Utilisation de munitions au phosphore blanc

L’utilisation de phosphore blanc près de la ville de Mossoul pourrait exposer à un risque mortel les civils qui fuiront les combats dans les prochains jours et les prochaines semaines, a déclaré Amnesty International vendredi 28 octobre 2016.

L’organisation a reçu des témoignages crédibles et des preuves photographiques de l’explosion de projectiles au phosphore blanc au dessus d’une zone située au nord du village de Karemlesh, à environ 20 kilomètres à l’est de Mossoul. Le phosphore blanc est une substance incendiaire qui se consume à très haute température quand elle entre en contact avec l’air.

« Le phosphore blanc peut provoquer de terribles blessures, des brûlures profondes atteignant les muscles et les os. Il arrive qu’il ne brûle que partiellement et qu’il reprenne sa combustion plusieurs semaines après son utilisation », a déclaré Donatella Rovera, conseillère principale d’Amnesty International pour les situations de crise.

« Cela signifie que les civils qui fuiront les combats autour de Mossoul ou les habitants qui retourneront voir l’état de leur maison à Karemlesh dans les prochains jours ou les prochaines semaines risqueront de graves blessures, sans que rien ou presque ne vienne les alerter du danger. »

Le village de Karemlesh est dépeuplé depuis que sa population, majoritairement assyrienne, a fui en août 2014 le groupe armé qui se désigne sous le nom d’État islamique (EI), mais le phosphore blanc représente un danger réel et immédiat pour les civils fuyant Mossoul en direction d’Erbil, qui risquent de passer par la zone contaminée.

« Nous exhortons les forces irakiennes et les forces de la coalition à ne jamais utiliser de phosphore blanc à proximité de civils. Même si aucun civil n’est présent lors de l’attaque, les munitions aériennes au phosphore blanc laissent des résidus dangereux qui justifient de réserver leur usage aux cas dans lesquels elles sont absolument nécessaires pour atteindre des objectifs militaires ne pouvant être réalisés par des moyens plus sûrs. »

Des photos prises par un photographe du New York Times le 20 octobre montrent des tirs de munitions au phosphore blanc près de Karemlesh. Ce jour-là, des affrontements avaient lieu entre l’EI et les forces gouvernementales irakiennes à Qaraqosh (district d’Al Hamdaniya), à quelques kilomètres au sud de Karemlesh.

Le photographe a dit à Amnesty International avoir constaté l’utilisation de ce type de munitions plusieurs fois dans la journée, dont quatre fois en quinze minutes. Il est difficile de savoir si les projectiles ont été tirés par les forces gouvernementales irakiennes, les combattants peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan ou les forces de la coalition dirigée par les États-Unis.

Les photos montrent un rayon de dispersion semblant correspondre à celui du M825A1, un projectile de 155 mm fabriqué aux États-Unis qui disperse 116 morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc sur un rayon de 125 à 250 mètres. Amnesty International a fait état de son utilisation à Gaza pendant l’opération Plomb durci, menée par Israël en 2008-2009.

Le phosphore blanc est le plus souvent utilisé pour créer un écran de fumée dense susceptible de cacher des mouvements de troupes aux forces ennemies, ainsi que pour marquer des cibles en vue d’une prochaine attaque. On ignore toutefois pour quelle raison il a été utilisé dans le cas présent. Si son utilisation à ces fins n’est pas interdite, elle doit être entourée des plus grandes précautions. Cette substance ne doit en aucun cas être utilisée à proximité de civils.

Enfouis dans le sol ou dans l’eau, les tampons de phosphore peuvent s’éteindre provisoirement, mais se rallumer spontanément s’ils sont remis en contact avec l’air. Ils présentent donc un grave risque pour les civils non avertis, qui peuvent les remettre accidentellement à découvert en marchant dans la zone touchée. Le phosphore blanc ne doit jamais être utilisé comme arme antipersonnel.

« Il est absolument indispensable que les forces qui utilisent le phosphore blanc rendent publiques les zones potentiellement contaminées par cette substance, afin de limiter les risques de blessures accidentelles pour les civils », a déclaré Donatella Rovera.

« Ces informations sont aussi essentielles pour les professionnels de la santé travaillant en Irak, qui ont besoin de savoir quel type de blessures ils soignent. À Gaza, nous avons vu des gens mourir de façon tragique car les médecins ne savaient pas que leurs brûlures avaient été causées par du phosphore blanc et n’ont donc pas pu leur apporter des soins adaptés, ce qui a entraîné une aggravation de leur état. »

Les habitants de Mossoul et des régions environnantes contrôlées par l’EI sont en grand danger car le groupe armé les empêche de partir. Tandis que la bataille pour reprendre cette zone se poursuit, ils risquent d’être pris dans des tirs croisés. Il faut donc tout faire pour éviter de les exposer à des dangers supplémentaires.

Amnesty International a déjà souligné par le passé que le phosphore blanc était particulièrement susceptible de provoquer des effets non ciblés. Son utilisation à proximité de populations civiles s’apparente donc à une attaque menée sans discrimination et peut être constitutive de crime de guerre.

Complément d’information

Une opération des forces irakiennes et des forces kurdes, soutenues par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, a débuté le 17 octobre pour reprendre la deuxième ville d’Irak, Mossoul, au groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique.

Au moins 10 500 personnes ont été déplacées depuis, tandis que jusqu’à 1,5 million d’autres restent piégées à Mossoul et dans sa périphérie.

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