II.4.2. La pauvreté à travers l’histoire : Europe

En général, nous connaissons bien l’histoire des personnes appartenant à la noblesse ou à la grande bourgeoisie, un peu celle du monde populaire, mais à peine voire pas du tout celle de ceux qui ont vécu les situations extrêmes de pauvreté. Ils ne sont évoqués que de temps en temps, souvent avec mépris, comme un groupe turbulent et misérable ; on les ignore en tant qu’individus.
Les diverses manières dont les familles pauvres ont été traitées au cours de l’histoire témoignent d’une désapprobation sociale à leur égard.
Aux XVIIIème et XIXème siècles, elles sont nombreuses et vivent dans une grande misère. Les familles pauvres sont considérées comme dangereuses pour leurs enfants. Cette représentation négative donne lieu à une entreprise de dépossession de la famille populaire, vue comme le lieu d’émergence du vice et de la misère. Les enfants eux-mêmes sont perçus, d’une part, comme devant être protégés mais d’autre part comme dangereux pour la société : on les aide donc mais moyennant un travail proche de l’exploitation et on ne se soucie que très peu de leur instruction.
Le XXème siècle est celui des textes internationaux de protection des droits de l’homme. Parmi ceux-ci figure le droit de fonder une famille et le droit à la protection de la vie familiale. Ces avancées ne se traduisent pas automatiquement dans les faits. Les familles pauvres sont encore disqualifiées, rejetées aux marges de la société. Cette disqualification mène parfois jusqu’à l’élimination : 63 000 Suédoises, par exemple, ont été stérilisées de force entre 1935 et 1975. Il s’agissait presque exclusivement de femmes réputées « inférieures » ou « asociales » (Runcis, 1997 ; Jourdan, 1999 : 8) ; durant la même période, 40 000 personnes résidant en Norvège ont subi le même traitement ; 6000 au Danemark (Jourdan, 1999 : 8).
La disqualification se traduit aussi par le retrait des enfants de leur famille : environ 1500 enfants roms (gens du voyage) ont été retirés à leur famille, en Norvège, à la même époque (Runcis, 1997) ; entre 1926 et 1972, des centaines d’enfants du voyage furent arrachés de force à leurs parents en Suisse (Jourdan, 1999 : 8).
En Belgique, en l’absence d’étude sur le sujet, on ne connaît pas l’ampleur du phénomène de stérilisation. Le service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale est cependant convaincu que ces pratiques ont existé. Des mères pauvres et des médecins travaillant avec des populations défavorisées témoignent de fortes pressions subies par les femmes ou de stérilisation à leur insu à l’occasion d’une autre intervention. Quant au retrait des enfants de leur milieu familial, une grande majorité des enfants placés proviennent aujourd’hui encore de familles socio-économiquement défavorisées (Labenne, 1998).
Recherche :
Faites un classement des pays selon leur niveau de pauvreté. Pensez-vous que les critères de richesse ou de pauvreté varient d’un pays à l’autre ? Pourquoi ?

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.