner ce qui se passe dans des régimes
comme l’Algérie, le Congo ou la Birmanie, et ensuite fermer les
yeux sur ce qui se déroule en Chine, au nom des intérêts économiques.
Le bilan de la Chine en matière de droits humains est en effet pour
le moins préoccupant. Parmi les préoccupations d’Amnesty, citons
les points suivants :

- la peine de mort : la Chine continue d’exécuter plus de
personnes chaque année que l’ensemble des autres pays. Les estimations
établies par Amnesty International à partir des données
rendues publiques font état d’au moins 2790 condamnations à
la peine capitale et au moins 1010 exécutions en 2006, mais
tout porte à croire que ces chiffres sont bien en deçà de la
réalité. Les statistiques relatives à la peine de mort sont classées
secret d’Etat, ce qui rend difficile la recherche en ce domaine.
Selon certains chercheurs, il y aurait eu entre 7500 à 8000
exécutions en 2006, une estimation jugée crédible par Amnesty.
Il existe 68 délits pour lesquels on peut être condamné à la
peine de mort. Beaucoup de ces délits n’ont pas un caractère
violent.
Amnesty International appelle à un moratoire immédiat sur les
exécutions en prélude à l’abolition de la peine de mort.

- la « ré-éducation par le travail » : plus de 250000 personnes sont
détenues en Chine dans des camps de travail, sur la base de
charges à la définition très vague, sans avoir jamais pu
consulter d’avocat, sans jamais avoir été jugées et sans aucune
forme de contrôle judiciaire. Amnesty International lance un
appel pour que la « ré-éducation par le travail » soit abolie immédiatement.

- la torture : la torture est généralisée en Chine et pour ceux qui
passent par le système judiciaire, la probabilité est grande qu’ils
subissent, à un moment ou à un autre, des actes de torture ou
des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Amnesty
International appelle le gouvernement chinois à coopérer pleinement
avec le rapporteur spécial (des Nations unies) sur la
torture et à mettre en oeuvre d’urgence toutes les recommandations
qui ont été faites.

- la liberté d’expression et de religion : des milliers de personnes
sont détenues et condamnées chaque année pour avoir exercé
de façon pacifique leurs droits fondamentaux à la liberté d’expression
et à la liberté de croyance religieuse. Amnesty International
lance un appel pour que les garanties constitutionnelles
concernant la liberté d’expression et de religion soient reconnues
et appliquées en droit et pour que les personnes détenues
pour avoir exercé ces libertés soient immédiatement remises en
liberté.

Recevoir les Jeux olympiques va donner un élan extraordinaire au
niveau international au peuple chinois. Il incombe maintenant au
gouvernement chinois de faire « respecter les principes éthiques
fondamentaux universels » et d’améliorer de façon importante la
situation des droits humains en Chine. Comme le stipule la Charte
olympique, le but de l’olympisme est de « mettre le sport au service
du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir
une société pacifique soucieuse de préserver la dignité humaine ».
Espérons que la Chine se montrera digne d’accueillir cet événement
phare, porteur d’espoir et de paix pour le monde.

Ce dossier vous donne beaucoup de pistes pour approfondir à la
fois la culture, l’histoire ou les violations des droits humains de la
Chine. Il vous propose également des pistes de réflexion sur des
enjeux aussi essentiels que les liens entre l’économie et les droits
humains, entre le respect des droits des minorités ethniques et religieuses
et la montée du nationalisme agressif, entre la sévère politique
de naissance et le respect des droits individuels des femmes.
Enfin, comme d’habitude, les Papiers Libres vous proposent de
dépasser le stade de la connaissance pour agir en faveur de
personnes dont les droits ne sont pas respectés. Pour obtenir les
modèles de lettres liés à ces Papiers Libres, n’oubliez pas de nous
renvoyer le bon de commande de la dernière page.

Nous vous souhaitons une excellente campagne ! Merci de nous
faire part de vos commentaires sur ce dossier et sur les actions et
réflexions qu’il a pu susciter dans votre école.

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