I.4.2. Qui sont les jeunes islamistes qui posent des bombes en Europe ?

Dans cet entretien accordé au Figaro, Olivier Roy explique comment des jeunes apparemment bien intégrés deviennent des « terroristes ».
« Les Britanniques et les Néerlandais ont été stupéfaits de découvrir que les auteurs des attentats qui les ont touchés étaient parmi les musulmans les mieux intégrés, voire occidentalisés (ils ont fait des études, sont mariés avec des Européennes...). Ce qui sous-entend qu’ils n’auraient pas été surpris que des musulmans « traditionnels » basculent dans la violence. Or, c’est justement parce que ces jeunes ont perdu la culture de leurs parents ou grands-parents qu’ils dérivent.

Comment définir leur rapport à la religion ?
Il y a un phénomène de renaissance religieuse pour ces jeunes occidentalisés, comme chez les chrétiens américains (« born again »). Ils se définissent par rapport à un islam qui n’est plus traditionnel, ni culturel, en ce sens où il est lié à une culture donnée, à celle de leur famille, de leur histoire. Il y a un processus de déculturation. Ils retournent à quelque chose qui n’est pas leur point de départ...

Ont-ils une trajectoire militante ?
Ces activistes ne sont pas passés par une organisation au projet politique, comme la famille des Frères musulmans, l’UOIF en France. Par contre, beaucoup d’entre eux sont passés par le Tabligh, ce mouvement apolitique né en Inde dans les années vingt et qui rayonne aujourd’hui depuis le Pakistan. Pour eux, ce qui compte, c’est la norme. Il s’agit d’un islam fondamentaliste, abstrait, virtuel, qui n’a pas de chair : il ne s’incarne dans aucune culture, aucun lien social. Les Tablighi disent que l’islam a été perverti par les influences culturelles, ethniques, nationales. Il faut donc revenir à un islam supranational. Devant des jeunes qui se sentent déracinés, ils font l’apologie du déracinement. « Tu as perdu la religion de tes grands-parents ? Tant mieux, tu vas pouvoir connaître le vrai islam », leur disent-ils.

Comment font-ils le lien entre cette renaissance religieuse et l’activisme « terroriste » ?
Pour eux, tout devient problématique. Il est très angoissant de vivre une religion présentée comme l’absolu, sans ancrage social, ni culturel. Le « born again » islamiste se vit comme ayant la responsabilité de sauver sa religion. Poussé par des idéologues, il veut reconstruire un pur islam sur les ruines de son identité. Le modèle de cet élément radicalisé, c’est Bouyeri, l’assassin du cinéaste Theo Van Gogh aux Pays-Bas, qui voulait « sauver l’islam ». »33