I.5.5. En Inde

En Inde, un intouchable, dalit, ou achuta est une personne qui n’est classée dans aucune des quatre castes et qui est considérée comme inférieure aux personnes de ces castes. Les intouchables pratiquent traditionnellement des métiers liés à la notion d’impureté, comme ceux qui touchent à la mort ou aux productions du corps (excréments, mais aussi cheveux coupés, larmes, sueurs, etc.) comme les balayeurs, les barbiers, les croque-morts, les cordonniers, les blanchisseurs, mais aussi les pêcheurs.
On considère qu’ils forment 25% de la population indienne, soit environ 160 millions de personnes.
La caste est fondée sur l’ascendance et elle est par nature héréditaire. Il s’agit d’une caractéristique acquise à la naissance par une personne en fonction de la caste dans laquelle elle naît, indépendamment de la foi pratiquée par cette personne. Les castes constituent un système de stratification sociale rigide avec des groupes hiérarchisés et définis en fonction de leur ascendance et de leur occupation. Dans divers systèmes de castes existant de par le monde, les divisions entre les castes prévalent également dans le domaine du logement, du mariage et des relations sociales en général, divisions qui se trouvent renforcées par la pratique et la menace d’un ostracisme social, de boycotts économiques, voire de violence physique.59
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la simple vue ou le contact avec l’ombre d’un intouchable était source d’impureté pour un brahmane (prêtre, enseignant et homme de loi). Dans le cas d’un contact physique, cela pouvait se terminer par la mise à mort du hors-caste sans entraîner aucune sanction que ce soit. De nos jours encore, dans les campagnes, ils subissent toutes sortes d’humiliations : les intouchables n’utilisent pas le même puits que les autres villageois ; ils résident en dehors du village, doivent enlever leurs chaussures dans les rues et restent debout dans les transports en commun, même si des places restent vides. Parfois des avions ne décollent pas, les passagers refusant de voyager avec un hors-caste. Plus grave, ils sont victimes de violences dont les récentes statistiques révèlent l’ampleur : en moyenne, chaque jour, deux intouchables sont tués et trois femmes dalits sont violées.60
L’éducation leur était interdite avant l’indépendance (1947), ce qui oblitérait toute promotion sociale. Depuis, ils y ont accès, peuvent pratiquer toutes les professions et même devenir président du pays comme Kocheril Raman Narayanan, ce qui ne doit pas faire croire que la condition des intouchables ait fondamentalement changé : les traditions religieuses sont plus fortes que les lois du pays.