Sommet régional sur la sécurité : les droits humains au cœur de l’action contre Boko Haram

L’obligation de rendre des comptes quant aux atteintes aux droits humains doit faire partie intégrante de la lutte contre Boko Haram au niveau régional, a déclaré Amnesty International samedi 14 mai.

Alors que des dirigeants du monde entier se réunissent samedi 14 mai à Abuja dans le cadre du Sommet régional sur la sécurité afin de débattre de l’action collective visant à démanteler Boko Haram et à reconstruire la région du lac Tchad, l’organisation les appelle à faire en sorte que la justice demeure une priorité et à renforcer la protection des civils.

« Les milliers de victimes qui ont souffert aux mains de Boko Haram, ou des forces de sécurité qui devaient pourtant les protéger, méritent d’obtenir justice, a déclaré Netsanet Belay, directeur de la recherche et des activités de plaidoyer pour l’Afrique à Amnesty International.

« Malgré des engagements réitérés, les États touchés par le conflit n’ont pas enquêté comme il se devait sur les infractions au regard du droit international ni sur les atteintes aux droits humains, et n’ont pas pris les mesures nécessaires pour poursuivre et juger les auteurs présumés de ces agissements. Il est temps que les engagements soient tenus. »

Bien qu’axé sur la lutte contre Boko Haram, le Sommet, qui est le deuxième du genre, sera aussi l’occasion de débattre de mesures destinées à améliorer la sécurité, à fournir une aide humanitaire et à planifier la reconstruction post-conflit.

Depuis 2009, Boko Haram a tué ou enlevé des milliers de civils et a infligé des violences sexuelles à de nombreuses femmes et filles. Au Nigeria, au Cameroun, au Niger et au Tchad, le groupe armé a détruit des villes et des villages, forçant plus de deux millions de personnes à fuir leur domicile et les privant ainsi de leurs moyens d’existence. Dans ces pays, les forces de sécurité ont aussi commis des violations des droits humains et des infractions au regard du droit international dans le cadre de la lutte contre Boko Haram.

Amnesty International a recueilli des informations sur des exécutions extrajudiciaires, des morts en détention aux mains de l’armée, des disparitions forcées, des actes de torture, des pillages et d’autres violations commises par les forces de sécurité nigérianes et camerounaises. Le Niger et le Tchad ont aussi été accusés, notamment par les Nations unies, d’avoir commis des violations des droits humains dans la lutte contre Boko Haram.

À la connaissance d’Amnesty International, aucun membre des forces de sécurité de ces pays n’a été jugé pour des infractions commises dans ce contexte. Ce climat d’impunité n’a fait qu’intensifier le sentiment de frustration des victimes et de leurs familles, qui ont droit à la justice.

Un homme dont le frère a été tué par les forces de sécurité nigérianes a expliqué à Amnesty International cette année :

« Il faut que la justice soit rendue. Mon frère n’appartenait pas à Boko Haram. Ceux qui l’ont tué doivent faire l’objet d’une enquête afin de ne pas récidiver. Notre famille garde cela sur le cœur, c’est douloureux, et nous ne pouvons rien y faire. »

Amnesty International appelle les États participant au Sommet à établir des mécanismes de responsabilité et à traduire en justice les auteurs présumés d’infractions au regard du droit international, dans le cadre de procédures civiles et sans recourir à la peine de mort.

Quelques jours avant le Sommet, Amnesty International a publié des révélations choquantes, faisant état notamment du décès de plusieurs bébés dans des centres de détention militaires au Nigeria. D’après les informations recueillies, de nombreux détenus seraient morts de maladies, de la faim, de la déshydratation et de blessures par balle.

Pour en savoir davantage sur le travail d’Amnesty International concernant les atrocités commises par Boko Haram et les interventions meurtrières des forces de sécurité :

Malgré les avancées militaires, Boko Haram reste une menace meurtrière dans la région
Nigeria : Synthèse « Notre métier est d’abattre, de massacrer et de tuer. » Boko Haram fait régner la terreur dans le nord-est du Nigeria
• Nigeria : ‘If you see it, you will cry’ life and death in Giwa barracks
• Cameroun. Les droits humains en ligne de mire. La lutte contre Boko Haram et ses conséquences
• Nigeria : Stars on their shoulders : blood on their hands : war crimes committed by the Nigerian military

Complément d’information :

Le Sommet sera animé par le président nigérian, Muhammadu Buhari, et réunira les présidents français, camerounais, tchadien, nigérien, sénégalais et gabonais. Outre les questions de sécurité, l’objectif est d’élaborer un plan d’action pour développer les infrastructures de base dans les zones les plus touchées par le conflit, en vue de permettre le retour des personnes déplacées et des réfugiés. Le 12 mai 2016, le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty, a envoyé une lettre aux présidents participants afin de les exhorter à faire de la justice une priorité.

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