Fiche n° 3

Tours de passe-passe politiques – La peine de mort n’est pas une solution à la criminalité

Bien trop souvent, les hommes politiques évitent de parler des véritables problèmes qui sous-tendent la criminalité. Ils préfèrent présenter le recours à la peine de mort comme une solution miracle permettant d’assurer davantage de sécurité à la population.

« [La peine de mort] est un […] moyen facile utilisé par des hommes politiques pour faire croire à leurs électeurs apeurés qu’ils luttent contre la criminalité. »


J van Rooyen, The criminal judge and the death sentence : Some observations on the views of Mr Justice Curlewis (Afrique du Sud, 1991)

Les causes de la criminalité violente, véritable fléau affectant de nombreuses sociétés, sont complexes, tout comme les solutions à y apporter. Il est possible de réduire la criminalité en formant et en équipant mieux les policiers, en éradiquant la pauvreté, et en améliorant l’accès à l’instruction, entre autres. Les hommes politiques refusent cependant souvent de se pencher sur les véritables problèmes qui sous-tendent la criminalité, optant plutôt pour la « solution » de facilité qui consiste à prôner le recours aux exécutions. Les exécutions donnent l’impression qu’une action forte est entreprise, et l’illusion que l’ordre est rétabli dans une situation chaotique. En réalité, vouloir lutter contre la criminalité en ôtant la vie d’une personne déjà incarcérée et qui ne représente donc plus une menace pour la société est inutile et grotesque.

En Jamaïque, où la dernière exécution par pendaison a eu lieu en 1988, les deux principaux partis politiques ont promis de reprendre les exécutions, en réaction au nombre consternant d’homicides commis sur cette île. La Jamaïque a l’un des taux d’homicide par habitant les plus élevés du monde : 1 574 meurtres ont été commis en 2007 alors que le pays compte environ 2,6 millions d’habitants. Cependant les polémiques sur qui procèderait au plus grand nombre de pendaisons ont permis aux dirigeants politiques d’éviter de se pencher sur les motifs de la criminalité et sur les solutions à y apporter. Comme un observateur l’a écrit dans le journal le Jamaican Observer, en 2006 : « Plutôt que de consacrer leur temps et leur énergie à trouver des moyens nouveaux et créatifs de régler le problème de la violence contre les enfants, nos députés préfèrent se reposer sur leurs lauriers et ressortir le vieil argument de la peine capitale. »

De hauts responsables de la police ont souligné la futilité des tentatives de règlement du problème de la criminalité en Jamaïque par la reprise des exécutions. Mark Shields, directeur adjoint de la police, a ainsi déclaré : « D’après mon expérience en Jamaïque, je pense que ce serait une perte de temps totale et absolue de dire à ces jeunes responsables de violence que s’ils commettent un meurtre, il est probable qu’ils seront tués par l’État, car ils ne s’attendent pas à vivre longtemps. Ils s’attendent à être tués par un policier ou abattus par un autre délinquant. » Ce point de vue est corroboré par d’autres enquêtes menées auprès de hauts gradés de la police. Selon une étude réalisée en 1995 aux États-Unis, à peine un p. cent des responsables de la police de ce pays estimait qu’un recours accru à la peine de mort était une priorité dans la lutte contre la criminalité violente, alors que 51 p. cent pensaient que la priorité devait être donnée à une réduction de la consommation de stupéfiants et du chômage.

En Afrique du Sud, un porte-parole du parti Freedom Front Plus a déclaré en 2006 : « On compte plus de 18 000 meurtres par an en Afrique du Sud. Cela signifie que 18 000 meurtriers se promènent en liberté tandis qu’un nombre trop faible de policiers est à leur recherche […] La seule solution consiste à rétablir la peine de mort. Toutes les autres solutions ont échoué. » Ce type d’argument semble confus et ne prend pas en compte la possibilité d’augmenter les effectifs de la police, ce qui n’a pas encore été essayé, et qui pourrait être un moyen plus efficace de lutte contre la criminalité.

Les dirigeants politiques ont résisté jusqu’à présent aux appels en faveur du rétablissement de la peine de mort. En 1996, en réaction aux revendications du public en faveur du rétablissement de la peine capitale en Afrique du Sud dans le but de juguler la montée de la délinquance, Nelson Mandela, alors président du pays, a déclaré : « Ce n’est pas parce que la peine de mort a été supprimée que la criminalité a atteint un niveau aussi insupportable. Même si la peine capitale est rétablie, la criminalité restera ce qu’elle est. Ce qu’il faut ici, c’est que les forces de sécurité fassent leur travail, et nous nous employons à ce qu’elles aient les moyens de servir et de protéger la population. Le véritable enjeu c’est cela, et non la peine de mort. »

Les hommes politiques ont la responsabilité d’agir dans le respect des droits humains. Concernant la question de la peine de mort et de la dissuasion en matière de criminalité, les dirigeants politiques doivent proposer des moyens efficaces pour remédier à la situation, qui ne cautionnent pas de violences supplémentaires, ne perpétuent pas le cycle de la violence, ni ne causent davantage de soufrances. Lorsque la population réclame des solutions aux crimes violents, la réponse ne doit jamais passer par de nouveaux homicides.

Pour en savoir plus :

 Pour obtenir les dernières données sur la peine de mort dans le monde, rendez-vous sur : http://www.amnesty.org/fr/death-penalty

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