II.3.2.6. La discrimination

Lorsque l’on parle des immigrés, on évoque une minorité, on s’imagine un groupe plus ou moins uniforme. Or, il existe une très grande diversité au sein de la population immigrée : Africains, Asiatiques, Européens de l’Est. Ces grands groupes sont eux aussi à nuancer puisqu’il y a des spécificités entre les pays et régions d’un même continent et que par conséquent ils ne constituent pas un bloc homogène.
Néanmoins, les difficultés rencontrées par les différents immigrés sont similaires. L’intégration socio-économique au sein de la société d’accueil n’est pas à la hauteur de leurs attentes.
La xénophobie, littéralement « la peur de ce qui vient de l’extérieur », a pour effet de créer des phénomènes discriminatoires de tout ordre.
Ceux qui affirment que les immigrés menacent les valeurs « nationales » s’appuient sur plusieurs arguments :
n Les immigrés n’assimilent pas les valeurs fondamentales du pays, et au contraire les rejettent.
n La culture nationale et étrangère sont en contradiction, ce qui mène inévitablement au conflit social.
n Les cultures des immigrés sont souvent attardées et autoritaires, ce qui fait que leur inclusion pourrait saper la démocratie et ralentir le progrès économique.
Ainsi, la discrimination envers les étrangers, perçus comme des « intrus », « des personnes ayant une culture incompatible avec la nôtre », se caractérise surtout par la difficulté à trouver du travail et un logement, mais aussi par des tracasseries administratives et policières.
Les problèmes d’intégration (langue, travail, logement, réseaux d’amitiés, etc) auxquels sont confrontés les immigrés ainsi que les problèmes lors du voyage sont similaires à ceux auxquels sont exposés les réfugiés.
Au niveau du travail, la discrimination n’est pas effective uniquement en phase d’embauche. Elle est aussi présente au niveau de la qualité de l’emploi et de l’avancement au sein d’une entité.
En 2003, près de 40% des demandeurs d’emploi bruxellois étaient étrangers, peut-on lire dans le dernier rapport de l’Office régional bruxellois de l’emploi (Orbem) sur le chômage en Région bruxelloise. Parmi eux, on comptait 11,3% de membres de l’Union européenne (Europe des 15) en 2003 et 25,5% de non-Européens.
Sur les 978 pompiers de la capitale belge, seuls deux sont d’origine étrangère. Le député bruxellois Rachid Madrane (PS) fait le constat du peu de représentation des personnes issues de l’immigration et compte interpeller les ministres Cérexhe et Grouwels. Il souhaite que des mesures soient prises par le gouvernement pour garantir « une plus grande impartialité dans les examens et particulièrement dans les épreuves orales ». Du côté des pompiers, on réfute les accusations de discrimination.113
Quelques exemples dans le monde
En Argentine :
En mars 2001, l’Organisation des Nations Unies (ONU) condamnait l’Argentine en raison de la loi Videla qui représentait une discrimination directe envers les immigrants. En effet, cette loi datant de la dictature (1976-1983) rendant les immigrants particulièrement vulnérables. Ainsi, un immigrant pouvait par exemple être arrêté et expulsé sans possibilité de défense juridique. Elle rendait aussi obligatoire pour toute personne de dénoncer un immigré qui n’aurait pas de permis de résidence.
Par crainte d’être dénoncés beaucoup d’immigrés ne se faisaient pas soigner, acceptaient des salaires dérisoires et payaient des loyers trop élevés, beaucoup d’employeurs et de propriétaires n’hésitant pas à faire du chantage : « C’est ce tarif ou je te dénonce ». 114
En 2003, le Congrès argentin a approuvé une nouvelle loi sur la migration qui remplace la loi Videla.

En France :
« Elle tape ses enfants par dépit, lorsqu’ils sont trop excités et elle à bout de nerfs. « Ils ne peuvent même pas jouer, ni sortir ni aller dans l’escalier », se plaint-elle. On est coincé ici. Filifing Camara, une Malienne de 32 ans, se sent à l’étroit avec ses fils Moussa et Malamine, 4 et 5 ans et demi : leur unique chambre fait environ 10 m ?. À côté du lit, une plaque électrique et un four à micro-ondes. Et une modeste étagère en fer pour ranger leurs affaires. Selon elle et ses voisines, les Africains résidant en famille à l’Hôtel de France, dans le Xe arrondissement, sont traités comme des prisonniers car aucune d’elles ne peut recevoir de visite.
Filifing fait partie des 8000 personnes étrangères qui, rien qu’à Paris ou en proche banlieue, sont logées dans des hôtels par les services sociaux de la Ville, faute de mieux. La plupart vivent dans l’attente de la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui dira, si oui ou non, la France deviendra leur terre d’asile. En tant que demandeurs, ils n’ont pas le droit de travailler et sont donc à charge de la collectivité jusqu’à ce qu’on statue sur leur demande. D’environ 24000 en 1998, leur nombre a triplé, ce qui pose de graves problèmes d’hébergement.
Jeudi soir, le feu a pris dans un de ces bâtiments vétustes, datant des années 1920, où vivaient 130 personnes, originaires du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou de Gambie. Ces familles avaient été envoyées là par des organisations caritatives, un lieu géré par la société privée France Europe Habitat. (...)
Pour tous ces services, le recours aux hôtels comme élément du « parc social » est devenu une nécessité. Le nombre de centres spécialisés dans l’accueil (les centres d’hébergement et de réinsertion sociale et les centres d’accueil pour les demandeurs d’asile) ne suffit pas. De plus, selon le sénateur UMP Jean-René Lecerf, l’augmentation du nombre de demandes d’asile a entraîné l’allongement du délai d’examen des dossiers qui atteint désormais 22 mois. Ce qui complique encore la tâche des centres d’hébergement. Aussi, pour beaucoup d’étrangers dans l’attente de leur sort, ce sera l’hôtel. (...)
Moussa, couché à côté de sa maman, respire mal et bruyamment. « Plusieurs enfants ici ont de l’asthme », se plaint Filifing. (...)
Le loyer de Karamoko, comme celui de Filifing, est pris en charge par l’APTM, une association de soutien social aux immigrés. Comme les hôteliers facturent ces séjours de 15 à 20 euros par jour et par personne, quel que soit le nombre de pièces occupées, il faut compter environ 1800 euros par mois. Assitan, jeune mère de 22 ans, calcule qu’avec l’argent que le Samu social dépense, la Mairie pourrait trouver des trois-pièces pour les familles sans même dépasser 1500 euros par mois... plutôt que ces logements inadaptés. (...)
En semaine, heureusement, les enfants sont nourris par la cantine de l’école, raconte Filifing. Le linge, elle le fait à la main, dans la douche. Je l’étale ici, montre-t-elle. Cela sèche en deux ou trois jours. (...)
En 2004, en France, sur les 68420 dossiers étudiés, 11493 ont débouché sur une autorisation de séjour, dont près de 5000 en appel ».115

Les jeunes issus de l’immigration font bien souvent face aux mêmes obstacles et problèmes d’intégration que leurs parents et leurs grand-parents. Ils sont stigmatisés.
Un nouveau rapport commandité par le Programme des Nations Unies pour le développement affirme que les immigrants devraient pouvoir devenir des membres de plein droit de leur pays d’adoption, tout en conservant des liens avec leur pays d’origine. Selon Sakiko Fukuda-Parr, principal auteur du rapport, « l’identité n’est pas affaire de chiffres : certains groupes d’immigrés peuvent vouloir garder leurs identités culturelles. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne développent pas de loyautés envers leur nouveau pays ».
L’immigration en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord a bondi lors des dernières décennies, selon le rapport : les immigrants représentent désormais la moitié de la population de Toronto ou de Los Angeles, par exemple, et un quart de la population de Londres.
L’accès à Internet, le coût réduit des places d’avion, ainsi que les communications téléphoniques longue distance moins chères font de ces nouveaux immigrés des gens différents de ceux des générations précédentes : les immigrés peuvent désormais garder des liens étroits avec leur pays et leur culture d’origine, ce qui en retour change la manière dont les pays d’accueil doivent gérer cette immigration. Ce rapport affirme que les États devraient reconnaître à ces populations le droit à conserver des identités culturelles multiples et complémentaires sans mettre en péril l’unité nationale. Les auteurs étudient la montée des oppositions nationalistes et xénophobes aux groupes et aux cultures issues de l’immigration, dans de nombreux pays développés.
Le défi auquel ces pays ont à faire face est de créer des politiques intégrant à la fois des objectifs d’unification et de respect des différences et de la diversité. Cela comprend l’incitation à la tolérance et à la compréhension culturelle, mais aussi la conciliation spécifique des pratiques religieuses et vestimentaires, un statut de double citoyenneté ainsi que diverses autres questions. Cela comprend aussi un soutien actif aux immigrés dans un but d’intégration, comme l’enseignement de la langue et des services de recherche d’emploi.116
Débat : Droit de vote et d’éligibilité des non nationaux
Le droit de vote des étrangers est une question fondamentale : il s’agit de la reconnaissance du droit pour toute personne de participer aux décisions qui la concernent, en particulier à celles de la cité.
En effet, le débat fait rage autour de ce sujet. Ceux qui participent régulièrement et de manière stable à la vie économique et sociale d’une collectivité, paient leurs impôts ne devraient-ils pas avoir le statut de citoyen à part entière et donc le droit de vote et d’éligibilité ?
BON À SAVOIR POUR ALIMENTER LE DÉBAT
4 pays accordent le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales à tous les résidents étrangers :
n L’Irlande - 200 000 étrangers, 6% de la population - depuis 1963, après 5 ans de résidence.
n La Suède - 450 000 étrangers, 5% de la population - depuis 1975, après 3 ans de résidence.
n Le Danemark - 100 000 étrangers, 2% de la population - depuis 1981, après 3 ans de résidence.
n Les Pays-Bas - 600 000 étrangers, 4% de la population - depuis 1985, après 5 ans de résidence.

Le Royaume Uni - 2,5 millions d’étrangers, 4,5% de la population - représente un cas particulier puisqu’il accorde depuis 1948 aux résidents « citoyens du Commonwealth » le droit de vote et d’éligibilité à toutes les élections.
4 pays ont fait un premier pas

n La Finlande - 200 000 étrangers, 4% de la population - accorde depuis 1981 le droit de vote et d’éligibilité pour les élections communales, après 2 ans de résidence dans le pays, aux étrangers originaires des autres pays nordiques - Danemark, Islande, Norvège et Suède - qui représentent la très grande majorité des non nationaux.
n L’Espagne - 400 000 étrangers, 1% de la population - accorde le droit de vote aux élections municipales aux ressortissants des États qui accordent eux-mêmes ce droit aux Espagnols.
n Le Portugal - 100 000 étrangers, 1% de la population - accorde, comme l’Espagne, le droit de vote aux élections locales sous réserve de réciprocité.
n La Belgique - 900 000 étrangers, 9% de la population - a finalement voté en faveur du droit de vote aux élections locales pour les étrangers hors UE établis depuis plus de cinq ans, à condition qu’ils s’inscrivent volontairement sur une liste d’électeurs et qu’ils signent une déclaration de respect des conventions en matière des droits humains.
2 pays en parlent
n En Allemagne - 7 millions d’étrangers, 9% de la population, dont plus de 2 millions de Turcs - et en Italie - 1 million d’étrangers, 2% de la population - les gouvernements ont prévu dans leurs programmes d’accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales aux résidents étrangers après un an de résidence.

4 pays à la traîne
n L’Autriche - 300 000 étrangers, 4% de la population -, la France - 4 500 000 étrangers, 7% de la population - , la Grèce - 200 000 étrangers, 2% de la population - et le Luxembourg - 120 000 étrangers presque tous originaires de l’Union européenne, 35% de la population - n’envisagent rien pour le moment.
Pistes d’action
Recevoir la lettre électronique d’Amnesty Internatinal : « Agir et s’informer sur le droit d’asile »
Chaque mois, le Programme réfugiés d’Amnesty Belgique francophone publie une lettre électronique qui propose des moyens d’agir sur des cas individuels ou, parfois, sur des aspects plus généraux du droit d’asile. En outre, elle contient un lien vers notre « note sur l’actualité en matière d’asile » offrant un condensé des informations belges, européennes et internationales en matière de réfugiés pour le mois précédent.
Pour la recevoir par courrier électronique, vous pouvez vous abonner à notre mailing list « réfugiés » à l’adresse suivante : http://www.amnestyinternational.be/doc/article4613.html
Vous pouvez également y consulter les archives de cette mailing list. N’hésitez pas à vous abonner et à en parler autour de vous si vous connaissez d’autres personnes susceptibles d’être intéressées.
Pour en savoir plus
n « Faut-il rouvrir l’immigration légale pour combler les pénuries sur le marché de l’emploi ? », rapport du Conseil supérieur de l’emploi (Belgique) : http://meta.fgov.be/pa/fra_index.htm
n Site du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés : www.unhcr.ch
n Revue Hommes et Migrations : www.adri.asso.fr/htm
n Organisation internationale pour la migration : www.iom.int
n Les causes de l’immigration : www.nidi.nl/pushpull/
n Histoire des migrations internationales : www.let.leidenuniv.nl/history/migration/
n Forced Migration Projects : www.soros.org/migrate.html
n Recommandations du Sénat belge (Commission de l’Intérieur) : www.senate.be
n Dossier « Profession immigré », Le Courrier International, n°505, 6/07/2000
n Hervé Le Bras, Quel futur pour la population et les migrations au XXIème siècle ? ; Les clés du XXIème siècle, Seuil-Unesco, 2000.
n Voir les articles du Soir :
Politique d’immigration peu commune (12/05/05)
Le cher défi de l’intégration réussie (28/06/05)
n Penser les migrations autrement, Annoncer La Couleur (avec le soutien de la Direction Générale de la Coopération Internationale), 2001. Disponible à Annoncer La Couleur : 02 505 18 22.
n Penser l’accueil autrement, Annoncer La Couleur (avec le soutien de la Direction Générale de la Coopération Internationale), 2001. Disponible à Annoncer La Couleur : 02 505 18 22.
Vidéos/Films
n Aller simple vers l’hiver : après une errance de plusieurs mois, Malika débarque comme réfugiée au beau milieu de l’hiver dans une petite classe de village en Ardennes. Asbl Le Coron (065/84 19 01)
n Abouna (2003 - Mahamat Saleh Haroum, France)
Ce long métrage a obtenu le prix de la meilleure image au festival panafricain du cinéma de Ouadagoudou. Il aborde le thème de l’immigration, de l’exil, du départ. C’est le voyage initiatique de deux garçons Amine (8 ans) et Tahir (15 ans) à la recherche de leur père parti à Tanger afin de tenter de rejoindre l’Europe.
n De père en fils - la France et ses étrangers (1993) - P. Weil et A. Wieder - France
Cette vidéo est un document de base sur l’histoire de l’immigration en France depuis le début du siècle. Il montre également les obstacles ou difficultés rencontrées par les personnes étrangères et/ou issues de l’immigration dans leur parcours d’intégration. Différents domaines sont évoqués : le travail, le logement, la religion, le mariage
n La promesse, des frères Dardenne
n Voyage vers l’espoir de Xavier Koller
n Cheb de Rachid Bouchared
n Vivre au paradis
Ces films (accompagnés d’un dossier pédagogique) sont disponibles au Centre Culturel des Grignoux.. (04/222 27 78)
n La Haine de Mathieu Kassovitz (1995)

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse