II.3.2.3. Les mécanismes d’immigration varient en fonction des périodes et des besoins

Ainsi, si l’on se concentre sur l’immigration en Europe, on remarque que dès la Révolution industrielle (XVIIIème siècle) le besoin en main-d’œuvre pousse beaucoup de pays à faire appel à une force laborieuse venue de l’étranger, généralement en provenance des pays limitrophes. Parmi ces immigrants, très peu restent longuement dans les pays d’accueil.
La fin de la Seconde Guerre mondiale marque aussi le début d’un fort accroissement des flux migratoires. La reconstruction des villes et des infrastructures requiert beaucoup de travailleurs et c’est pourquoi une fois encore, les États européens font appel à une aide venue de l’étranger. Les immigrants venus prêter main-forte à l’Europe de l’après-guerre sont pour beaucoup originaires de pays du sud de l’Europe et des pays et du Maghreb. Ils arrivent donc sur invitation des États et ce à grande échelle.
L’arrivée des Italiens en Belgique dans les années 1950 en est un exemple très parlant.
En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, la Belgique devait relancer son économie et organiser sa reconstruction.
Cette relance passait par ce qui fut appelé à l’époque « la bataille du charbon », celui-ci étant toujours la référence en matière énergétique. Beaucoup d’ouvriers belges n’étaient plus tentés par le travail de mineur, préférant d’autres secteurs industriels. Mais la demande d’énergie augmentait sans cesse. Le gouvernement belge décida alors d’envoyer au fond des mines des prisonniers de guerre allemands. Fin 1945, ils étaient déjà 50000 mais ces prisonniers furent finalement libérés. On fit donc appel à la main-d’œuvre étrangère.
L’Italie sortait à cette époque de 20 ans de fascisme et la situation économique y était désastreuse. Les dirigeants italiens saisirent donc l’occasion d’exporter leur main-d’œuvre en échange du charbon indispensable à la reprise économique du pays. La Belgique ayant besoin de cette main-d’œuvre, c’est le 23 juin 1946 que fut signé, à Rome, le protocole d’accord économique entre l’Italie et la Belgique. L’accord prévoyait l’envoi en Belgique de 50000 travailleurs italiens, contre la livraison à l’Italie de 3 millions de tonnes de charbon annuellement. Des recruteurs partirent pour l’Italie. La Belgique appâtait les ouvriers italiens grâce aux salaires attrayants mais aussi grâce à divers avantages « en nature ». Et cela fonctionnait ! Les candidats passaient une visite médicale de routine, et ensuite embarquaient dans des wagons en direction de la Belgique. Les Italiens arrivèrent par convois entiers.
Dans l’urgence, d’anciens bâtiments des charbonnages fermés dans les années 1930 furent transformés en cantines et on aménagea en habitations d’anciens camps construits par les Allemands pour loger les prisonniers de guerre russes ou encore des tunnels en tôles ondulées qui avaient servi aux Américains pour entreposer leurs munitions. Ces logements étaient, pour la plupart, insalubres ». D’autres travailleurs furent aussi attirées par les charbonnages belges : des Espagnols, des Grecs, des Marocains, etc.
Pour aller plus loin
n G. SANTOCONO, Rue des Italiens, Editions du Cerisier, 1986.
n A. MORELLI, Histoire des étrangers et de l’immigration en Belgique, 1992
n Le ralentissement de la croissance économique, les deux crises pétrolières des années 70 et la monté du chômage sonnent le début des restrictions en matière de politique d’immigration. L’Europe devient l’« Europe forteresse ». Dans un contexte de « maîtrise des flux migratoires », les États occidentaux multiplient les obstacles ou interdisent l’accès des immigrés à leur territoire et se montrent de plus en plus restrictifs, notamment dans la reconnaissance du statut des réfugiés.

Depuis 1974, l’accès au territoire est très réglementé, il est strictement limité aux possibilités suivantes :
n aux touristes ;
n aux étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur ou universitaire ;
n le regroupement familial ;
n les travailleurs disposant d’un permis de travail B ;
n l’obtention du statut de réfugiés.107